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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Sitôt terminée la projection de Fantômas et après quelques salutations d’usage, Louis et Jeanne ne perdent pas une seconde pour rejoindre l’aéroport d’Orly et s’engouffrer dans l’avion qui les emmène à Carcassonne. Ce 4 novembre, après une courte nuit passée à l’hôtel Bristol, Louis doit être en salle de maquillage dès 9 h 15. Depuis quelques jours, Gérard Oury et son équipe ont investi la cité qui vit naître Fabre d’Églantine. Place Saint-Nazaire, nombreux sont les badauds à suivre les préparatifs et à s’étonner de voir le magasin du photographe Bouffard mué en Café de France, l’hôtel Dame Carcasse transformé en gendarmerie nationale et l’hôtel de la Cité rebaptisé hôtel de l’Esplanade. Ce 4 novembre, le plan de travail prévoit la présence de la Cadillac d’Antoine Maréchal, d’une Austin Martin et d’une Peugeot 404. Vingt-cinq figurants doivent être présents, ainsi que les comédiens Jacques Ferrière, Venantino Venantini, Jean Droze, Henri Genès, Jacques Ary, Hélène Dieudonné, sans oublier Bourvil et Louis de Funès. Tout est en place depuis huit heures du matin et il est prévu de travailler jusqu’à dix-sept heures, avec une courte pause déjeuner de soixante minutes. Chacun peut observer de loin ce formidable bourdonnement d’hommes et de femmes affairés dans leurs tâches parfaitement définies tandis que Gérard Oury, grillant cigarette sur cigarette, veille au moindre détail. Ce 4 novembre, le beau temps boude. Il fait même plutôt frisquet et, comme le souligne le reporter de La Dépêche du Midi[285], « les acteurs et les figurants tremblent dans leurs nippes d’été et on se demande si, lorsque le film sera terminé, on ne verra pas la buée sortir des lèvres de ces touristes estivaux en bras de chemise  ». Cette fraîcheur ne contrarie en rien la bonne marche des deux scènes qu’il est prévu de tourner. Sur le coup de dix heures trente, Bourvil se précipite vers la gendarmerie au pas de charge, pourchassé par deux individus plutôt louches, et y entre par la porte principale. Après le déjeuner, c’est au tour de Louis, coiffé de son chapeau couleur crème à ruban vert, de se positionner en compagnie de deux « méchants bougres » dans l’attente de l’arrivée de l’autocar « Béziers-Narbonne-Carcassonne » d’où descend André Bourvil. Le quatuor se dirige ensuite vers le Café de France où une soubrette vient leur servir à boire. La soubrette, c’est la vedette locale, dont on parle depuis quelques jours dans la presse régionale. Elle s’appelle Annie Claparède. Elle a 16 ans et une seule réplique à dire : « On demande M. Saroyan au téléphone.  » Cette Carcassonnaise a comme beaucoup d’autres répondu à une petite annonce dans la gazette de la ville où il était écrit qu’on cherchait des figurants pour Le Corniaud. « Je me suis présentée sur la place Saint-Nazaire, se souvient-elle[286], où il y avait déjà au moins deux cents postulants. Au bout d’un instant, quelqu’un m’a tapé sur l’épaule et m’a demandé si je voulais faire un essai pour un rôle. C’était Gérard Oury. J’ai accepté et je me rappelle qu’on m’a demandé d’accentuer mon accent ! Après, tout s’est enchaîné avec le tournage de cette scène où nous avons recommencé de nombreuses fois. Je suis restée une bonne quinzaine de jours avec eux. Nous déjeunions avec tous les acteurs et techniciens du film sur place où la production avait monté une cantine. Si Bourvil me faisait beaucoup rire, en revanche Louis de Funès ne parlait pas beaucoup. C’était un monsieur très discret. J’ai gagné 80 francs et, à l’époque, c’était beaucoup. Tout comme je me souviens qu’on me ramenait tous les soirs au centre-ville avec la Cadillac du film.  » En effet, Louis de Funès est volontiers taiseux comme à son habitude, ce qui fait dire à Gérard Baux, alors tout jeune serveur de l’hôtel Bristol : « On sentait qu’il valait mieux ne pas le déranger[287].  »

S’il se montre taiseux avec les inconnus, Louis est bavard avec Gérard Oury et Bourvil, surtout quand leur metteur en scène parle de son futur projet où il songe à les réunir à nouveau. Oury a, voici quelques années, vendu une histoire au producteur Henri Deutschmeister. L’intrigue se passe dans le Paris de l’Occupation. Des sœurs jumelles, Lili — une bonne sœur — et Lulu — une prostituée —, doivent chacune de leur côté conduire en zone libre des aviateurs anglais dont l’appareil a été abattu au-dessus de Paris. La première voyage de couvent en presbytère, imposant à ses fugitifs une vie monacale, tandis que l’autre conduit les siens de maisons closes en boxons, pour leur plus grand bonheur mais aussi pour leur plus grand malheur car ces lieux sont également fréquentés par nombre d’officiers allemands. Oury ne cache pas à ses interlocuteurs que ce scénario, initialement destiné à offrir un double rôle à Zizi Jeanmaire, n’a, jusqu’à ce jour, intéressé personne. Il leur avoue aussi qu’il lui faudra racheter les droits à Deutschmeister, et faire des jumelles… des hommes. Ce projet a l’heur de séduire aussi bien Bourvil que Louis, espérant qu’il pourra se concrétiser dans un avenir plus ou moins proche. Et puis, si ce n’est pas cette histoire, Oury leur en écrira une autre car, témoin privilégié de leur parfaite entente, il ne compte pas en rester là si Le Corniaud rencontre le succès. Une simple éventualité pour le moment, alors que Louis sait déjà que Beytout a trouvé les financements pour les nouvelles aventures du Gendarme et qu’Alain Poiré a la ferme intention de produire un second Fantômas.

Mais, pour l’instant, Louis consacre tout son temps à la poursuite du tournage du Corniaud à Carcassonne. Une ville dont il apprécie l’hospitalité et la tranquillité. Dans la cité audoise, Louis connaît aussi des moments imprévus dans l’église Saint-Nazaire, comme le raconte un localier[288], « où les vénérables orgues, sous les doigts d’un jeune séminariste parisien (actuellement en séjour à Carcassonne) proféraient le souffle de Jean-Sébastien Bach et emplissaient les vieilles voûtes d’un puissant édifice sonore majestueux comme une cathédrale. Guidé par son oreille de mélomane, Louis de Funès est entré, en humeur curieuse, intéressée, recueillie… Cinq minutes d’attention l’ont persuadé qu’il valait la peine de goûter à un “concert” improvisé et de belle qualité. L’église était vide. Après avoir minutieusement choisi sa place, de Funès s’est assis, solitaire, à la jonction de la nef romane et du transept gothique, c’est-à-dire à l’endroit où il bénéficiait à la fois de la meilleure acoustique et d’une vision d’ensemble des somptueux vitraux polychromes qui sont l’orgueil du chevet gothique de Saint-Nazaire. Et pendant une heure, le “bouffon” [sic] s’est recueilli, tout à l’aise d’une admirable correspondance des satisfactions musicales et contemplatives ». Louis va souvent dans cette église après cette première visite et il se lie même d’amitié avec ce jeune séminariste qu’il va saluer avant de quitter Carcassonne pour mettre en boîte les dernières scènes du Corniaud à Paris en studio et du côté de la montagne Sainte-Geneviève.

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285

La Dépêche du Midi daté du 5 novembre 1964.

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286

Annie Claparède à Martial Andrieu in L’Indépendant daté du 24 juin 2010.

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287

Gérard Baux à Martial Andrieu in L’Indépendant daté du 24 juin 2010.

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288

La Dépêche du Midi daté du 5 novembre 1964. Auteur anonyme.

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