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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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Buckman passa au second feuillet, après avoir rejeté le premier qui tomba à terre, où Herb le récupéra.

Le second feuillet répertoriait tous les enregistrements effectués par Jason Taverner, avec les titres, les numéros de stock et la date. Médusé, Buckman contemplait la liste, qui remontait dix-neuf ans en arrière.

— Il nous a dit qu’il était chanteur, murmura Herb. Et il possédait, entre autres choses, une carte du syndicat des musiciens. Donc, cette partie de son histoire est vraie.

— Elle est entièrement vraie, laissa tomber Buckman en martelant les mots. (Il arriva à la page 3 qui révélait les ressources financières et les revenus de Taverner.) Il gagne autrement plus que moi avec ma solde de général. Beaucoup plus que vous et moi réunis.

— Il avait une très grosse somme d’argent sur lui quand il a été interpellé. Et il a laissé un énorme paquet à Kathy Nelson. Rappelez-vous…

— Oui, c’est ce qu’elle a dit à McNulty. C’était dans son rapport.

Buckman réfléchit tout en cornant distraitement le coin de la photocopie. Brusquement, ses doigts s’immobilisèrent.

— Qu’y a-t-il ? s’enquit Herb.

— C’est une photocopie. Les dossiers ne sortent jamais du fichier central. On envoie des duplicatas.

— Il faut bien les extraire pour les photocopier.

— L’opération prend cinq secondes.

— Je ne sais pas, dit Herb, et ne me demandez pas d’explications. J’ignore combien de temps cela prend.

— Mais si, vous le savez. Nous le savons tous. Nous avons vu faire ça un million de fois. Tous les jours.

— Alors, il y a eu une erreur au niveau de l’ordinateur.

— OK, admit Buckman. Il n’a jamais fait de politique ; il est entièrement blanc. Un bon point pour lui. (Il continua de feuilleter le dossier.) S’est compromis un temps avec le syndicat. Avait un pistolet mais avec un port d’armes. Fut poursuivi en justice il y a deux ans par un téléspectateur qui s’était reconnu dans un sketch. Un dénommé Artemus Franks, habitant Des Moines. L’avocat de Taverner a gagné. (Buckman se contentait de piquer un passage par-ci par-là, sans rien chercher de particulier. Simplement il s’émerveillait.) Son dernier 45 tours, Nowhere Nuthin’ Fuck-up, s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires. Vous connaissez ?

Buckman dévisagea longuement Herb.

— C’est la première fois que j’en entends parler. Voilà la différence entre nous, Maime. Vous n’êtes pas sûr. Moi, je le suis.

— Vous avez raison. Mais franchement, je ne sais pas. Pour le moment. Tout cela me paraît très biscornu et nous avons d’autres questions à examiner. En ce qui concerne Alys et le rapport du coroner, il serait bon d’avoir un entretien avec lui dans les plus brefs délais. Il doit être chez lui. Je vais l’appeler et vous pourrez…

— Taverner était auprès d’elle quand elle est morte.

— Oui, c’est une chose que nous savons. Chancer nous l’a dit. Vous avez estimé que ce n’était pas important. Pour ma part, je considère qu’il faudrait l’interpeller et bavarder avec lui, ne serait-ce que pour le principe. Histoire de savoir ce qu’il a à dire.

— Est-ce qu’Alys l’aurait connu avant aujourd’hui ?

Elle avait toujours aimé les six, en particulier ceux qui appartenaient au monde du spectacle. Comme Heather Hart. Elle et cette Hart avaient eu une liaison de trois mois l’année précédente. Elles avaient gardé la chose si secrète que Buckman avait failli n’en rien savoir. Pour une fois, Alys avait su la boucler.

C’est alors que le général vit une note dans le dossier. Concernant Heather Hart. Il y avait à peu près un an qu’elle était la maîtresse de Taverner.

— Après tout, ils sont tous deux des six.

— Taverner et qui ? demanda Herb.

— Heather Hart, la chanteuse. Ce dossier est à jour. Je lis qu’Heather Hart était l’invitée de la semaine à son émission.

Buckman repoussa le dossier et se fouilla en quête de cigarettes.

Herb lui tendit son paquet.

— Servez-vous.

Le général se gratta le menton.

— Convoquez Heather Hart avec Taverner.

— Entendu.

Herb acquiesça et nota quelque chose sur son fidèle calepin.

— C’est Jason Taverner qui a tué Alys, reprit Buckman d’une voix sereine comme s’il se parlait à lui-même. Par jalousie. Il avait eu vent des relations qu’elle entretenait avec Heather Hart.

Les paupières de Maime battirent. Buckman le considéra d’un œil froid.

— Ça ne va pas ?

— Si, répondit Herb après un temps.

— Mobile, opportunité. Un témoin, Chancer, qui peut certifier que Taverner est sorti de la maison en courant, l’air affolé, et qu’il a essayé de s’emparer des clés de l’aéromobile d’Alys. Et puis, quand Chancer est rentré vérifier ses soupçons, Taverner s’est empressé de filer. Malgré les ordres du garde et ses coups de semonce.

Herb opina sans mot dire.

— Et voilà, conclut Buckman.

— Vous voulez que nous l’arrêtions tout de suite ?

— Le plus vite possible.

— Il n’y a qu’à alerter les points de contrôle et lancer un avis de recherche. S’il est encore à Los Angeles, on pourra peut-être l’épingler grâce à une projection électro-encéphalographique depuis un hélicoptère. Comparaison des tracés, comme ils font déjà à New York. En fait, il suffit de demander un hélico à la police de New York.

— Très bonne idée.

— Faut-il dire que Taverner participait aux orgies d’Alys ?

— Il n’y a pas eu d’orgies.

— Holbein et ses amis prétendront…

— Qu’ils apportent leurs preuves. Devant un tribunal, ici en Californie. Dans notre juridiction.

— Mais pourquoi Taverner ?

— Il faut bien que ce soit quelqu’un, murmura Buckman presque inaudiblement. (Il croisa les mains sur le plateau du vieux et vaste bureau de chêne, les serra convulsivement… de toutes ses forces.) Il faut toujours qu’il y ait quelqu’un. Toujours. Et Taverner est quelqu’un d’important. Exactement ce qu’elle aimait. C’est justement pourquoi il était là. Elle avait un faible particulier pour les célébrités dans son genre et… (Buckman leva les yeux.) Pourquoi pas ? Il fera très bien l’affaire.

Oui, pourquoi pas ? Buckman, la mine farouche, crispait ses poings de plus en plus fort.

26

La chance a tourné, se disait Jason Taverner en traversant le trottoir en face de l’immeuble de Mary Anne. Tout ce que j’avais perdu m’a été restitué. Grâce à Dieu !

Il n’y a pas d’homme plus heureux que moi dans ce monde pourri. C’est le plus beau jour de ma vie. On n’apprécie jamais ce qu’on a tant qu’on ne l’a pas perdu. Tant que, d’un seul coup, on n’a plus rien. Pendant deux jours, je n’avais plus rien. Maintenant, j’ai tout retrouvé et j’apprécie.

Serrant sous son bras la boîte contenant le vase dont Mary Anne lui avait fait cadeau, il s’élança sur la chaussée pour héler un taxi.

— Où va-t-on, patron ? demanda le véhicule tandis que s’ouvrait la porte coulissante.

Pantelant de fatigue, Jason s’installa à l’intérieur et referma manuellement.

— 803, Norden Lane, à Beverly Hills.

C’était l’adresse d’Heather Hart. Enfin, il retournait chez elle. Et tel qu’il était réellement, non point tel qu’il s’était imaginé être durant ces deux jours abominables.

Le taxi s’éleva en chandelle et Jason se carra avec satisfaction sur la banquette. Il se sentait encore plus las que tout à l’heure, chez Mary Anne. Tellement d’événements s’étaient produits… Et Alys Buckman ? Ne devrais-je pas essayer de rappeler le général ? Bah ! Il est probablement au courant à l’heure qu’il est. Il est préférable que je reste à l’écart de cette histoire. Une célébrité de la télé et du disque a intérêt à ne pas être impliquée dans des affaires crapuleuses. La presse à sensation est toujours prête à faire ses choux gras de ce genre de scandales.

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