Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Oui, je vois cela. Ces drôles veulent arriver jusqu’à la palissade, entasser leurs fagots le long des madriers, y mettre le feu et nous griller tout vif.
» Halte là ! mes gaillards... Nous sommes prêts.
» C’est fait, n’est-ce pas, Joseph.
– Quand vous voudrez, monsieur Alexandre. Cela ne tient plus qu’à un fil.
– Dis donc, fit Albert, j’ai bonne envie d’en jeter quelques-uns par terre.
– À quoi bon. Laisse faire. Dans quelques minutes il y aura pas mal de côtes d’enfoncées.
Encouragés par le silence de la petite garnison, les mineurs s’enhardissaient peu à peu, les plus braves entraînant les moins résolus. Un groupe compact, brandissant des morceaux de branches sèches, avait atteint la muraille de bois. Le hasard les conduisit juste en face de la paroi minée. Se croyant probablement d’habiles tacticiens, ils étaient arrivés à pas de loup, pendant qu’une autre troupe faisait, du côté opposé, un tapage d’enfer, pour détourner sans doute l’attention des assiégés.
Puis, sans sommation aucune, comme si ç’eût été la chose la plus simple d’asphyxier et de griller tout vifs trois hommes contre lesquels nul grief sérieux ne pouvait être articulé, ils mirent froidement le feu au bûcher improvisé. Déjà de minces filets de fumée filtraient à travers les interstices existant entre les poutres grossièrement équarries. Les chevaux, sentant l’incendie, commençaient à s’ébrouer.
– Nous y sommes, dit Alexandre de sa voix calme.
– Nous sommes prêts, répondirent simultanément Albert et Joseph.
– Prenez chacun un cheval. Les premiers venus. Attachez-les ensemble par le cou avec une corde assez longue et rangez-les devant notre brèche.
– C’est fait.
Le jeune homme opéra la même manœuvre et plaça deux autres chevaux immédiatement derrière les premiers. Puis, il battit le briquet, enflamma sa mèche, en coupa quatre morceaux longs de deux centimètres et, quand ils furent allumés, en remit un à chacun de ses amis.
– Écoutez-moi et exécutez bien ma manœuvre. Au commandement de : En avant ! empoignez solidement les chevaux aux naseaux et sans vous occuper de moi, glissez-leur dans une oreille votre étoupe enflammée. Pendant ce temps, je jette en bas le panneau mobile... puis, lâchez tout.
» C’est compris !...
– Oui.
– En avant !...
Sous l’irrésistible poussée du jeune homme, la lourde muraille brusquement arrachée de ses fondations, oscilla, craqua, et s’abattit avec un fracas retentissant sur les facines embrasées et sur les hommes qui activaient la flamme. Il y eut un cri de rage et de douleur, des blasphèmes, auquel succédaient des hennissements déchirants, et un bruit précipité de sabots broyant les fibres du bois.
Les chevaux, affolés par la morsure du feu qui leur calcinait l’oreille, se ruèrent au milieu des hommes qui avaient pu éviter la chute du panneau. Mais les pauvres bêtes, attachées par la corde, prirent chacun une direction différente, se mirent à tourner, saisis de vertige, écrasant sous leurs pieds les morts et les blessés, et en enserrant dans un inextricable nœud les fuyards éperdus.
– En selle, dit froidement Alexandre, bien que la pâleur livide répandue sur ses traits, donnât un formel démenti à cette apparente impassibilité.
Les chevaux des Boërs piaffaient d’impatience et d’effroi. Ils s’élancèrent d’un bond sur leur robuste échine, Joseph, déjà prêt, allait bondir le premier.
– Doucement, reprit Alexandre. Notre stratagème a trop bien réussi pour que nous restions en si beau chemin.
» C’est égal ! Quel massacre ! Ma foi, tant pis. Ce sont eux qui l’ont voulu.
Il se baissa rapidement, répéta la cruelle manœuvre précédemment exécutée par ses deux compagnons, et glissa les deux fragments de mèche dans l’oreille des chevaux qu’il venait de lâcher. Les assaillants, revenus de leur première stupeur, et sentant que leurs ennemis allaient s’échapper, cherchaient à organiser un semblant d’attaque. Ils n’en eurent pas le temps. L’arrivée de cette nouvelle trombe au milieu de leurs rangs pressés amena le plus indescriptible désarroi. Ce fut plus qu’une fuite. Ce fut une déroute, un sauve-qui-peut inouï de gens éperdus, incapables même d’éviter l’ouragan qui fondait sur eux.
Les trois Français, courbés sur le col de leurs montures dont ils avaient brutalement piqué la croupe, s’étaient élancés à la suite de ces chevaux qui leur frayaient une voie sanglante. Albert, le revolver au poing, Alexandre, la carabine à la main, prêts à brûler la cervelle au premier qui s’opposerait à leur passage, aperçurent la barrière du kraal laissée grande ouverte.
Ils l’enfilèrent à fond de train suivis de Joseph, et disparurent bientôt, au milieu d’une dernière clameur de rage heureusement impuissante.
– Droit aux chutes Victoria, dit après quelques minutes d’une course enragée Alexandre, en montrant d’épaisses colonnes nuageuses montant à pic dans la direction du nord.
– Mais, objecta, non sans raison Albert, nous allons être poursuivis.
– J’en suis absolument certain.
– Si nous nous trouvons sur le bord du Zambèze, avec les mineurs à nos trousses, nous serons pris comme dans un traquenard.
– Explique-toi, nous avons le temps.
– C’est bien simple. Acculés à un cours d’eau en comparaison duquel nos fleuves d’Europe sont d’humbles ruisseaux, nous aurons perdu ce qu’en bonne tactique on appelle la ligne de retraite.
– En es-tu bien sûr ?
– À moins que, en chef de corps expérimenté, tu n’aies assuré le passage.
– Comme je ne m’attendais pas au bonheur de vous retrouver tous deux, et que je ne pouvais prévoir cette bagarre absurde et terrible, je t’avouerai volontiers que mes précautions n’ont pas été prises en vue d’une pareille éventualité.
– Tu vois bien que nous allons être cernés.
– Doucement, cher Albert, doucement. Ne juge pas témérairement ton ami, et ne le condamne pas sans l’entendre.
– Achève donc, bourreau, tu me fais mourir.
– Ne meurs pas encore, et écoute-moi. En te disant que mes précautions n’ont pas été prises en prévision de ces incidents qui ont signalé notre heureuse rencontre, je n’ai pas prétendu que nous étions dénués de tout moyen de salut. Ces moyens ont été assurés par moi, mais dans un autre motif.
– Lequel ?
– Si master Will ou le Révérend, nos excellents mais parfois indiscrets compagnons, se trouvaient à nos côtés, je garderais le silence, mais comme nous sommes entre nous, je t’avouerai simplement, que j’ai installé un petit service de batellerie pour me rendre sur le lieu où se trouve le Trésor...
– ... Des Rois Cafres...
– Chut ! Nous ne sommes pas seuls !
– Bonjour, messieurs, dit une voix sonore.
Les trois amis, emportés dans un galop furieux, tournaient en ce moment à angle droit près d’une roche sombre formant un promontoire aigu au milieu des terrains d’alluvions, alors à sec, mais qui devaient être périodiquement submergés au moment des crues du fleuve.
Un homme de haute taille, la tête enveloppée d’un vaste couvre-nuque en étoffe blanche, et portant en bandoulière une courte carabine à deux canons, apparaissait en même temps comme s’il fût sorti de dessous terre.
– Bonjour, monsieur, répondit poliment Alexandre, mais du ton d’un homme dont les moments sont précieux, et qui ne veut pas, en conséquence, entamer des confidences pour le moins oiseuses.
– Gentlemen, un mot, reprit en barrant la route l’inconnu qui ne prit pourtant pas une attitude agressive.