Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Attendez, dit le Noir.
Buckman lui fit face.
Le Noir hésitait en grelottant.
— Connaissez-vous le chemin de Ventura ? La route aérienne 30 ? (Il attendit. Buckman demeurait muet.) C’est à une cinquantaine de miles au Nord. (Buckman gardait toujours le silence.) Vous n’auriez pas une carte de la région, par hasard ?
— Non. Je suis désolé.
— Je demanderai à la station, dit le Noir avec un petit sourire timide. Je suis heureux… de vous avoir rencontré. Comment vous appelez-vous ? (Il attendit longtemps.) Vous ne voulez pas me dire votre nom ?
— Je n’en ai pas, répondit Buckman. Pas maintenant. (Penser à cela lui était intolérable.)
— Êtes-vous une personnalité officielle ? Un membre du comité d’accueil ? Ou faites-vous partie de la Chambre de commerce de Los Angeles ? J’ai eu l’occasion d’avoir affaire à ces messieurs et ils sont parfaits.
— Non, je suis un individu. Comme vous.
— Moi, j’ai un nom. (Le Noir plongea prestement la main dans la poche intérieure de son manteau, en sortit un bristol qu’il tendit à Buckman.) Montgomery L. Hopkins, tel est mon titre. Regardez cette carte. Jolie gravure, n’est-ce pas ? J’aime les lettres en relief. Ça m’a coûté cinquante dollars les mille ; j’ai fait baisser le prix en marchandant. (Les grands caractères noirs étaient admirablement gravés.) Je fabrique des écouteurs à bio-rétroaction fonctionnant sur le principe analogique. Bon marché. Au détail, on les vend pour moins de cent dollars.
— Venez me rendre visite.
— Faites-moi signe. Ces endroits, ajouta-t-il d’une voix lente et ferme mais en haussant un peu le ton, ces stations-service robots sont déprimantes la nuit.
Nous pourrons parler plus longuement un autre moment. Dans un lieu sympathique. Je comprends ce que vous éprouvez. Ça vous flanque le bourdon, ces endroits-là. En général, je fais le plein en rentrant de l’usine pour ne pas avoir à m’arrêter à une heure aussi tardive. Il m’arrive souvent de faire des tournées de nuit. Oui, je vois que vous n’êtes pas bien à l’expression déprimée de votre bouche. C’est pour cela que vous m’avez tendu ce billet et, de prime abord, je n’ai malheureusement pas compris. Et que vous m’avez pris dans vos bras comme l’aurait fait un enfant. Parfois, il m’est arrivé d’avoir la même inspiration… disons plutôt la même impulsion. J’ai quarante-sept ans. Je comprends. Vous ne voulez pas être seul la nuit, surtout par un temps aussi froid pour la saison. Oui, je suis tout à fait d’accord. Et, maintenant, vous ne savez trop que dire parce que vous avez agi sous le coup d’une impulsion irrationnelle, sans réfléchir aux conséquences. Mais rassurez-vous, je suis capable de comprendre. Ne vous faites pas de souci. Passez me voir. Ma maison vous plaira. Elle est très intime. Je vous présenterai ma femme et mon gosse.
— Comptez sur moi. Je garderai votre carte. (Buckman la glissa dans son portefeuille.) Merci.
— Je vois que mon mobilo est prêt. Il a fallu refaire également le plein d’huile.
Le Noir hésita, fit mine de s’éloigner, puis se retourna et tendit la main à Buckman qui la secoua brièvement.
— Au revoir.
Buckman suivit le nègre des yeux. Celui-ci paya, s’installa au volant de son mobilo quelque peu cabossé, mit le contact et décolla dans les ténèbres. En passant au-dessus de Buckman, il agita la main droite pour le saluer.
Bonne nuit, fit silencieusement Buckman en répondant à son salut, les doigts gourds de froid. Ensuite, il réintégra son propre aéromobile, hésita, complètement hébété, puis, ne voyant rien venir, claqua brutalement la portière et mit le contact. Un moment plus tard, il voguait dans le ciel. Coulez, mes larmes, songea-t-il. Le premier morceau de musique abstraite qui eût jamais été écrit. En 1600, par John Dowland dans son Second Livre du Luth. Je le passerai sur ma belle chaîne toute neuve en rentrant à la maison. Il me rappellera Alys et les autres. Il y aura une symphonie, un feu de bois et il fera chaud.
Demain matin à la première heure, j’irai chercher le petit en Floride. À partir de maintenant, Barney restera avec moi. On sera tous les deux. Tant pis pour les conséquences. D’ailleurs, il n’y aura pas de conséquences. C’est fini. Je suis en sécurité. Pour toujours.
Le mobilo rampait dans le ciel nocturne comme un insecte blessé, à demi liquéfié, ramenant Buckman chez lui.
QUATRIÈME PARTIE
ÉPILOGUE
Le procès de Jason Taverner, inculpé d’assassinat sur la personne d’Alys Buckman, grippa mystérieusement : l’accusé fut relaxé grâce, en partie, à l’excellent avocat auquel la NBC et Bill Wolfer avaient confié sa défense, mais aussi du fait que le prévenu était innocent. En réalité, il n’y avait pas eu crime. Les conclusions du coroner qui avait commencé l’enquête furent rejetées, le magistrat démissionna et fut remplacé par un autre, plus jeune. L’indice d’écoute de Jason Taverner, qui était tombé en chute libre pendant le procès, remonta après le verdict pour atteindre trente-cinq millions d’auditeurs contre trente précédemment.
Le statut juridique de l’ancienne résidence de Felix Buckman et de sa sœur demeura quelques années indécis. Alys avait légué sa part du patrimoine à une organisation lesbienne intitulée Les Fils de Caribron dont le siège social était à Lee’s Summit, dans le Missouri, et qui voulait en faire un lieu de retraite à l’usage de ses adeptes. En mars 2003, Buckman vendit sa propre part à la société et, avec cet argent, alla s’établir avec ses nombreuses collections à Bornéo où la vie était bon marché et la police aimable.
Les expériences sur le KR-3, drogue induisant un espace multiple, furent abandonnées fin 1992 en raison de sa toxicité. Toutefois, la police continua pendant plusieurs années de l’expérimenter clandestinement sur les détenus des camps de travail. Mais, en définitive, le Directeur mit fin à ce projet à cause de l’importance des risques encourus.
Kathy Nelson apprit un an plus tard – et elle s’inclina devant le fait – que Jack, son mari, était mort depuis longtemps ainsi que McNulty le lui avait dit. Cela provoqua chez elle une brutale crise psychotique et elle fut à nouveau hospitalisée, pour de bon, cette fois, dans un établissement spécialisé beaucoup moins chic que Morningside.
Ruth Rae épousa en cinquante et unièmes noces et ce sera le dernier mariage de sa vie – un importateur d’armes à feu d’âge mûr, riche et bedonnant, habitant le New Jersey, dont les activités étaient à l’extrême limite de la légalité. Elle mourut au cours du printemps 1994 pour avoir absorbé une trop forte dose d’alcool associée à un nouveau tranquillisant, la phrénozine, agissant comme dépresseur du système nerveux central et qui inhibe également les fonctions du nerf vague. Au moment du décès, elle pesait trente-huit kilos. Cet amaigrissement était la conséquence des problèmes difficiles – et chroniques – qui la travaillaient. On n’a jamais pu déterminer avec certitude si sa mort fut un accident ou un suicide. Après tout, ce médicament était relativement récent. Son dernier époux, Jake Mongo, avait des dettes jusqu’au cou et il lui survécut à peine plus d’un an. Jason Taverner assista aux obsèques de Ruth et fit connaissance au cimetière d’une amie de la défunte, Fay Krankheit, qui devint bientôt sa maîtresse. Leur liaison dura deux ans. Fay lui apprit que Ruth participait périodiquement aux activités du réseau téléphonique. Du coup, il comprit mieux pourquoi elle était devenue ce qu’elle était devenue quand il l’avait rencontrée à Las Vegas.