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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Taniane était donc tenue de célébrer elle-même l’Heure de Nakhaba, non parce qu’elle avait du sang Beng dans les veines, ni parce qu’elle croyait que Nakhaba existait ou qu’il allait rendre périodiquement visite à un autre dieu plus haut placé que lui, mais parce qu’elle était le chef du gouvernement d’une cité où Koshmar et Beng étaient traités sur un pied d’égalité. Aux termes de la loi de l’Union, elle était devenue le successeur de la longue lignée de chefs Beng. Taniane irait donc, à l’heure où le soleil se lève, allumer le cierge qui marquerait le départ du dieu des Beng vers la demeure céleste du dieu créateur.

Mais il y avait d’abord ce problème délicat à régler avec Husathirn Mueri…

Il lui avait envoyé un messager la veille au soir pour solliciter une audience particulière, en affirmant que cela ne pouvait souffrir aucun délai. « Une affaire d’une extrême gravité, disait-il, relative aux dangers que les activités de votre fille font courir à la cité et à sa propre personne. Une affaire dont je ne puis méconnaître l’importance. »

Le contraire eût été étonnant ! Pour Husathirn Mueri, tout était d’une extrême gravité, surtout s’il pensait avoir quelque chose à y gagner. Il était comme cela. Mais Taniane n’avait pas l’intention de repousser sa requête ; il était beaucoup trop utile et avait des relations très étroites avec la communauté Beng, du côté de son père, si cette affaire concernait Nialli Apuilana et si c’était vraiment grave, et non un simple stratagème pour retenir l’attention du chef…

Taniane lui avait fait savoir qu’elle le recevrait avant l’aube, dans sa résidence officielle.

Quand elle descendit ce matin-là, Husathirn Mueri était déjà arrivé et il faisait les cent pas dans le grand vestibule. Il faisait frais, le ciel était couvert et une petite pluie fine tombait. Malgré la pluie, Husathirn Mueri paraissait tout pimpant. Son épaisse fourrure noire était soigneusement lissée et les bandes blanches qui la parcouraient, rappelant si douloureusement sa mère, Torlyri, tranchaient avec vigueur sur le fond sombre.

Il s’inclina cérémonieusement à l’arrivée de Taniane, lui adressa le signe de Dawinno et, pour faire bonne mesure, appela sur elle la faveur de Nakhaba. Cette affectation de piété était agaçante. Ce n’était pas un secret pour Taniane que sa foi en les dieux, qu’ils fussent Beng ou Koshmar, était pour le moins chancelante.

— Alors, Husathirn Mueri, dit-elle avec impatience et sans se donner la peine de faire les signes sacrés, que se passe-t-il ?

— Nous allons parler ici ? Dans le vestibule ?

— C’est un endroit qui en vaut bien d’autres.

— J’espérais… un lieu plus retiré…

Taniane pesta intérieurement.

— Bon, suivez-moi. Hresh a un cabinet de travail au bout de ce couloir.

— Hresh sera là ? demanda-t-il avec un regard inquiet.

— Il se lève au milieu de la nuit et il part s’amuser avec ses jouets, dans la Maison du Savoir. Y a-t-il quelque chose qu’il vaudrait mieux lui cacher ?

— Ce sera à vous d’en décider, répondit Husathirn Mueri. Tout ce qui m’intéresse, c’est de vous faire part de ce que je sais, mais, si vous estimez que le chroniqueur doit en être informé…

— Très bien, dit Taniane. Venez.

Elle sentait l’agacement la gagner. Toutes ces courbettes, ces salamalecs, ces signes destinés à honorer des dieux auxquels il ne croyait pas, ces circonlocutions mielleuses…

Elle le conduisit dans le cabinet de travail et referma la porte derrière eux. La pièce était envahie par les manuscrits de Hresh. En regardant par l’étroite fenêtre, elle vit que la bruine se transformait en grosse pluie. La Fête allait être gâchée. Elle s’imagina au stade, debout devant le siège du chef, trempée jusqu’aux os, lançant la torche fumante et crachotante pour donner le départ des courses.

— Bon, dit-elle, nous y voilà. Dans un endroit retiré.

— J’ai deux choses à vous annoncer, commença Husathirn Mueri. La première m’a été rapportée par les gardes de la Cour de Justice qui étaient chargés, sur mon ordre, de surveiller l’émissaire des hjjk.

— Vous m’avez dit que cela concernait Nialli Apuilana.

— C’est exact. Mais j’ai également dit que cela avait trait à un danger pour notre cité. Je préférerais, si vous le permettez, vous parler d’abord de cela.

— Bon, allez-y.

— Vous n’ignorez pas que, chaque jour, l’ambassadeur des hjjk circule librement dans la cité. Nous l’avions placé en résidence surveillée, mais, à la demande de Nialli Apuilana, cette mesure a été levée. Et maintenant, il corrompt nos enfants.

— Il les corrompt ? demanda Taniane en écarquillant les yeux.

— Par la propagation des croyances hjjk. Il les initie à des concepts tels que la vérité du Nid, l’amour de la Reine, le lien du Nid ou encore le plan de l’Œuf. Vous connaissez tous ces termes ?

— Oui, je les ai déjà entendus. Comme tout le monde. Mais je ne sais pas vraiment ce qu’ils signifient.

— Si vous voulez le savoir, vous pouvez demander à n’importe quel enfant de la cité. Surtout les plus jeunes. Kundalimon prêche tous les jours et, tous les jours, il leur bourre la cervelle de ces inepties néfastes.

— Vous en êtes certain ? demanda Taniane après avoir respiré à fond.

— Tous ses faits et gestes sont surveillés.

— Et les enfants… Est-ce qu’ils l’écoutent ?

— Non seulement ils l’écoutent, madame, mais ils y croient ! Toute leur attitude envers les hjjk est en train de changer. Ils ne considèrent plus les insectes de la même manière que le reste d’entre nous. Ils ne voient plus en eux des créatures repoussantes, des êtres malfaisants. Parlez-en à un enfant, madame, n’importe lequel, et vous verrez. Kundalimon est parvenu à leur faire croire que les hjjk sont des êtres d’une grande sagesse, d’une nature quasi divine ou, tout au moins exceptionnellement riche. Il leur parle de l’ancienneté des hjjk, de l’importance qui était la leur du temps de la Grande Planète. Il leur répète que les descendants de l’une des six races de la Grande Planète existent encore, qu’ils vivent très loin d’ici, dans un fantastique palais souterrain et qu’ils cherchent simplement à nous faire partager leur sagesse…

— Oui, dit sèchement Taniane, je vois le danger. Mais qu’a-t-il l’intention de faire ? Espère-t-il, tel un joueur de flûte, entraîner tous les petits hors de la cité et leur faire franchir collines et vallées en dansant au son de son instrument jusqu’à ce qu’ils arrivent au Nid ?

— Qui sait ? Ce n’est pas impossible.

— Et vous prétendez que Nialli Apuilana est impliquée là-dedans. De quelle manière ?

Husathirn Mueri se pencha en avant, à toucher le visage de Taniane.

— Madame, votre fille et l’ambassadeur hjjk sont amants.

— Amants ?

— Vous savez qu’elle se rend tous les jours dans sa chambre. Pour lui apporter à manger et lui enseigner notre langue…

— Mais, oui, bien sûr !

— Eh bien, madame, il arrive à votre fille de passer toute la nuit avec lui. Mes gardes ont surpris dans cette chambre des bruits qui… pardonnez-moi, madame, pardonnez-moi… des bruits qui ne pouvaient être que ceux de l’accouplement.

— Et alors ? demanda Taniane avec un geste agacé de la main. C’est une activité très saine. Cela ne l’avait pas beaucoup intéressée jusqu’à présent et il est grand temps qu’elle s’y mette et qu’elle y prenne goût.

Le visage de Husathirn Mueri se ferma brusquement, comme si Taniane venait de commencer à lui trancher un par un tous les doigts.

— Madame…, commença-t-il d’une voix faible.

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