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Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]

Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:

Jason Taverner est un homme comblé : toutes les semaines, 30 millions de Fans regardent son show télévisé.
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
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— Je suis navré d’avoir dû soulever si tôt cette question, reprit Herb. Mais ils vous ont déjà rétrogradé du rang de maréchal à celui de général ; si cette histoire d’inceste était rendue publique, ils pourraient vous contraindre à vous démettre de vos fonctions. Bien sûr, même au cas où nous prendrions les devants, il se peut qu’ils ébruitent la chose. Souhaitons que vous soyez suffisamment couvert.

— J’ai fait le maximum.

— À qui faire porter le chapeau ?

— Aux maréchaux Holbein et Ackers.

Buckman détestait ces deux hommes autant que ceux-ci le haïssaient. Cinq ans auparavant, ils avaient massacré plus de dix mille étudiants sur le campus de Stanford, ignoble – et inutile – atrocité de cette atrocité des atrocités : la seconde guerre civile.

— Je ne pensais pas aux instigateurs, répliqua Herb. C’est évident, comme vous dites, Holbein, Ackers et leur clique. Mais à la personne qui lui a injecté la drogue.

— Du menu fretin. Un quelconque prisonnier politique évadé d’un quelconque camp de travail.

Cela n’avait pas véritablement d’importance. N’importe quel détenu de n’importe quel camp, n’importe quel étudiant membre de n’importe quel kibboutz agonisant ferait l’affaire.

— À mon avis, objecta Herb, il faudrait mettre ça sur le compte d’un individu plus marquant.

— Pourquoi ? (Buckman ne suivait pas le raisonnement de son adjoint.) Ça s’est toujours passé de cette façon. L’appareil choisit automatiquement un comparse, quelqu’un d’obscur…

— Il faudrait que ce soit un ami d’Alys. Quelqu’un qui aurait pu être son égal. Quelqu’un de connu, en fait. Elle faisait une grosse consommation de célébrités.

— Pourquoi quelqu’un d’important ?

— Pour mouiller Holbein et Ackers avec ces salauds de dégénérés, amateurs de ganja et de réseau, avec qui elle traînait. (Herb avait l’air vraiment furieux, brusquement ; Buckman, surpris, le dévisagea.) Ceux qui sont ses véritables assassins. Ses amis cultistes. Choisissez-en un d’assez haut placé. Alors les maréchaux n’auront qu’à bien se tenir ! Vous vous rendez compte du scandale ? Holbein adhérent du réseau téléphonique.

Buckman écrasa sa cigarette et en alluma une autre. Absorbé dans ses réflexions. La seule chose à faire, conclut-il, c’est de leur couper l’herbe sous les pieds. Ma version doit être plus sensationnelle que la leur.

Ils vont être servis.

25

Dans sa suite de bureaux à l’Académie de Police de Los Angeles, Felix Buckman fouillait parmi les notes, lettres et autres documents amoncelés sur sa table, sélectionnant machinalement les papiers qui requéraient l’attention d’Herb Maime et reléguant ceux qui pouvaient attendre. Il travaillait rapidement, sans vraiment s’intéresser à sa tâche. Pendant ce temps, de son côté, Herb tapait à la machine une première mouture de la déclaration officielle concernant Alys. Les deux hommes eurent tôt fait d’expédier leur besogne et se retrouvèrent dans le repaire de Buckman, là où se prenaient les décisions d’importance.

Assis derrière son monument en chêne massif, le général parcourut le brouillon d’Herb.

— Devons-nous vraiment faire ça ? soupira-t-il après avoir terminé sa lettre.

— Oui. Si votre deuil ne vous avait pas autant bouleversé, vous auriez été le premier à le reconnaître. C’est votre capacité à porter un jugement lucide dans ce genre d’affaires qui vous a permis de rester à votre poste. Autrement, il y a cinq ans que vous vous seriez retrouvé à la tête du collège de formation professionnelle de la police avec des galons de commandant.

— Bon. Dans ce cas, je vous donne le feu vert pour la publication. Attendez un instant… (Il fit signe de revenir à Herb qui s’éloignait déjà.) Vous citez le coroner. Ne pensez-vous pas que la presse comprendra tout de suite que son enquête n’a pas pu aboutir aussi rapidement ?

— J’ai antidaté le moment de la mort. J’indique qu’elle a eu lieu hier. Pour cette raison, précisément.

— Est-ce nécessaire ?

— Il importe que notre communiqué soit publié le premier, répliqua simplement Herb. Avant le leur. Et ils n’attendront pas que l’enquête du coroner soit terminée.

— Très bien. Allez-y. Vous avez carte blanche.

Peggy Beason entra avec un paquet de rapports de police confidentiels et un dossier dans une chemise jaune.

— Je suis désolée de vous importuner en un tel moment, monsieur Buckman, mais ces…

— Montrez-moi ça.

Mais c’est tout, ajouta-t-il en aparté. Après, je rentre.

— Je savais que ce dossier vous intéresserait particulièrement. Ainsi que l’inspecteur McNulty. Il vient d’arriver il y a dix minutes du fichier central. (Elle posa la chemise sur le sous-main du gigantesque bureau de chêne.) Le dossier Jason Taverner.

— Mais il n’y a pas de dossier Jason Taverner ! s’exclama Buckman, stupéfait.

— Apparemment, quelqu’un le détenait. Toujours est-il qu’il vient de nous être transmis par télex. Sans explications. Le fichier central a simplement…

— Disparaissez et laissez-moi l’examiner.

Peggy Beason s’éclipsa en silence et referma la porte derrière elle.

— Je n’aurais pas dû lui parler de cette façon, dit Buckman à Maime.

— C’est une réaction compréhensible.

Le général ouvrit le dossier. Il contenait en premier lieu un carton publicitaire glacé de format 13x18 auquel était agrafé un petit mot : Avec les compliments du Show Jason Taverner, tous les mardis à vingt et une heures sur la NBC.

— Seigneur Jésus ! s’exclama Buckman. (Les dieux se jouent de nous, songea-t-il. S’amusent à nous arracher les ailes.)

Herb se pencha pour voir, lui aussi. Finalement, il rompit le silence :

— Si on passait à la suite ?

Buckman mit de côté la photo et lut la première page du dossier.

— Quelle est son audience ? s’enquit son adjoint.

— Trente millions de téléspectateurs. (Il décrocha le téléphone.) Peggy, passez-moi le bureau local de la NBC à L.A. Ou de la KNBC, je ne sais pas. Mettez-moi en ligne avec l’un des directeurs de la chaîne, le plus haut placé, si possible. Dites-leur que c’est nous.

— Entendu, monsieur Buckman.

Quelques instants plus tard, un visage marqué par les responsabilités se forma sur l’écran du vidéophone.

— Qu’y a-t-il pour votre service, général ? résonna sa voix à l’oreille de Buckman.

— Vous programmez le show Jason Taverner ?

— Tous les mardis soir à vingt et une heures pile depuis trois ans.

— Depuis trois ans ?

— Oui, général.

Buckman raccrocha.

— Si c’est comme ça, je voudrais bien savoir comment il se fait qu’on l’ait retrouvé dans le quartier de Watts en train d’acheter de faux papiers, dit Maime.

— Nous n’avons même pas pu obtenir un certificat de naissance. Pourtant, nous nous sommes adressés à toutes les banques de données existantes, aux archives de tous les journaux. Avez-vous jamais entendu parler du show Jason Taverner que la NBC diffuse le mardi à vingt et une heures ?

— Non, répondit Herb avec circonspection, d’une voix hésitante.

— Vous n’en êtes pas sûr ?

— Nous avons tellement parlé de Taverner…

— Je n’ai jamais entendu parler de lui. Pourtant, je regarde la télé tous les soirs de vingt heures à vingt-deux heures.

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