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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Hresh la regardait fixement, interdit, abasourdi.

Cette décision aussi était probablement inévitable depuis le retour du Nid de Nialli. Il aurait dû s’y attendre. Mais il n’avait pas voulu y penser, il n’avait pas voulu se rendre à l’évidence.

— Quand ? dit-il enfin. Dans combien de temps ?

— Quelques jours, une semaine, je ne sais pas exactement. Kundalimon n’a pas encore tout à fait fini ce qu’il a à faire ici. Il enseigne la vérité du Nid aux enfants. Il leur enseigne l’amour de la Reine afin qu’ils soient en mesure de comprendre ce que les générations précédentes n’ont jamais pu comprendre. Il lui reste encore certaines choses à leur expliquer et à leur montrer. Puis nous partirons. Mais je ne voulais pas m’en aller à la dérobée, sans te prévenir. Je ne peux pas le dire à Taniane… Jamais elle ne me le permettrait ; elle serait capable de me fourrer en prison pour m’empêcher de partir. Avec toi, ce n’est pas pareil… Tu es différent, tu vois les choses en profondeur.

Encore en plein désarroi, Hresh parvint à esquisser un sourire.

— Ce que je vois, Nialli, c’est que tu me rends complice de ton projet. Si j’en parle à ta mère, jamais tu ne me le pardonneras. Est-ce que je me trompe ?

— Mais tu ne lui en parleras pas, ni à elle, ni à personne d’autre. Je le sais.

Hresh contempla le bout de ses doigts. Quelque chose de froid et de lourd pesait sur sa poitrine. L’impact des paroles de Nialli commençait seulement à l’atteindre dans toute sa violence : sa fille, son unique enfant lui était arrachée à jamais et il ne pouvait rien y faire, absolument rien.

— Très bien, dit-il enfin en espérant que la tristesse ne transparût pas dans sa voix. Je garderai le silence.

— Je savais que je pouvais compter sur toi.

— Mais il y a une chose que je te demande de faire pour moi avant que tu partes. Sinon je refuse et Taniane apprendra tout de suite ce que vous mijotez tous les deux.

— Tout ce que tu veux père, dit Nialli, le visage illuminé. Tu n’as qu’à le demander.

— Je veux que tu me parles du Nid. Que tu me décrives la Reine, que tu m’expliques ce que sont le lien du Nid, l’amour de la Reine et tous les autres concepts. Depuis ton retour à Dawinno, tu as tout gardé pour toi. Si tu savais, Nialli, comme j’étais avide de découvrir tout cela ! Mais je ne pouvais pas te forcer à parler. Et tu n’as pas voulu te livrer, pas une seule fois. Le moment est venu de le faire. Dis-moi tout. Il faut que je sache et tu es la seule qui puisse m’expliquer. Tu le feras ce soir, dès que les Jeux seront terminés. C’est la seule chose que je te demande. Avant que tu partes dans le Nid avec Kundalimon, avant que tu me quittes pour toujours.

Curabayn Bangkea astiquait soigneusement son casque dans la cellule contiguë à la Basilique qui lui servait de bureau quand Husathirn Mueri apparut. Le capitaine de la garde était d’humeur maussade, et ce, depuis plusieurs jours. L’image de Nialli Apuilana le hantait jour et nuit. Elle dansait pour lui dans ses rêves, nue, souriante, aguichante, mais toujours hors de portée. Il savait que le désir qu’il avait d’elle était absurde. Elle resterait hors de sa portée dans tous les domaines, elle, issue de la plus haute noblesse et lui, simple officier de la garde judiciaire. Il n’avait aucune chance ; c’était ridicule. Mais la pensée de Nialli Apuilana lui rongeait l’âme. Il avait en permanence un goût métallique dans la gorge, une douleur lancinante dans la cage thoracique. Fantasmes stupides, affreux tourments qu’il s’infligeait tout seul ! Et c’était sans espoir, sans aucun espoir ! Il l’apercevait de temps en temps dans les rues de la cité, toujours à une certaine distance, et elle l’écrasait du regard méprisant qu’elle eût lancé à une créature sortie en rampant d’un égout.

— Vous êtes là, dit Husathirn Mueri en pénétrant dans la petite pièce.

Curabayn Bangkea lâcha son casque qui tomba sur la table avec un grand fracas.

— Votre Grâce ? s’écria-t-il d’une voix étranglée en écarquillant les yeux.

— Pourquoi avez-vous l’air si renfrogné ce matin, Curabayn Bangkea ? C’est la pluie qui vous énerve ? Ou bien avez-vous mal dormi ?

— Très mal, Votre Grâce. Mes rêves me réveillent en sursaut et après, je reste étendu en attendant de retrouver le sommeil. Quand je réussis à me rendormir, les rêves recommencent, mais ils ne m’apportent toujours pas l’apaisement.

— Vous devriez aller dans une taverne, dit Husathirn Mueri avec un sourire aimable, et boire un bon coup. Puis trouver une gentille fille avec qui vous accoupler une ou deux fois, et vider une autre carafe de vin. Une bonne nuit de débauche, sans fermer l’œil, je trouve qu’il n’y a rien de tel pour chasser les mauvais rêves. Le lendemain matin, vous vous sentirez en pleine forme et vos rêves ne vous causeront plus de tourments de sitôt.

— Je remercie Votre Grâce, dit Curabayn Bangkea d’une voix sans chaleur. Je vais y réfléchir.

Il prit son casque et se remit à l’astiquer en se demandant si Husathirn Mueri se doutait de ce qui le perturbait tant. Nul n’ignorait que Husathirn Mueri était lui-même vivement attiré par Nialli Apuilana – il suffisait de le regarder quand elle était là et l’on comprenait tout de suite –, mais se rendait-il compte que tous les hommes de la cité ou presque éprouvaient la même chose que lui ? Ne risquait-il pas de se mettre en rage s’il apprenait qu’un humble capitaine de la garde était tout aussi obsédé que lui par la jeune femme ? Si, probablement. Je ferais mieux de ne rien laisser paraître, songea Curabayn Bangkea.

— Vous n’étiez pas au temple ce matin, pour l’Heure de Nakhaba, dit Husathirn Mueri.

— Non, Votre Grâce. Je suis de service.

— Jusqu’à quelle heure ?

— Midi, Votre Grâce.

— Et après ?

— Je pensais aller à la Fête. Pour regarder les Jeux.

Husathirn Mueri se pencha vers lui en souriant. Un sourire patelin, complice, un sourire inquiétant qui était le signe de quelque chose d’inhabituel.

— J’ai un petit travail pour vous, cet après-midi, dit-il d’une voix douce.

— Et les Jeux ?

— Ne vous inquiétez pas. Vous irez voir les Jeux après. Mais j’aurai besoin de vous d’abord. Pour faire un petit travail pour moi, quelque chose de vital pour la sécurité de la cité. Et vous êtes le seul à qui je puisse faire confiance. D’accord ?

— Votre Grâce ? dit Curabayn Bangkea, l’air perplexe.

— L’émissaire des hjjk…, poursuivit Husathirn Mueri en se perchant avec désinvolture sur un coin du bureau du capitaine de la garde. Taniane est au courant de ses… activités. Vous savez, l’endoctrinement, la corruption des enfants… Elle veut que cela cesse aussi vite que possible.

— Comment pouvons-nous le faire cesser ? En le plaçant de nouveau en résidence surveillée ?

— Quelque chose de plus radical.

— De plus radical…

— Vous comprenez ce que je veux dire.

— Je n’en suis pas sûr, dit Curabayn Bangkea en ouvrant démesurément les yeux. Ne tournons pas autour du pot, Votre Grâce. Êtes-vous en train de me dire qu’il faut le tuer ?

— Le chef est très préoccupé par la situation. Elle m’a donné l’ordre de mettre le holà à cette tentative de subversion de nos enfants. D’y mettre fin sans délai et d’une manière définitive. Cela me semble assez clair.

— Mais de là à tuer un ambassadeur…

— Il n’est pas vraiment nécessaire de continuer à utiliser ce mot, n’est-ce pas ?

— Mais c’est ce que vous voulez… Je ne me trompe pas, c’est bien ce que vous voulez ?

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