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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Madame ! s’écrie l’homme d’une voix haletante. Un assassinat dans le stade, madame ! Le capitaine de la garde, madame… Le capitaine de la garde…

Il était près de minuit. La pluie avait cessé et d’épaisses écharpes de brume s’élevaient du sol comme des âmes de morts revenant à la vie. Une réunion impromptue des principaux membres du Praesidium – cela avait semblé être la seule chose à faire – s’était tenue pendant toute la soirée et d’interminables discussions sur le double assassinat avaient eu lieu, comme si le fait d’en parler longuement pouvait rendre la vie aux deux victimes. Taniane avait fini par renvoyer tout le monde, sans qu’aucune décision eût été prise. Seul Husathirn Mueri était resté. C’est elle qui le lui avait demandé.

Le chef était au bord de l’effondrement. Pour elle, cette journée avait duré mille ans.

Il ne s’agissait pas d’un meurtre, mais de deux ! Deux meurtres le même jour, dans une cité où la mort violente était inconnue ou presque et, par-dessus le marché, ils avaient été commis le jour de la Fête de Dawinno.

— Je vous avais seulement demandé de l’empêcher de poursuivre sa propagande, dit-elle en lançant à Husathirn Mueri un regard glacial et chargé de rancune. Pas de le faire assassiner. Quel animal êtes-vous donc pour faire tuer un homme comme cela ?

— Je ne voulais pas plus sa mort que vous, madame, protesta Husathirn Mueri d’une voix rauque.

— Vous avez pourtant chargé votre capitaine de la garde de se débarrasser de lui.

— Non. Je vous affirme que non, madame.

Husathirn Mueri paraissait aussi épuisé et en aussi piteux état qu’elle. Sur sa fourrure noire maculée de sueur, les spirales de poils blancs étaient tout encrassées. L’épuisement donnait à ses yeux ambrés un aspect vitreux. Il se laissa tomber sur le banc de pierre placé en face du bureau du chef.

— Je n’ai fait que répéter à Curabayn Bangkea ce que vous m’aviez dit : qu’il fallait le faire taire, qu’il fallait l’empêcher de poursuivre sa propagande. Je n’ai jamais parlé de le tuer. Si Curabayn Bangkea l’a tué, il en a eu l’idée tout seul.

— Pourquoi dites-vous si Curabayn Bangkea l’a tué ?

— On ne pourra jamais en apporter la preuve.

— Le cordon dont il s’est servi pour l’étrangler a été retrouvé à son propre poignet.

— Non, dit Husathirn Mueri d’une voix lasse. Je vous accorde qu’il avait un cordon au poignet, mais il est courant que ce genre d’homme en porte, plus comme un ornement qu’autre chose. Le fait d’en avoir trouvé un autour de son poignet ne prouve rien. Et nous ne pouvons être certains que c’est celui qui a été utilisé pour étrangler Kundalimon. Même si c’est le cas, madame, il y a toujours la possibilité que celui qui a étranglé Kundalimon ait ensuite tué Curabayn Bangkea et passé le cordon autour de son poignet pour faire retomber les soupçons sur lui. Mais permettez-moi de vous soumettre une autre hypothèse : nous pouvons imaginer que Curabayn Bangkea, ayant découvert l’assassin, lui avait pris le cordon pour l’utiliser comme preuve avant d’être lui-même tué. Par le complice de l’assassin, peut-être.

— Que d’hypothèses !

— C’est ainsi que mon cerveau fonctionne, dit Husathirn Mueri. Je n’y peux rien.

— Je vois, dit Taniane avec aigreur.

Ce qui la démangeait, c’était de projeter sa seconde vue pour essayer de découvrir exactement dans quelle mesure Husathirn Mueri était impliqué dans cette tragédie. Le connaissant comme elle le connaissait, elle avait encore le sentiment qu’il avait délibérément choisi d’interpréter ses instructions comme l’ordre de liquider Kundalimon. Il ne fallait pas oublier que le jeune homme avait été le rival de Husathirn Mueri pour obtenir les faveurs de Nialli Apuilana et qu’il l’avait emporté haut la main. N’était-il pas commode pour Husathirn Mueri de mal interpréter les ordres du chef et d’envoyer Curabayn Bangkea, sa créature, éliminer le rival comblé ? Puis de faire assassiner le capitaine de la garde pour le réduire au silence ?

Cette théorie tenait debout. Et, en regardant Husathirn Mueri, elle eut l’impression qu’une aura de culpabilité émanait de lui, comme un nuage délétère de gaz des marais.

Mais Taniane ne pouvait se permettre de fouiller dans son esprit pour y découvrir des faits. Ce serait une intrusion scandaleuse, contraire à toutes les convenances. Si elle voulait le faire, il lui faudrait d’abord l’inculper officiellement et le faire comparaître en jugement. Et s’il se révélait innocent, elle n’aurait rien gagné d’autre qu’un ennemi implacable qui se trouvait être l’un des hommes les plus puissants et les plus habiles de la cité. C’était un risque qu’il valait mieux ne pas courir.

Ai-je jamais souhaité, même inconsciemment, me débarrasser de Kundalimon ? se demanda-t-elle. Et l’aurais-je fait comprendre à Husathirn Mueri sans me rendre pleinement compte de ce que je demandais ?

Non. Non. Non.

Jamais elle n’avait voulu aucun mal à ce pauvre garçon. Son seul désir avait été de protéger les enfants de la cité contre la folie des doctrines hjjk qu’il propageait. Elle en avait la conviction profonde. Jamais l’idée ne l’avait effleurée d’ordonner la mort du premier et du seul amant de sa fille.

Où était Nialli maintenant ? Nul ne l’avait vue depuis sa fuite du stade.

— Vous me soupçonnez encore ? demanda Husathirn Mueri.

— Je soupçonne tout le monde, répondit Taniane avec froideur, sauf peut-être mon compagnon et ma fille.

— Quelle assurance pourrais-je vous donner, madame, que je n’ai eu aucune part à la mort de ce garçon ?

— Admettons, dit-elle. C’est donc le capitaine de la garde, votre subordonné, qui a pris l’initiative de faire tuer Kundalimon, ou de le tuer lui-même ?

— Très probablement.

— Alors, comment expliquez-vous la mort de Curabayn Bangkea ?

— Je n’en ai pas la moindre idée, répondit Husathirn Mueri en écartant les bras. Peut-être des voyous, au stade, qui l’ont surpris dans un endroit isolé. Et qui avaient des comptes à régler avec lui. C’était le capitaine de la garde et il faisait l’important. Il devait avoir des ennemis.

— Mais le jour même de l’assassinat de Kundalimon…

— C’est une coïncidence que seuls les dieux pourraient expliquer. J’avoue que je n’en suis pas capable, madame. Mais l’enquête se poursuivra jusqu’à ce que nous ayons découvert la vérité, même si cela doit prendre cent ans. Les deux assassinats seront élucidés, je vous en réponds.

— Dans cent ans, tout cela n’aura plus d’importance. Ce qui compte aujourd’hui, c’est qu’un émissaire de la Reine des Reines a été assassiné pendant qu’il était en mission dans notre cité. Pendant que se déroulaient des négociations sur un traité de paix.

— Et c’est cela qui vous ennuie, n’est-ce pas ?

— Je ne veux pas que nous soyons entraînés dans une guerre contre les hjjk avant d’être prêts. Seul Yissou sait ce qui se passe dans l’esprit des hjjk, mais, si j’étais à la place de la Reine, je considérerais l’assassinat d’un ambassadeur comme une provocation d’une extrême gravité. Comme un acte d’hostilité, en fait. Et nous sommes loin d’être prêts à la guerre.

— Je suis d’accord avec vous, dit Husathirn Mueri, mais en l’occurrence il ne s’agit pas d’une grave provocation. Réfléchissez, madame. Premièrement, commença-t-il en comptant sur ses doigts, sa mission était terminée. Il avait transmis son message et c’est tout ce qu’il avait à faire ici. Ce n’était pas un négociateur, juste un messager, et pas très qualifié. Deuxièmement, Kundalimon était originaire de notre cité, où il revenait après une longue absence passée en captivité. Ce n’était en aucune manière un sujet de la Reine. Elle n’avait d’autorité sur lui que parce qu’il nous avait été enlevé. Quel droit aurait-elle pu avoir sur lui ? Troisièmement, il n’existe aucune relation entre Dawinno et le Nid et, en conséquence, rien ne nous permet de penser que les hjjk découvriront un jour ce qu’il lui est arrivé, si tant est que cela les intéresse. Quand nous leur adresserons notre réponse à la proposition de traité, si nous le faisons un jour, rien ne nous obligera à leur indiquer où se trouve Kundalimon. Mais peut-être ne leur répondrons-nous pas. Quatrième…

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