L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
— Non… Gwen.
— Oui ?
— N’en tue pas d’autres. »
Elle le toisa. « Ils pourchassent les Émereli, ainsi que toute personne ayant la malchance de se trouver actuellement à Défi. Ils nous massacreraient avec joie.
— On pourrait se contenter de les attirer à notre poursuite – de gagner du temps. Jaan va bientôt arriver. Je ne vois pas l’intérêt de commettre d’autres meurtres. »
Dans un soupir, la jeune femme fit ralentir la raie d’acier. « Dirk… » Puis elle se tut – elle avait vu quelque chose. Sa propulsion coupée, l’appareil flottait à cinquante centimètres du sol, glissant lentement vers l’avant. « Regarde », lui dit-elle en désignant la scène du doigt.
La lumière était trop faible pour qu’ils puissent distinguer quoi que ce soit clairement. Ils s’approchèrent encore, et… un cadavre – ce qui en restait, du moins – apparut au centre du boulevard, immobile et sanglant. Il y avait des morceaux de chair éparpillés tout autour de lui, et du sang séché, presque noir, maculait le sol en plastique.
« C’est la proie que nous avons entendue tout à l’heure, lui expliqua Gwen d’un ton dénué de toute émotion. Les chasseurs de simulacres ne mangent jamais ce qu’ils tuent. Pour faire court, ils leur dénient toute humanité, les qualifient d’animaux semi-intelligents, et s’accrochent fermement à cette croyance. Le tabou du cannibalisme reste cependant trop fort, même pour eux, aussi n’osent-ils pas se repaître de leurs proies. Même dans l’ancien temps, durant les siècles d’obscurantisme de Haut Kavalaan, les chasseurs des étaux n’ont jamais dévoré les simulacres qu’ils abattaient. Ils les laissaient aux dieux, aux insectes nécrophages, aux scarabées des sables. Après en avoir donné un morceau à leurs chiens, comme récompense. Mais les chasseurs ont toujours pris des trophées : la tête. Tu vois le torse, là ? Alors, dis-moi où se trouve la tête censée aller avec. »
Dirk se sentit pris de nausée.
« La peau également, ajouta Gwen. Ils ont toujours des couteaux à écorcher sur eux – du moins en avaient-ils, jadis. Souviens-toi, ça fait plusieurs générations que la chasse aux simulacres est interdite sur tout Haut Kavalaan. Même le conseil des nobles de Braith a voté contre de telles pratiques. Les meurtres commis par la suite l’ont toujours été dans la clandestinité. Les chasseurs devaient cacher leurs trophées. Sauf entre eux, peut-être. Ici, par contre… Eh bien, sache que Jaan s’attend à ce que les Braiths restent sur Worlorn aussi longtemps qu’ils le pourront. Il m’a dit qu’ils parlaient de renier Braith, de faire venir ici les betheyns des étaux de leur planète natale pour former une nouvelle coalition. Un Rassemblement aux us et coutumes identiques à ceux de leur lointain passé. Ils veulent ressusciter toutes ces abominations, mortes ou en voie de l’être. Tant que ce sera possible : un an, deux ans, ou dix, aussi longtemps que l’écran stratosphérique des Tobériens parviendra à préserver une certaine chaleur sur cette planète. Lorimaar noble de Larteyn et ses semblables n’auront personne pour les modérer.
— C’est de la pure folie !
— Sans doute. Mais rien ne les arrêtera. Si Jaantony et Garse devaient partir demain, ils fonderaient aussitôt ce nouvel étau – seule la présence des Jadefer les en retient. Si les Braiths traditionalistes venaient ici en nombre, la faction progressiste de Jadefer risquerait d’en faire de même et de les empêcher d’organiser leurs chasses ; eux comme leurs enfants n’auraient plus alors qu’à affronter une vie courte et difficile sur un monde mourant, sans aucun des plaisirs qu’ils convoitaient. Non, il existe déjà des salles des trophées à Larteyn. Lorimaar à lui seul se vante de posséder cinq têtes, et on raconte qu’il se serait fait coudre deux vestes en peau de simulacre. Il ne les porte jamais, bien sûr, car Jaan le défierait immédiatement et le tuerait. »
L’appareil recommença à prendre de la vitesse. « Et maintenant, tu tiens toujours à ce que je m’écarte, la prochaine fois que des Braiths se trouveront sur notre passage ? Maintenant que tu sais tout sur eux ? »
Il ne répondit pas.
Très vite, le boulevard désert résonna à nouveau de hurlements interminables. Ils passèrent auprès d’un autre véhicule renversé, aux gros pneus déchiquetés. Un peu plus loin, une masse sombre de métal leur bloqua le passage – un énorme robot dont les quatre grands bras étaient tendus au-dessus de sa tête, figés dans une posture grotesque. Un cylindre noir garni d’yeux de verre formait la partie supérieure de son torse. En dessous se trouvait un socle monté sur roues de la taille de la raie d’acier. « Un gardien », expliqua Gwen lorsqu’ils passèrent à côté du cadavre mécanique. Dirk vit que ses mains avaient été arrachées, à chacun de ses bras. Le corps était criblé d’impacts de laser.
« Il les a combattus ? demanda Dirk.
— Probable. Et ça indique surtout que la Voix est toujours en activité, qu’elle contrôle encore certaines fonctions. Ça explique peut-être pourquoi nous n’avons pas entendu d’autres messages de Bretan Braith. Il a peut-être bien eu quelques ennuis, dans les sous-sols. La Voix a certainement regroupé ses gardiens pour protéger les fonctions indispensables à la vie de la cité. » Elle haussa les épaules. « Mais c’est sans importance. Les gardiens sont des instruments de contrainte. Ils tirent des dards anesthésiants, et peuvent, je crois, émettre des gaz depuis les ouïes que tu peux voir à leur base. Mais les Braiths finiront par en venir à bout. »
Le robot avait disparu derrière eux, laissant le boulevard à nouveau désert. Les sons gagnaient en puissance et en netteté devant eux.
Cette fois, Dirk ne protesta pas lorsque Gwen ralluma les projecteurs et se rua sur les Braiths. Cris et bruits d’impact se succédèrent à un rythme atrocement rapide. La jeune femme heurta deux des chasseurs braiths – elle déclara par la suite ne pas être certaine d’avoir tué le second, celui-ci ayant été projeté de côté, contre l’un de ses chiens.
T’Larien en resta muet. L’homme avait lâché ce qu’il tenait à la main quand il avait été projeté sur leur droite. Après être allé s’écraser contre la vitrine d’une boutique, l’objet avait glissé le long de la vitrine jusqu’au sol, laissant une trace sanglante derrière lui. Dirk aurait juré voir des cheveux.
La route en spirale tournait interminablement autour de l’énorme tour qu’était Défi. Elle s’enfonçait avec lenteur, régulièrement, et il leur fallut plus de temps qu’escompté pour descendre du niveau 388, où ils avaient surpris le second groupe de Braiths, jusqu’au niveau du sol. Un vol interminable, dans une grisaille silencieuse.
Ils ne croisèrent plus personne – ni Kavalars, ni Émereli.
Au niveau 120, un gardien solitaire leur bloqua le passage. Tournant ses yeux sombres dans leur direction, il leur ordonna de faire halte avec la voix toujours aussi calme, cordiale, du grand ordinateur de Défi. Mais Gwen se garda bien de faire ralentir la raie d’acier, ce qui força en fin de compte le gardien à s’écarter de leur chemin sans même tirer le moindre dard ou émettre un quelconque gaz. Les échos de l’avenue leur renvoyèrent un bon moment ses vaines requêtes.
Au niveau 57, les faibles lumières des plafonniers se mirent à vaciller pour ensuite s’éteindre complètement, les plongeant un bref instant dans une obscurité totale. Gwen alluma aussitôt les projecteurs, réduisit légèrement leur vitesse de vol. Ils progressaient en silence, mais Dirk se demandait si cette obscurité était due à une défaillance de Défi ou à un acte délibéré de Bretan Braith. La deuxième hypothèse lui semblait la plus probable : un chasseur survivant avait certainement dû avertir ses frères d’étau qui se trouvaient au sous-sol.