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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Il la regarda longuement, puis il détourna la tête. Il lui était impossible de la regarder très longtemps. C’était trop frustrant, trop douloureux de contempler cette beauté inaccessible. Sa vue lui nouait le ventre.

Au bout d’un certain temps, la pluie diminua. Il quitta le stade par l’une des portes du sous-sol et retourna au centre de la cité. C’était l’heure où, en général, Kundalimon faisait sa promenade. Il descendait l’avenue Mueri et prenait la direction du parc. Curabayn Bangkea était prêt. Il se dissimula à l’entrée d’une allée, dans l’ombre de la rue, juste en contrebas de la Maison de Mueri. Dix minutes s’écoulèrent, puis quinze, puis une demi-heure. La rue était déserte. Tout le monde ou presque assistait aux Jeux.

Il vit enfin apparaître le jeune homme, seul.

— Kundalimon ? dit Curabayn Bangkea d’une voix douce.

— Qui est-ce ? Quoi ?

— Par ici. C’est Nialli Apuilana qui m’envoie. Avec un gage de son amour pour vous.

— Je vous connais. Vous êtes Cura…

— C’est moi. Tenez, je vais vous le remettre.

— Elle assiste aux Jeux aujourd’hui. J’avais envie d’aller la voir.

— Allez donc plutôt voir votre Reine ! s’écria Curabayn Bangkea en passant un cordon de soie autour de la gorge de Kundalimon. Le jeune homme se débattit et lança des coups de pied et de coude, mais toute résistance était vaine contre la force de Curabayn Bangkea. Le capitaine de la garde resserra son étreinte. Il imagina les mains du jeune homme sur les seins de Nialli Apuilana, ses lèvres lui couvrant la bouche et il serra de toutes ses forces. Kundalimon émit quelques sons hjjk, âpres et rudes, mais peut-être étaient-ce des râles d’agonie. Il avait les yeux exorbités. Ses lèvres noircirent et ses jambes se dérobèrent sous lui. Curabayn Bangkea l’allongea doucement par terre et tira le corps dans la ruelle où il l’abandonna, adossé au mur, comme celui d’un ivrogne. Kundalimon ne respirait plus. Curabayn Bangkea enroula le cordon de soie autour de son poignet, comme un ornement, puis il regagna sa voiture qu’il avait laissée trois rues plus loin. Une demi-heure plus tard, il était de retour au stade. Il s’étonnait de se sentir si calme. Mais tout s’était passé sans la moindre anicroche. C’était assurément du bon boulot, propre et rapide. Bon débarras ! La cité était un peu plus propre.

Husathirn Mueri était dans l’une des loges du Praesidium, près de l’allée centrale. Curabayn Bangkea se tourna vers lui et inclina la tête. Il eut l’impression de le voir sourire, mais il n’en était pas sûr.

Il prit place dans la tribune populaire en attendant d’être invité dans la loge de Husathirn Mueri.

Il attendit longtemps. La course de fond était terminée, celle d’obstacles également et les athlètes se préparaient à disputer les relais. Mais un homme que Curabayn Bangkea reconnut comme l’un des serviteurs de Husathirn Mueri apparut enfin.

— Monsieur le capitaine de la garde ? demanda-t-il.

— Qu’y a-t-il ?

— Le prince Husathirn Mueri vous adresse ses salutations. Il espère que vous avez apprécié les Jeux.

— Énormément.

— Le prince vous invite à partager une coupe de vin avec lui.

— Ce sera un honneur pour moi.

Il lui fallut quelques instants pour se rendre compte que l’homme ne semblait pas le conduire vers la rangée centrale de loges réservées à l’aristocratie. Il se dirigeait au contraire vers le bout des tribunes, vers le passage voûté qui entourait le stade.

Peut-être Husathirn Mueri avait-il changé d’avis et préférait-il ne pas le rencontrer dans un endroit aussi exposé aux regards que sa loge. Peut-être redoutait-il que le travail ait été saboté, ou qu’il y ait eu des témoins et estimait-il préférable de ne pas paraître en public en sa compagnie avant de savoir exactement à quoi s’en tenir. Curabayn Bangkea sentit une nouvelle bouffée de colère monter en lui. Le prenaient-ils donc pour un incapable ?

Il vit Husathirn Mueri qui s’avançait vers lui en suivant le passage voûté. Ils allaient se croiser comme deux étrangers. Où étaient-ils donc censés partager cette coupe de vin ? Dans l’un des bars à vin du sous-sol ?

Il a honte d’être vu avec moi, songea Curabayn Bangkea dans un accès de fureur. C’est la seule explication. Un homme de son rang n’invite pas un simple garde dans sa loge. Mais il n’aurait pas dû me dire qu’il allait le faire. Il n’aurait jamais dû me le dire.

Husathirn Mueri avait pourtant l’air content de le voir. Un large sourire éclairait son visage, comme s’il avait rendez-vous avec Nialli Apuilana.

— Curabayn Bangkea ! s’écria-t-il quand il ne fut plus qu’à vingt pas. Je suis si content que nous ayons pu vous retrouver dans cette cohue !

— Que Nakhaba protège Votre Grâce ! Les Jeux vous ont-ils plu ?

— Ce sont les meilleurs que j’aie jamais vus, n’est-ce pas ?

Curabayn Bangkea arrivait à sa hauteur. Le domestique qui l’avait amené disparut comme un grain de sable dans une tempête. Husathirn Mueri le prit par le bras avec l’affectation d’intimité qui lui était devenue habituelle et demanda à mi-voix :

— Alors ?

— C’est fait. Personne n’a rien vu.

— Formidable ! Formidable !

— Ça n’aurait pu mieux se passer, dit Curabayn Bangkea. Mais, si vous le permettez, Votre Grâce, j’aimerais que nous parlions maintenant de la récompense.

— Je l’ai ici, dit Husathirn Mueri.

Curabayn Bangkea eut une brusque sensation de chaleur sous les côtes et il tourna un regard incrédule vers Husathirn Mueri. La lame était entrée si rapidement dans sa chair qu’il n’avait même pas eu le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait. Il eut un goût de sang dans la bouche. Une douleur atroce lui déchirait le ventre et elle commençait à se propager dans tout son corps. Husathirn Mueri se pencha vers lui en souriant et il eut une nouvelle sensation fulgurante de chaleur. Puis une douleur intolérable, beaucoup plus intense que la première fois. Et Curabayn Bangkea se retrouva seul, s’accrochant à la main courante, s’affaissant lentement sur le sol.

5

La main du Transformateur

Les Jeux paraissaient interminables à Hresh. La foule grondait d’excitation tout autour de lui, mais il souhaitait de toutes ses forces être ailleurs, n’importe où. Il savait pourtant qu’il n’avait aucun espoir de pouvoir quitter le stade avant la fin de la dernière course, avant le dernier lancer. Il lui faudrait rester là, trempé, mourant d’ennui, avec l’idée atroce de la perte irréparable qu’il allait subir, s’efforçant désespérément de dissimuler son chagrin. Nialli Apuilana était assise à côté de lui, entièrement absorbée par ce qui se déroulait sur le stade, poussant des acclamations et des cris d’encouragement à l’arrivée de chaque course, comme si leur conversation du petit matin n’avait jamais eu lieu. Comme si elle était incapable de se rendre compte qu’elle lui avait brisé le cœur, qu’elle lui avait porté un coup dont il ne se relèverait jamais.

— Regarde, père ! s’écria-t-elle, la main tendue. Ils amènent les cafalas !

En effet, la course de cafalas allait se disputer, une épreuve comique dans laquelle des cavaliers juchés sur le dos des gros animaux trapus s’efforçaient frénétiquement de faire avancer contre leur volonté les indolentes montures aux courtes pattes. Cela avait toujours été l’une des épreuves préférées de Nialli, parfaitement idiote, complètement ridicule. En fait, c’était une idée de Hresh, juste une plaisanterie. Il avait simplement voulu s’amuser un peu en ajoutant la course de cafalas à la liste des épreuves. Mais on l’avait pris au sérieux, l’idée avait plu et c’était maintenant l’un des grands moments de la journée.

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