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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— J’aimerais vous parler après la visite, seule à seule. Nous pourrions prendre un thé ou un chocolat chaud.

— Je dispose de très peu de temps, je dois aller chercher ma fille à l’école.

— Donnons-nous rendez-vous dans le café qui fait l’angle de la rue du Chemin-Vert, dans dix minutes.

Intriguée par le ton ferme de Bérangère, Lisa accepta :

— Bien, j’y serai.

Ce n’est pas la même femme qui vient d’entrer dans le café, se disait le lieutenant Fernandez un peu plus tard. Le visage de la jeune femme était encore plus blanc, ses traits étaient tirés ; elle avait l’air épuisé. Quand elle enleva son manteau, son corps maigre la fit paraître plus fragile encore.

— Je vous écoute, mademoiselle. Qu’avez-vous de si important à me dire ?

Le lieutenant Fernandez commanda deux chocolats chauds et ne fit pas attendre Lisa plus longtemps :

— Je fais partie du groupe qui enquête sur les différents assassinats qui ont été perpétrés ces dernières semaines. Vous n’êtes pas directement concernée, néanmoins, nous souhaiterions en savoir un peu plus sur votre compagnon, Yann Morlaix.

Bérangère eut l’impression que Lisa allait se trouver mal. Elle se cramponnait à la table comme quelqu’un pris de vertige et cherchait sa respiration.

— Ça ne va pas ? Vous ne vous sentez pas bien ?

La conférencière se ressaisit et dit d’une voix presque inaudible :

— Excusez-moi, je suis d’une santé fragile, les visites en plein air ne me réussissent pas.

— Buvez votre chocolat bien chaud, dit le lieutenant qui ne perdait pas la jeune femme des yeux, épiant chacune de ses réactions.

— Que voulez-vous savoir ? fit Lisa.

— J’aimerais que vous me juriez que le 24 décembre, Yann et vous étiez bien à Nogent-sur-Marne pendant que Mme Pascoli se faisait assassiner.

— Vous alors, vous ne mâchez pas vos mots.

— Le temps presse, Lisa, nous ne pouvons plus faire des ronds de jambe.

Lisa hésita quelques secondes, ses lèvres devinrent si pâles que Bérangère crut que son interlocutrice allait tomber en syncope.

— Tout ce que nous avons dit est la stricte vérité, mademoiselle. Absolument tout.

— Je ne vous crois pas, Lisa. Vous ne pourrez pas couvrir votre compagnon bien longtemps, soyez-en certaine. La vérité va éclater un jour et vous regretterez votre attitude. Je peux comprendre bien des choses, mais ce que vous faites n’a pas de nom, vous oubliez que des femmes innocentes meurent les unes après les autres, s’emballa le lieutenant Fernandez. Ça vous laisse froide, ça aussi ?

— Je… Je… Excusez-moi, bégaya la jeune femme en renversant son chocolat. Elle se leva brusquement, faisant tomber sa chaise, et prit la fuite en oubliant son manteau.

Derrière la vitrine du café, Bérangère vit Lisa courir sur l’avenue de Ménilmontant comme une folle, bousculer les passants, trébucher, courir de nouveau avant de disparaître dans la foule. Elle appela Damien :

— J’ai le sentiment que nous sommes sur la bonne voie.

— Elle a dit quelque chose ?

— Non, rien, mais elle est à deux doigts de craquer. C’est un petit animal traqué.

— Bien ! Je serai dans cinq minutes devant le Point-Virgule. On se rappelle.

46

Damien arriva à la hauteur de la librairie quand Thibault Lavigne, flanqué du caviste François Caton, en sortait. Les deux hommes absorbés dans leur conversation ne remarquèrent pas la présence du policier et marchèrent en direction de la rue Marcadet. Le Point-Virgule ne désemplissait plus. Escoffier subodorait que si la publicité faite autour des crimes avait éclaboussé Lavigne, elle devait aussi lui valoir quelques clients supplémentaires, curieux de voir si la tête du libraire, apparue dans les journaux et à la télé, correspondait bien à la réalité. Le va-et-vient se calma enfin, ce fut le moment qu’il choisit pour pénétrer à l’intérieur. Bérangère et Damien avaient mené une enquête par téléphone auprès de la famille de Yann qui habitait à Nantes : ils avaient appris que son frère aîné s’était suicidé à l’âge de 25 ans, par défenestration, peu de temps avant l’arrivée de Yann à Paris. Les deux officiers avaient consulté les fichiers à maintes reprises : rien d’anormal ou de suspect n’apparaissait, pas la moindre piste qui pût prêter à une recherche plus fouillée. Cependant, instinctivement, la personnalité de Morlaix les intriguait. Depuis les derniers jours, leurs soupçons n’avaient fait que croître.

Escoffier fit un signe à Nguyen en entrant dans le magasin :

— Ne vous dérangez pas pour moi, je connais le chemin.

L’ex-collaborateur de Nadine Pascoli semblait définitivement installé à la caisse, ce qui permettait à Lavigne de prendre ses aises et à Yann Morlaix de s’acquitter des tâches administratives. En descendant l’escalier en colimaçon, il s’attendait à tomber sur l’assistant du libraire, mais le bureau était vide. Escoffier fut attiré comme par un aimant par les cartes qui n’avaient pas été rangées et qui se trouvaient toujours dans le même ordre sur la table d’architecte. Il étudia longuement la première qui représentait un atlas des carrières souterraines de Montmartre. Dès que son regard se posait sur une carte quelconque, il éprouvait un attrait inexplicable : il pouvait rester des heures à contempler le plan d’une ville, une carte routière, un atlas, sans comprendre d’où lui venait cette fascination.

Il ne fut pas long à percer le langage cartographique en se penchant sur les légendes et les symboles : une large tache marron englobait les masses de gypse qui allaient jusqu’à la banlieue est ; les puits comblés à l’aide de béton étaient indiqués par des points rouges ; les blocs de maisons et les immeubles étaient délimités par un trait noir ; des dessins aux contours géométriques variables symbolisaient les endroits où les carrières avaient été remblayées ou foudroyées. En se penchant un peu plus, il vit qu’on avait finement tracé une limite au crayon. Le trait suivait un parcours bizarre qui partait des jardins de la basilique pour aller se perdre dans la station de métro « Abbesses ». Il n’était pas continu, s’interrompait par endroits, repartait plus loin, dessinait des courbes et des virages à angle droit. Le capitaine fit glisser son index sur la planche. Il imaginait le spectacle que devaient offrir ces carrières. Cette ville, qualifiée de ville lumière, avait aussi une face cachée dans l’ombre de ses souterrains inconnus. Les galeries dans le sous-sol formaient une réplique, une doublure du réseau de circulation en surface. Il se représenta la mégapole comme un corps immense : les égouts correspondaient au tube digestif, les câbles électriques en constituaient les nerfs, et les galeries figuraient les bronches et alvéoles du système pulmonaire.

— Vous avez l’air envoûté, dit une voix dans son dos.

— C’est vous, Yann ! Je ne vous avais pas entendu arriver, fit Escoffier.

— J’étais là quand vous êtes entré, vous ne m’avez pas vu, je cherchais des factures dans l’armoire métallique. Vous vous êtes dirigé tout de suite vers ces plans, je n’ai pas eu le temps de dire ouf. Vous aviez l’air si absorbé que je n’ai pas osé déranger votre magnifique concentration.

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