Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
— Vous êtes l’auteur de ce tracé, n’est-ce pas ? demanda Escoffier en montrant le plan d’un geste de la main.
— Oui.
— Avez-vous trouvé un passage pour pénétrer à l’intérieur des carrières ?
— Il n’existe plus d’ouvertures depuis les travaux de confortation et le remblayage. Nous ne sommes plus au XIXe siècle, capitaine Escoffier, les légendes de brigands se cachant dans les carrières ont été éreintées par les auteurs d’aventures romanesques. Nous sommes à l’ère de la communication, dit-il en plaisantant.
Tout en l’écoutant parler, Escoffier savait que Yann essayait de noyer le poisson. Cet homme cache quelque chose, il ne veut pas m’avouer qu’il a exploré les souterrains de Montmartre. Reste à savoir ce qu’il y fait… Et pourquoi ?
— Vous savez comme moi qu’il est interdit de se promener dans le sous-sol sans autorisation, d’ailleurs cela doit être extrêmement dangereux, insista l’assistant.
— En effet.
— Vous désirez sans doute vous entretenir avec M. Lavigne. Il s’est absenté pour une heure. Asseyez-vous en attendant.
— Ce n’est pas pour M. Lavigne que je suis venu, Yann, et vous le savez très bien. Lisa ne vous a-t-elle pas déjà prévenu par téléphone ? Permettez-moi d’en douter. Nous sommes sur vos traces, Yann, je ne vous le cache pas. Vous êtes très fort, mais la patience vient à bout de tout et nous savons être très patients quand il faut.
— Vous déraisonnez, capitaine Escoffier.
— Je vous crois assez malin pour avoir effacé les détails gênants de votre existence, mais je trouverai, Yann, soyez-en sûr. Si malin, d’ailleurs, et si convaincant que Lisa et ses parents ont marché dans vos combines de faux témoignages, au risque d’encourir de graves ennuis. Votre emprise sur eux est remarquable. D’où vous vient cette force ?
— Sur quoi fondez-vous ces allégations abracadabrantes ?
— C’est là où vous êtes très fort, car nous ne possédons rien contre vous, effectivement.
— Vos supérieurs sont-ils au courant de vos agissements ? Je serais étonné d’apprendre qu’ils approuvent vos tentatives d’intimidation envers moi. Cela porte un nom, je crois, n’est-ce pas de la diffamation ?
— Mes supérieurs sont informés, mentit Escoffier, je vous rassure, et vous ne tiendrez plus très longtemps.
Le téléphone interrompit cette conversation qui prenait une tournure menaçante. L’assistant décrocha :
— Oui, monsieur Lavigne, je fermerai la librairie, soyez sans crainte, je m’occupe de la caisse… Non, rien de spécial, tout va bien… C’est entendu, à demain matin !
Quand il raccrocha le combiné, Yann Morlaix paraissait de nouveau totalement maître de ses nerfs. Il dit calmement :
— Votre flair vous aura trompé, capitaine, mais je suis sûr que vous ne tarderez pas à mettre la main sur votre homme. Je puis vous assurer que Lisa et moi n’avons jamais menti aux différents enquêteurs, je n’en vois pas l’intérêt.
Escoffier regarda autour de lui, à l’affût de quelque chose, car il ne se résignait pas à repartir bredouille. Si Morlaix était coupable, il ne moisirait pas longtemps ici, c’était un risque à prendre. Il se sentit gauche en quittant la librairie, ruminant un sentiment d’échec. Il erra longtemps dans les rues du 18e arrondissement, sans but, ni désir. Je viens de tout foutre en l’air, se disait-il. Son téléphone vibra dans la poche de son pantalon :
— Damien, je t’attends à la brigade, fit Bérangère sur un ton angoissé.
— Que fais-tu à la brigade à cette heure-ci ?
— Lisa se trouve en ce moment dans les bureaux de la PJ, elle a craqué plus vite que nous le pensions. Elle sera dans le bureau d’Ughetti d’une minute à l’autre. Une longue nuit nous attend, justicier Escoffier.
— Sait-on où est Morlaix ?
— Il s’est évaporé depuis la fermeture du Point-Virgule.
47
Le groupe Pichot dans sa totalité et quelques membres du groupe Zellerman avaient été rappelés à la brigade, à l’heure où les rues de Paris se vidaient. Ils étaient arrivés sans rechigner, car le moment de sonner l’hallali était venu, et pour rien au monde ils n’auraient manqué ça.
Il ne s’agissait pas d’une audition « à poigne » : le candidat était une femme fragile et amaigrie qui n’opposait aucune résistance. Lisa Shoenberg était entrée dans le bureau en saluant d’un coup de tête le lieutenant Fernandez, puis elle avait baissé les yeux, préférant ne pas voir les visages de ceux qui, bientôt, anéantiraient sa vie. D’ailleurs, elle n’avait pas besoin d’ouvrir grands les yeux, elle sentait tout, devinait tout, les gestes des uns, la curiosité des autres, leur fatigue et leur satisfaction enfin d’avoir un bon os à ronger. Il y avait bien un homme différent dans le lot, qu’elle eût volontiers observé en d’autres circonstances : il se tenait à l’écart, ses yeux braqués sur elle plongeaient jusque dans ses entrailles. Elle tressaillit.
— Vous avez froid ? lui demanda Bérangère.
— Non, ça va.
Bien que cette femme fût la cause de sa présence dans les locaux de la PJ, Lisa n’éprouvait aucun ressentiment à son égard.Elle n’a fait que son travail ! se disait-elle. Ils s’attendent peut-être à me voir pleurnicher, les implorer, ce serait leur faire trop d’honneur !
Parce qu’ils étaient sur la trace du coupable, la tension était retombée au sein de la brigade : ils retrouvaient la cohésion un moment bafouée, le plaisir de travailler ensemble, les petites mimiques rassurantes de la connivence. Ughetti paraissait plus détendu, il avait félicité le lieutenant Fernandez et le capitaine Escoffier en arrivant.
— Escoffier, vous dirigerez l’audition comme vous le sentez, avait-il dit. Nous nous tiendrons dans le bureau à proximité, Bauer restera près de vous pour entrer le témoignage dans l’ordinateur. La porte entre les bureaux restera ouverte, nous suivrons l’entretien mot à mot.
Quand Lisa vit une ombre s’installer derrière le bureau, elle sut qu’il s’agissait de l’homme dont elle avait senti la présence, quelques minutes plus tôt. Elle leva les yeux vers lui et comprit qu’il avait un compte à régler, avec qui, avec quoi, elle ne pouvait le dire, mais une soif de vengeance abîmait son regard, ridait son front. Escoffier commença doucement :
— Revenons sur votre emploi du temps du 24 décembre. Vos parents ont changé d’attitude, ils avouent à présent avoir menti, sur les ordres de Yann Morlaix. Vous n’étiez pas à Nogent-sur-Marne le soir du réveillon, où étiez-vous ?
— Chez moi, avec ma fille.
— Yann n’était pas avec vous ?
— Non.
— Vous reconnaissez avoir fait une fausse déclaration ?
— Oui.
— Pouvez-vous nous expliquer pour quels motifs ?
Lisa se renfrogna. La voix faible de la jeune femme trahissait une grande fatigue. Dans la pièce voisine, les collègues de Damien Escoffier bouillaient d’impatience. Ughetti marchait en rond autour du bureau, Pichot dansait d’un pied sur l’autre et Bérangère se mangeait l’intérieur des lèvres. Seul Arrosteguy se tenait à peu près tranquille grâce à sa bouffante qu’il triturait dans tous les sens. Girodeau et Loyrette se rongeaient les ongles, tandis que Chupin préparait du café pour s’occuper les mains. Ils convenaient qu’il ne fallait pas bousculer cette femme qui ressemblait à un oiseau fragile qu’un rien pouvait effaroucher et rendre muet, mais cette lenteur mettait leurs nerfs à rude épreuve.