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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Hresh n’avait jamais été très intéressé par les Jeux, même dans sa jeunesse. Il jouait parfois à la lutte au pied ou à saute-caverne, mais sans jamais montrer d’enthousiasme. Il était trop frêle, trop petit, trop différent des autres pour ce genre de distraction. Il préférait passer son temps dans la compagnie du vieux Thaggoran, le chroniqueur à la fourrure grisonnante ou, de temps en temps, se promener seul dans le dédale d’anciens tunnels abandonnés qui s’entrecroisaient sous la grande salle d’habitation du cocon.

Mais les Jeux n’étaient pas à dédaigner. Ils offraient un divertissement, ils retenaient l’attention des plus frivoles et, plus important encore, ils fixaient l’esprit sur des sujets divins : la quête de l’excellence, de la perfection. C’est pourquoi Hresh avait imaginé cette fête annuelle en l’honneur de Dawinno. Dawinno était le dieu de la mort et de la destruction, mais aussi celui de la mutabilité, de la transformation, de l’inventivité et de l’esprit, des mille canaux de l’énergie. Ayant imaginé les Jeux, Hresh était retenu au stade, que cela lui plût ou non, et contraint de regarder les épreuves jusqu’à la dernière.

Une petite pluie fine et des trombes d’eau se succédaient en alternance, mais cela ne semblait gêner personne. Le stade n’était couvert que sur son pourtour ; toutes les tribunes centrales, y compris la loge du chef, étaient à ciel ouvert. Entre les averses soufflait un vent chaud qui séchait tout et les rares apparitions du soleil suffisaient à réconforter concurrents et spectateurs. Absorbés par le déroulement des épreuves, ils ne prêtaient aucune attention à la pluie. Trempé jusqu’aux os, inconsolable, aucunement intéressé par ce qui se passait, Hresh se disait qu’il était le seul à mourir d’ennui.

Le signal du départ venait d’être donné et les cafalas commençaient à se dandiner sur la piste boueuse. C’était en général un Beng qui gagnait la course de cafalas. Au cours de leurs pérégrinations aux confins du territoire hjjk, les Beng avaient trouvé des troupeaux de cafalas sauvages qu’ils avaient domestiqués pour leur viande et leur épaisse fourrure. Depuis, ils étaient les grands experts en cafalas.

Mais n’était-ce pas un jeune Koshmar qui était en tête de la course ? Si. Si. C’était Jalmud, l’un des fils cadets de Preyne. Nialli Apuilana s’était levée et elle agitait frénétiquement les bras en l’encourageant de la voix.

— Vas-y, Jalmud ! Vas-y ! Tu vas gagner !

Le jeune homme était penché sur l’encolure de son cafala, les genoux enfoncés dans la laine bleutée et trempée de l’animal, les mains tirant sur ses longues et souples oreilles noires. Et le cafala à l’œil terne, au museau aplati et aux pattes tournées en dehors, répondait héroïquement à ces stimulations, et avançait à une allure régulière en balançant la tête.

— Jalmud ! hurla Nialli Apuilana. Vas-y, Jalmud ! Tu vas battre les Beng !

Elle sautait sur place en marquant du pied le rythme des foulées pataudes du cafala et elle riait comme Hresh ne l’avait pas entendue rire depuis longtemps. Elle ressemblait plus à une jeune fille assistant à sa première course de cafala qu’à une femme qui n’en verrait plus jamais.

En la regardant suivre passionnément la course, Hresh eut un violent pincement au cœur. Il ne la quittait pas des yeux, comme s’il s’attendait à la voir disparaître d’un instant à l’autre. Mais il lui restait encore un peu de temps. Et il y avait d’abord les choses qu’elle avait promis de lui raconter. Sur la Reine, sur le Nid. Nialli Apuilana tenait ses promesses.

Dans combien de temps allait-elle partir ? Quelques jours ? Une semaine ? Un mois ?

Elle avait toujours été une enfant aventureuse, toujours curieuse, toujours avide d’apprendre. Avec émotion, Hresh la revit quand elle était une petite fille rieuse aux yeux brillants, trottinant à ses côtés dans les couloirs de la Maison du Savoir, le noyant sous un flot incessant de questions : « Qu’est-ce que c’est, ça ? À quoi ça sert ? »

Elle partirait, cela ne faisait aucun doute. C’était dans son esprit la grande aventure de sa vie, sa grande quête, et rien d’autre ne comptait pour elle, rien. Ni père, ni mère, ni patrie ne l’empêcheraient de partir. C’était un charme, un enchantement. Il serait impuissant à la retenir ; il avait vu en elle le feu de la passion. Elle aimait Kundalimon et, que Dawinno la protège, elle aimait la Reine. Son amour pour Kundalimon était naturel et il n’y avait qu’à s’en féliciter. Celui qu’elle portait à la Reine lui était incompréhensible et il savait qu’il ne pouvait rien y faire. Ce qu’on lui avait fait dans le Nid pendant la durée de sa captivité l’avait irréparablement changée. Elle allait donc repartir chez les hjjk, mais, cette fois, elle ne reviendrait pas. Elle ne reviendrait jamais. Cela avait pour Hresh quelque chose d’irréel ; dans quelque temps, sa fille serait perdue à jamais. Et il n’y pouvait rien. Le seul moyen de la retenir serait de l’enfermer comme un vulgaire malfaiteur.

— Jalmud hurle Nialli Apuilana qui semble transportée de joie.

La course est terminée. Jalmud se tient en souriant devant l’autel de Dawinno et il reçoit la couronne de la victoire. Des valets essaient de rassembler les cafalas qui se sont éparpillés dans toutes les directions.

Une silhouette casquée apparaît à l’entrée de la loge du chef. C’est un homme costaud portant l’écharpe de la garde judiciaire. Il incline la tête vers Taniane.

— Madame, dit-il à voix basse, il faut que je vous parle.

— Allez-y, je vous écoute.

Le garde lance un regard hésitant à Hresh, puis à Nialli Apuilana.

— Je préférerais que vous soyez seule à entendre.

— Alors, dites-le-moi dans le creux de l’oreille.

Le garde repousse son casque en arrière, puis il se penche vers le chef, les lèvres contre son oreille.

— Non ! lance Taniane d’une voix sourde, dès les premiers mots.

Elle porte les deux mains à sa gorge, puis elle commence à se frapper les cuisses, avec rage, en proie à une agitation intense. Hresh la regarde d’un air interdit. Le garde lui-même semble consterné par l’effet que ses paroles ont eu sur elle et il se recule en faisant précipitamment et nerveusement les signes de tous les dieux.

— Que se passe-t-il ? demande Hresh.

Taniane secoue lentement la tête et elle fait à son tour les signes sacrés.

— Que Yissou nous protège ! dit-elle d’une voix caverneuse.

Et elle répète l’invocation à plusieurs reprises.

— Mère ? dit Nialli Apuilana.

— Par tous les dieux, Taniane, dit Hresh en la prenant par le bras, explique-moi ce qui est arrivé.

— Oh ! Nialli, Nialli 1…

— Mère, je t’en prie !

— Le garçon qui nous a été envoyé par les hjjk…, commence Taniane d’une voix sépulcrale, l’émissaire…

— Qu’y a-t-il, mère ? demande Nialli d’un ton exaspéré. Il lui est arrivé quelque chose ?

— On vient de le découvrir dans une ruelle, près de la Maison de Mueri. Mort. Étranglé.

— Par les Déités ! s’écrie Hresh.

Il se retourne vers Nialli Apuilana, les bras tendus pour la consoler. Mais il est déjà trop tard. Avec un cri déchirant, la jeune fille se lève et s’enfuit, franchissant d’un bond prodigieux la barrière latérale de la loge du chef et se fondant aussitôt dans la foule où elle se fraie un chemin, écartant les gens avec fureur, comme s’ils n’étaient que de simples fétus de paille. Elle disparaît en quelques instants. Un moment plus tard, un deuxième garde, hors d’haleine, les yeux écarquillés, arrive en courant aussi pesamment qu’un cafala. Il s’agrippe des deux mains à la barrière de la loge du chef en essayant de reprendre son souffle.

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