Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
C'est pourquoi je dis qu'import� d'abord, dans la construction de l'homme, non de l'instruire, ce qui est vain s'il n'est plus qu'un livre qui marche, mais de l'�lever et de le conduire aux �tages o� ne sont plus les choses mais les visages n�s du n�ud divin qui noue les choses. Car il n'est rien � esp�rer des choses si elles ne retentissent les unes sur les autres, ce qui est seule musique pour le c�ur.
Ainsi de ton travail s'il est pain des enfants ou �change de toi en plus vaste. Ainsi de ton amour s'il est autre chose de plus haut que recherche d'un corps � saisir, car close en soi est la joie qu'il te donne.
Et c'est pourquoi je parlerai d'abord sur la qualit� des cr�atures.
Quand dans la tristesse des nuits chaudes, de retour des sables, tu visites le quartier r�serv� et choisis celle-ci pour oublier en elle l'amour, et si tu la caresses et l'entends qui te parle et r�pond, cependant l'amour une fois consomm� et m�me si elle �tait belle, tu repars d�v�tu de toi-m�me et n'ayant point form� de souvenir.
Mais s'il se trouve que la m�me d'apparence, aux m�mes gestes, de la m�me gr�ce, aux m�mes mots, c'�tait cette princesse issue d'une �le au fil de lentes caravanes, baign�e quinze ans d'abord dans la musique, dans le po�me et la sagesse, et permanente et sachant br�ler de col�re sous l'affront, et br�ler de fid�lit� sous les �preuves, et riche de sa part irr�ductible, pleine de dieux qu'elle ne saurait trahir, et capable d'offrir au bourreau sa gr�ce extr�me pour un seul mot exig� d'elle qu'elle d�daignerait de dire, si bien fond�e dans sa noblesse que son dernier pas serait plus path�tique qu'une danse, s'il se trouve que c'est celle-l� qui, lorsque tu entres dans la salle de lune aux dalles luisantes o� elle t'attend, ouvre pour toi ses jeunes bras, et si maintenant elle prononce les m�mes mots, mais qui seront ici expression d'une �me parfaite, alors je te le dis: tu repartiras au petit jour vers tes sables et vers tes ronces, non plus le m�me, mais cantique d'action de gr�ces. Car ne p�se point l'individu avec sa pauvre �corce et son bazar d'id�es, mais avant tout compte l'�me plus ou moins vaste avec ses climats, ses montagnes, ses d�serts de silence, ses fontes des neiges, ses versants de fleurs, ses eaux dormantes, toute une caution invisible et monumentale. Et c'est d'elle que tu tiens ton bonheur. Et tu ne peux plus t'en distraire. Car n'est point la m�me ta navigation sur la maigre rivi�re, m�me si tu fermes les yeux pour go�ter son balancement, et ton voyage sur l'�paisseur des mers. Car n'est point le m�me ton plaisir, bien que l'objet en soit semblable, du faux diamant ou du diamant pur. Et celle-l� qui se tait devant toi n'est point la m�me qu'une autre dans la profondeur de son silence.
Et tu ne t'y trompes point d'abord.
Et c'est pourquoi je refuse de te faciliter ta besogne et, puisque les femmes sont douces � ton corps, de t'augmenter la facilit� de capture en les vidant de leurs consignes, de leur refus et de leur noblesse, car j'aurais d�truit par cela m�me ce que tu pr�tendais saisir.
Et si les voil� prostitu�es, tu ne puiseras plus en elles que le pouvoir d'y oublier l'amour, alors que la seule action que je sauve est celle qui enrichit pour l'action prochaine, comme de te pousser � vaincre, dans ton ascension, la montagne, ce qui te pr�pare � vaincre l'autre qui est plus haute, comme de te proposer, afin de fonder ton amour, de gravir l'�me inaccessible.
XCV
Le diamant est fruit de la sueur d'un peuple mais un peuple ainsi ayant su�, un diamant est devenu qui n'est point consommable ni divisible, et ne sert point chacun des travailleurs. Dois-je renoncer � la capture du diamant qui est �toile r�veill�e de la terre? Du quartier de mes ciseleurs si j'extirpe les ciseleurs qui cis�lent des aigui�res en or, lesquelles ne sont point non plus divisibles puisque chacune co�te une vie et que tandis que celui-l� la cis�le il faut bien que je le nourrisse d'un froment cultiv� ailleurs � et que, si je l'envoie � son tour labourer la terre il ne sera plus d'aigui�re d'or mais une charge plus lourde de froment � distribuer � vas-tu me pr�tendre qu'il soit de la noblesse de l'homme de ne pas extraire le diamant et de ne plus ciseler l'objet d'or? O� vois-tu que l'homme en soit enrichi? Que m'importe le destin du diamant? J'accepterai � la rigueur, pour plaire � la jalousie de la multitude, de br�ler une fois l'an tous ceux que j'aurai r�colt�s, car ainsi ils b�n�ficieront d'un jour de f�te, ou encore d'inventer une reine que je chargerai de leur �clat et ainsi ils poss�deront une reine endiamant�e. Et ainsi l'�clat de la reine ou la chaleur de la f�te, en retour se r�pandra sur eux. Mais o� vois-tu qu'ils soient plus riches de les enfermer dans leur mus�e, ces diamants, qui l� non plus ne serviront de rien dans l'instant � personne, sauf � quelques oisifs stupides, et n'ennobliront qu'un gardien grossier et lourd?
Car il te faudra bien admettre que seul vaut ce qui a co�t� du temps aux hommes, comme du temple. Et que la gloire de mon empire, dont chacun recevra sa part, ne d�coule que du diamant que je les contrains d'extraire et de la reine que j'en aurai orn�e.
Car je ne connais qu'une libert� qui est exercice de l'�me. Et non l'autre qui n'est que risible, car te voil� contraint quand m�me de chercher la porte pour franchir les murs et tu n'es point libre d'�tre jeune ni d'user du soleil la nuit. Si je t'oblige de choisir cette porte plut�t que l'autre, tu te plaindras de ma brimade, quand tu n'as point vu, s'il n'est qu'une porte, que tu subissais la m�me contrainte. Et si je te refuse le droit d'�pouser celle-l� qui te semble belle, tu te plaindras de ma tyrannie, quand tu n'as point remarqu�, faute d'en avoir connu une autre, que dans ton village toutes �taient bigles.
Mais celle-l� que tu �pouseras, comme je l'ai contraint de devenir et qu'� toi aussi j'ai forg� une �me, vous userez tous deux de la seule libert� qui ait un sens et qui est exercice de l'esprit.
Car la licence t'efface et selon les paroles de mon p�re: �Ce n'est point �tre libre que de n'�tre pas.�
XCVI
Car je te parlerai un jour de la n�cessit� ou de l'absolu qui est n�ud divin qui noue les choses.
Car impossible il est de jouer dans le path�tique au jeu de d�s si les d�s ne signifient rien. Et celui-l� que j'envoie par ordre sur la mer, si elle se montre orageuse et qu'avant de s'y embarquer il en prend connaissance par un vaste regard, et que les nuages lourds il les p�se comme adversaires, et que cette houle il la mesure, et que ce fl�chissement du vent il le respire, toutes ces choses pour lui retentiront les unes sur les autres et, de par la n�cessit� qui est mon ordre, � quoi il n'y a rien � r�pondre, il ne sera plus pour lui spectacle disparate de foire mais basilique construite et moi comme clef de vo�te pour �tablir sa permanence. Ainsi celui-l� sera-t-il magnifique quand il entrera, d�l�guant � son tour ses ordres dans le c�r�monial du navire.
Mais tel autre, hors de moi, s'il pr�tend visiter la mer en promeneur et qu'il y peut errer comme il le souhaite et se r�soudre selon sa propre pente au demi-tour, il n'a point acc�s � la basilique et ces nuages lourds ne lui sont point �preuve mais gu�re plus importants que d'une toile peinte, et ce vent qui fra�chit n'est point transformation du monde mais faible caresse sur la chair, et cette houle qui se creuse n'est que fatigue pour son ventre.
Et c'est pourquoi ce que j'appellerai devoir, qui est n�ud divin qui noue les choses, ne te construira ton empire, ton temple, ou ton domaine que s'il se montre � toi comme absolue n�cessit� et non comme jeu dont les r�gles seraient changeantes.
�Tu reconna�tras un devoir, disait mon p�re, � ce que d'abord il n'est point de toi de le choisir.�