L'assommoir
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #7
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «L'assommoir». Краткое содержание книги:
Quand le printemps revint, Lantier, tout a fait de la maison parla d'habiter le quartier, afin d'etre plus pres de ses amis. Il voulait une chambre meublee dans une maison propre. Madame Boche, Gervaise elle-meme, se mirent en quatre pour lui trouver ca. On fouilla les rues voisines. Mais il etait trop difficile, il desirait une grande cour, il demandait un rez-de-chaussee, enfin toutes les commodites imaginables. Et maintenant, chaque soir, chez les Coupeau, il semblait mesurer la hauteur des plafonds, etudier la distribution des pieces, convoiter un logement pareil. Oh! il n'aurait pas demande autre chose, il se serait volontiers creuse un trou dans ce coin tranquille et chaud. Puis, il terminait chaque fois son examen par cette phrase:
-Sapristi, vous etes joliment bien, tout de meme!
Un soir, comme il avait dine la et qu'il lachait sa phrase au dessert, Coupeau, qui s'etait mis a le tutoyer, lui cria brusquement:
-Faut rester ici, ma vieille, si le coeur t'en dit... On s'arrangera...
Et il expliqua que la chambre au linge sale, nettoyee, ferait une jolie piece. Etienne coucherait dans la boutique, sur un matelas jete par terre, voila tout.
-Non, non, dit Lantier, je ne puis pas accepter. Ca vous generait trop. Je sais que c'est de bon coeur, mais on aurait trop chaud les uns sur les autres... Puis, vous savez, chacun sa liberte. Il me faudrait traverser votre chambre, et ca ne serait pas toujours drole.
-Ah! l'animal! reprit le zingueur etranglant de rire, tapant sur la table pour s'eclaircir la voix, il songe toujours aux betises!... Mais, bougre de serin, on est inventif! Pas vrai? il y a deux fenetres, dans la piece. Eh bien! on en colle une par terre, on en fait une porte. Alors, comprends-tu, tu entres par la cour, nous bouchons meme cette porte de communication, si ca nous plait. Ni vu ni connu, tu es chez toi, nous sommes chez nous.
Il y eut un silence. Le chapelier murmurait:
-Ah! oui, de cette facon, je ne dis pas... Et encore non, je serais trop sur votre dos.
Il evitait de regarder Gervaise. Mais il attendait evidemment un mot de sa part pour accepter. Celle-ci etait tres contrariee de l'idee de son mari; non pas que la pensee de voir Lantier demeurer chez eux la blessat ni l'inquietat beaucoup; mais elle se demandait ou elle mettrait son linge sale. Cependant, la zingueur faisait valoir les avantages de l'arrangement. Le loyer de cinq cents francs avait toujours ete un peu fort. Eh bien! le camarade leur paierait la chambre toute meublee vingt francs par mois; ce ne serait pas cher pour lui, et ca les aiderait au moment du terme. Il ajouta qu'il se chargeait de manigancer, sous leur lit, une grande caisse ou tout le linge sale du quartier pourrait tenir. Alors, Gervaise hesita, parut consulter du regard maman Coupeau, que Lantier avait conquise depuis des mois, en lui apportant des boules de gomme pour son catarrhe.
-Vous ne nous generiez pas, bien sur, finit-elle par dire. Il y aurait moyen de s'organiser...
-Non, non, merci, repeta le chapelier. Vous etes trop gentils, ce serait abuser.
Coupeau, cette fois, eclata. Est-ce qu'il allait faire son andouille encore longtemps? Quand on lui disait que c'etait de bon coeur! Il leur rendrait service, la, comprenait-il! Puis, d'une voix furibonde, il gueula:
-Etienne! Etienne!
Le gamin s'etait endormi sur la table. Il leva la tete en sursaut. -Ecoute, dis-lui que tu le veux... Oui, a ce monsieur-la... Dis-lui bien fort: Je le veux!
-Je le veux! begaya Etienne, la bouche empatee de sommeil.
Tout le monde se mit a rire. Mais Lantier reprit bientot son air grave et penetre. Il serra la main de Coupeau, par-dessus la table, en disant:
-J'accepte... C'est de bonne amitie de part et d'autre, n'est-ce pas? Oui, j'accepte pour l'enfant.
Des le lendemain, le proprietaire, M. Marescot, etant venu passer une heure dans la loge des Boche, Gervaise lui parla de l'affaire. Il se montra d'abord inquiet, refusant, se fachant, comme si elle lui avait demande d'abattre toute une aile de sa maison. Puis, apres une inspection minutieuse des lieux, lorsqu'il eut regarde en l'air pour voir si les etages superieurs n'allaient pas etre ebranles, il finit par donner l'autorisation, mais a la condition de ne supporter aucuns frais; et les Coupeau durent lui signer un papier, dans lequel ils s'engageaient a retablir les choses en l'etat, a l'expiration de leur bail. Le soir meme, le zingueur amena des camarades, un macon, un menuisier, un peintre, de bons zigs qui feraient cette bricole-la apres leur journee, histoire de rendre service. La pose de la nouvelle porte, le nettoyage de la piece, n'en couterent pas moins une centaine de francs, sans compter les litres dont on arrosa la besogne. Le zingueur dit aux camarades qu'il leur paierait ca plus tard, avec le premier argent de son locataire. Ensuite, il fut question de meubler la piece. Gervaise y laissa l'armoire de maman Coupeau; elle ajouta une table et deux chaises, prises dans sa propre chambre; il lui fallut enfin acheter une table-toilette et un lit, avec la literie complete, en tout cent trente francs, qu'elle devait payer a raison de dix francs par mois. Si, pendant une dizaine de mois, les vingt francs de Lantier se trouvaient manges a l'avance par les dettes contractees, plus tard il y aurait un joli benefice.
Ce fut dans les premiers jours de juin que l'installation du chapelier eut lieu. La veille, Coupeau avait offert d'aller avec lui chercher sa malle, pour lui eviter les trente sous d'un fiacre. Mais l'autre etait reste gene, disant que sa malle pesait trop lourd, comme s'il avait voulu cacher jusqu'au dernier moment l'endroit ou il logeait. Il arriva dans l'apres-midi, vers trois heures. Coupeau ne se trouvait pas la. Et Gervaise, a la porte de la boutique, devint toute pale, en reconnaissant la malle sur le fiacre. C'etait leur ancienne malle, celle avec laquelle elle avait fait le voyage de Plassans, aujourd'hui ecorchee, cassee, tenue par des cordes. Elle la voyait revenir comme souvent elle l'avait reve, et elle pouvait s'imaginer que le meme fiacre, le fiacre ou cette garce de brunisseuse s'etait fichue d'elle, la lui rapportait. Cependant, Boche donnait un coup de main a Lantier. La blanchisseuse les suivit, muette, un peu etourdie. Quand ils eurent depose leur fardeau au milieu de la chambre, elle dit pour parler:
-Hein? voila une bonne affaire de faite?
Puis, se remettant, voyant que Lantier, occupe a denouer les cordes, ne la regardait seulement pas, elle ajouta:
-Monsieur Boche, vous allez boire un coup.
Et elle alla chercher un litre et des verres. Justement, Poisson, en tenue, passait sur le trottoir. Elle lui adressa un petit signe, clignant les yeux, avec un sourire. Le sergent de ville comprit parfaitement. Quand il etait de service, et qu'on battait de l'oeil, ca voulait dire qu'on lui offrait un verre de vin. Meme, il se promenait des heures devant la blanchisseuse, a attendre qu'elle battit de l'oeil. Alors, pour ne pas etre vu, il passait par la cour, il sifflait son verre en se cachant.
-Ah! ah! dit Lantier, quand il le vit entrer, c'est vous, Badingue!
Il l'appelait Badingue par blague, pour se ficher de l'empereur. Poisson acceptait ca de son air raide, sans qu'on put savoir si ca l'embetait au fond. D'ailleurs, les deux hommes, quoique separes par leurs convictions politiques, etaient devenus tres bons amis.
-Vous savez que l'empereur a ete sergent de ville a Londres, dit a son tour Boche. Oui, ma parole! il ramassait les femmes soules.