Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Si cet emmerdeur d’Ignacio avait obtenu ce qu’il demandait et s’était trouvé à ma place, il aurait regretté son petit numéro outragé après mon refus. En ce qui me concernait, je n’avais pas la moindre envie de me porter volontaire pour cette expédition en pays dévasté. Néanmoins, il était nécessaire de recadrer ce perturbateur et cette occasion m’avait semblé en valoir une autre.
Afin de me montrer leur soutien, Pascal et Silvio s’étaient portés volontaires à leur tour, mais malheureusement, j’avais dû refuser pour rester cohérent. Un membre de l’état-major dans une opération dangereuse, c’était déjà bien assez. Pourtant, à cet instant, j’aurais bien aimé que Pascal soit là.
« Nous y voilà », lâcha soudain Tancrède.
Une imposante muraille se dressait devant nous, masse noire dressée vers le ciel.
« Montons là-haut, nous aurons un bon point de vue. »
J’acquiesçai sans trop savoir comment j’allais grimper sur un tel mur sans l’aide d’un escalier et nous descendîmes du méca-perch. Allumant l’une des lampes de son exo, Tancrède me montra une brèche où la muraille s’était effondrée sur elle-même. L’amoncellement de blocs offrait des prises suffisantes pour se hisser jusqu’en haut, même pour un maladroit comme moi. Après quelques acrobaties, nous nous retrouvâmes sur le chemin de ronde, cachés derrière un muret qui nous permettait d’observer un périmètre important sans être vus.
À de nombreux endroits en contrebas dans la ville, ainsi que dans plusieurs rues au-dessus de nous, des halos lumineux orangés révélaient la présence des troupes, que ce soient des garnisons restées sur place pour dissuader les Atamides de revenir ou de petits bataillons de gardes affectés à telle ou telle position.
Un bruit chuintant de vérins pneumatiques se fit entendre et trois Amazones juchées sur leurs bipèdes bondissants jaillirent d’une ruelle et tournèrent vers la droite pour passer juste devant nous, huit mètres plus bas.
« Liétaud, chuchota Tancrède sur notre fréquence sécurisée, vous allez avoir trois Amazones dans votre secteur d’ici une minute.
— Compris, répondit celui-ci, nous sommes en place, rien à signaler de notre côté. »
N’étant pas habitué à l’oreillette, je trouvais assez désagréable cette petite voix qui parlait directement contre mon tympan. Toute cette technologie militaire paraissait tellement rudimentaire à côté de la connexion neuronale du Nod2.
« Vous voyez le sanctuaire ? demanda Liétaud.
— Affirmatif », fit Tancrède.
Comme j’ouvrais des yeux ronds, il m’indiqua du doigt un point dans les hauteurs de la ville.
S’il ne me l’avait pas montré, jamais je ne l’aurais remarqué tant il était petit comparé à la cité qui l’entourait. C’était certes une belle construction, faite de multiples et fragiles arches de pierre blanche entrecroisées, toutefois, à côté des hautes tours qui l’avoisinaient, elle n’était guère remarquable. Je fus pris d’un vertige.
Tout ça pour ça ? Un million d’hommes et de femmes traversent quatre années-lumière pour venir massacrer toute une civilisation à seule fin de récupérer ça ? Un bâtiment. Un tas de pierres. Cela ferait un sujet de thèse fort intéressant pour un étudiant en psychiatrie.
« Bon, nous allons lancer l’opération, dit Tancrède. Les troupes n’ont pas l’air nombreuses, nous devrions pouvoir nous infiltrer jusque là-haut sans trop de difficulté. Liétaud ? Si tu es prêt, on y va !
— C’est parti ! »
Je déglutis lentement.
« Je t’accompagne ?
— Non. Tu restes ici et tu nous tiendras informés des mouvements de troupes autour de nous. »
Je m’efforçai de dissimuler mon soulagement.
« Entendu », répondis-je en dépliant l’écran de mon terminal portable. Puis, en parfait hypocrite, puisque je savais qu’il n’en ferait rien, je lui dis : « Cela va de soi que si jamais vous tombez sur des installations défensives incontournables, vous nous appelez et on rappliquera aussitôt, hein !
— Oui, oui, ne t’inquiète pas », répondit Tancrède tandis qu’il se levait, déjà concentré sur son opération.
Alors que mon terminal établissait enfin la connexion pirate avec la Tour de contrôle, un groupe de points clignota soudain en plein milieu de l’écran. Sur nous.
Ma main claqua sur le semtac de l’exo de Tancrède quand je le retins par le bras.
« Planque-toi ! » lui intimai-je en oubliant de parler bas.
Il se laissa tomber sur les genoux juste au moment où une patrouille de quinze hommes en armes, chevauchant des mécas rouges au pas, déboucha à l’angle d’une rue sur notre droite. À une seconde près, ils avaient failli avoir Tancrède juste sous le nez.
« Ordre annulé, chuchota fébrilement Tancrède. Reste en place, Liétaud, une patrouille du 8e dragons va passer devant vous.
— Bien reçu ! J’attends. »
La troupe de dragons – parmi lesquels on recrutait souvent les pilotes de chars Auroch – défila lentement devant nous. La plupart tenaient leur fusil T-farad plaqué sur le torse, prêts à faire feu, signe que les troupes étaient encore sur leurs gardes. Après tout, la capitale n’était définitivement tombée que ce matin.
Même si avant notre évasion, je n’avais jamais eu l’impression de faire partie du camp des Croisés, ce fut cette nuit-là que je compris pleinement l’effet que cela faisait d’en être l’ennemi. Tout mon corps tremblait à l’idée que ces brutes me remarquent et me tombent dessus. En m’apercevant que Tancrède me regardait, je tentai de réprimer les tremblements qui parcouraient mes membres ; ils redoublèrent. Toutefois, je ne vis nul mépris dans le regard du Méta-guerrier.
Une fois les dragons éloignés, Tancrède appela Liétaud :
« Ils vont passer devant vous dans environ deux minutes. Tu attends qu’ils soient loin, puis tu m’envoies un clic. Ce sera notre signal de départ.
— Entendu, Lieutenant. »
Mes tremblements commençaient à diminuer. Je me remis à respirer.
« Pas brillant, n’est-ce pas ? » maugréai-je, un peu amer de m’être donné en spectacle.
« Il n’y pas de honte à ça. Soldat, c’est un métier. »
Il n’y avait rien à ajouter. Nous restâmes silencieux une minute. Des salves T-farad éclatèrent dans la ville basse, et les charges tirées filèrent vers le ciel, se perdant dans les volutes pluvieuses. Probablement des hommes qui fêtaient la victoire.
« Il y a une question que je voulais te poser, Albéric », me dit tout à coup Tancrède, le regard perdu dans le lointain.
« Je t’écoute, fis-je, un peu circonspect devant cette soudaine réserve.
— Il parait qu’il y a eu des victimes lors de votre coup de force. Des victimes parmi les militaires. Est-ce la vérité ? »
Voilà qui ne me surprenait guère. L’état-major préférait inventer n’importe quel mensonge plutôt que d’admettre que des inermes étaient parvenus à s’enfuir en ne tirant qu’un seul coup de feu. Certes, de mon point de vue, c’était déjà trop, mais on était loin de la modération légendaire avec laquelle les véritables troupes militaires agissaient en pareil cas. Avec elles, il y aurait eu des dizaines de morts. Peut-être que les hommes en poste à l’élévateur nord avaient raconté n’importe quoi dans le but de s’épargner le déshonneur d’avoir été ridiculisés par des amateurs. Je trouvais ça tellement pathétique que j’avais à peine envie de répondre.