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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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À 20 heures, comme prévu, Joey établit le contact avec la communauté des « survivants » de Toronto. Avec le temps pourri, la liaison était très faible. Les voix, par-delà la distance, leur parvenaient par bribes lointaines, fantomatiques. Mais l’échange avait réchauffé les cœurs. Tout le monde se regroupa autour du micro pour entonner Adeste Fidelis – ils avaient répété avant – et les Canadiens, à leur tour, chantèrent Mon beau sapin. Il neigeait, là-bas, annonça le radioamateur. Il y avait cinquante centimètres de poudreuse dans les rues et les chasse-neige, cette année, ne fonctionnaient pas. Les « survivants » fêtaient la fin de l’année dans un hôtel du centre.

— On a toutes les chambres et une salle de restaurant luxueuse à notre disposition. On ne pourrait pas être plus vernis.

Le chœur des Canadiens était plus imposant que celui de Buchanan : il y avait bien quatre-vingts personnes, presque autant que dans la communauté de Boston que Joey avait également réussi à joindre quelques jours plus tôt. Ce qui, selon Matt, permettait de penser qu’il existait bien d’autres groupes de ce genre, mais qu’ils n’avaient pas tous pensé à la radio pour communiquer.

Toronto lança un « Joyeux Noël » et termina l’émission. Joey tenta d’appeler Boston et un autre contact à Duluth, mais le temps n’était guère coopératif.

— On peut peut-être essayer de les joindre au téléphone, suggéra Kindle. Le type de Boston m’a donné son numéro.

Mais les appels longue distance n’étaient plus très fiables, dernièrement. Et de toute façon, un appel téléphonique ne présentait pas le même intérêt qu’une communication radio. Ils pourraient toujours attendre le lendemain pour se transmettre les vœux de Noël.

— Le téléphone ne passera pas l’hiver, prédit Jacopetti, oiseau de mauvais augure. Les fils cassent un peu partout avec le froid. Et je doute que quiconque les répare.

Joey continuait ses recherches. Kindle expliqua que Joey avait, à deux reprises, réussi à établir de brefs contacts avec d’autres continents – la première fois avec Costa Rica, et la seconde, mémorable, par une nuit exceptionnellement claire, avec une voix qui s’exprimait en russe, selon Joey, mais qui pouvait tout aussi bien être polonaise ou ukrainienne. La communication s’était interrompue avant qu’il ne puisse répondre.

Beth Porter avait eu une idée qui surprit agréablement Matt ; elle avait apporté un magnétoscope et deux films trouvés au magasin de location vidéo sur Ocean Avenue : White Christmas et It’s a Wonderful Life.

— Je regardais ces films au moins une fois par an, avant. Alors j’ai pensé que… que ce serait sympa.

Joey consentit à quitter sa radio le temps de brancher le magnéto. Kindle rajouta de la glace dans le punch et Miriam Flett, encore une surprise, proposa de faire du pop-corn.

Quelque part entre Bing Crosby et Jim Stewart, Matt sentit son optimisme refleurir : Mon Dieu, nous ne sommes que dix. Mais ça peut marcher. Rien n’est encore perdu. Buchanan restera peut-être une ville.

Peu après minuit, la pluie se transforma en neige fondue et les routes commencèrent à givrer. Le générique de fin de It’s a Wonderful Life défila sur l’écran et, dans le silence qui suivit, sans que rien le laissât prévoir, Paul Jacopetti fondit en larmes – des sanglots qui secouèrent convulsivement son corps massif. Beth retira le film du magnétoscope.

— Oh flûte, je suis désolée… À priori, ce n’était pas le bon choix.

— C’était très bien, dit Matt. Tu n’as pas à t’excuser.

La soirée touchait à sa fin. Kindle offrit le canapé-lit à celui ou celle qui voudrait passer la nuit. Tim Belanger, qui s’était contenté de boire du Pepsi, proposa de raccompagner ceux qui avaient choisi de faire honneur au punch. Il partit avec Bob Ganish et Paul Jacopetti, toujours éploré.

Joey s’ingéniait encore à chercher des correspondants. Beth, à plusieurs reprises, avait tenté de l’arracher à sa radio. Elle était fatiguée, et les rues devenaient plus dangereuses à mesure que la nuit s’avançait.

— Une minute, quoi ! dit Joey qui tournait le bouton avec une intensité que Matt trouvait presque maladive.

Kindle proposa à Beth une des chambres vides, si toutefois elle ne voyait pas d’inconvénient à dormir à même le sol. Mais elle secoua la tête, boudeuse.

— Je veux rentrer chez moi.

— Je peux te déposer, si tu veux, dit Matt. Si Joey est d’accord.

Joey, le dos tourné, haussa les épaules. Une voix se fit entendre sur les ondes parasitées : … t’entends, Joseph… transmission faible.

— C’est ce colonel Tyler, dit Kindle. Ma parole, ce type ne dort jamais.

— Tyler… répéta Matt. C’est le gars dans le Sud ?

— Il se déplace pas mal. C’est un loup solitaire.

Kindle raccompagna Matt à la porte et attendit d’être assez loin des oreilles de Joey pour murmurer :

— Vous devriez lui parler, un jour où la communication est moins faible. Joey a l’impression d’avoir ferré un gros poisson.

— Et ce n’est pas votre avis ?

— Eh bien… il est encore trop tôt pour faire les difficiles sur les amis qu’on rencontre, non ? Mais ce Tyler a des idées à revendre. Il dit qu’on devrait former un comité de défense ou quelque chose du genre. Il dit aussi qu’il y aurait eu du grabuge sur la route et que pas mal de gens bizarres ont refusé Contact. Il parle tout le temps d’un gros projet en cours dans le Colorado dont il aurait entendu parler… Matt, il affirme que les extraterrestres seraient en train de construire un autre vaisseau, là-bas. Vous croyez que c’est possible ?

— Pourquoi pas ? Depuis le mois d’août, je suis prêt à croire n’importe quoi. Vous pensez qu’il divague ?

— Oh non, ce n’est pas le problème, répondit Kindle en se frottant le menton. Je veux bien le croire ; c’est seulement que… disons qu’il ne m’inspire pas trop confiance.

— Il n’est pas en mesure de nous faire de mal.

— Pas pour l’instant, en tout cas.

Beth s’installa sur le siège passager et, sur la recommandation de Matt, boucla sa ceinture. Une fine couche de glace recouvrait la route et il ne faudrait pas grand-chose pour déraper dans une ornière.

Quand il mit son clignotant pour tourner sur Marina, en direction de chez Beth, elle posa la main sur son bras.

— Non, tout droit… Je n’habite plus là.

Il traversa le carrefour et se tourna vers elle, intrigué.

— Tu as quitté ta famille ?

— Ça n’a jamais vraiment été une famille, docteur Wheeler. C’était surtout mon père, et il a… vous voyez ce que je veux dire… changé.

— Je suppose que tu as du mal à lui parler.

— C’était déjà difficile avant. Mais maintenant, c’est lui qui veut parler, et d’une certaine manière, c’est pire. J’ai cru comprendre que, si on veut vivre éternellement, on doit reconnaître qu’on a été une vraie merde dans sa vie de pauvre mortel. Mon père a l’impression qu’il m’a mené la vie trop dure, et il en est tout malheureux. Il veut se faire pardonner ou en tout cas faire en sorte que ce soit mieux.

— Et ce n’est pas ce que tu veux ?

Elle secoua farouchement la tête.

— Je ne suis pas prête pour ça. Sûrement pas. J’ai vraiment du mal à rester avec lui, depuis qu’il a changé. Même physiquement, il n’est plus le même. C’était pas un petit gabarit, vous vous souvenez ? Eh bien maintenant il est presque maigre. Il flotte dans ses habits. On dirait qu’il est…

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