Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Je l’ai vue. J’étais dans sa maison.
— Je ne savais pas que tu la connaissais.
— Je venais de la rencontrer. Aujourd’hui.
— Seulement aujourd’hui ? Tu m’étonnes.
— C’est pourtant la vérité. Le général Buckman m’a interrogé à l’Académie. Elle m’a abordé quand j’en suis sorti. On m’avait collé une quantité de mouchards électroniques, y compris…
— Ils ne font ça qu’aux étudiants.
— Et Alys m’en a débarrassé, acheva Jason. Ensuite, elle m’a invité à l’accompagner chez elle.
— Et elle est morte.
— Oui. (Il opina.) J’ai vu son cadavre. Sous forme d’un squelette tout jauni et racorni. Ça m’a flanqué la frousse. Une frousse du tonnerre de Dieu. J’ai fichu le camp sans demander mon reste. À ma place, tu n’en aurais pas fait autant ?
— Comment se fait-il que tu aies vu un squelette ? Aviez-vous pris de la dope tous les deux ? C’était une manie chez elle, alors je suppose que oui.
— Elle m’a dit que c’était de la mescaline, mais je n’en suis pas sûr.
Et j’aimerais bien savoir ce que c’était, ajouta-t-il en son for intérieur, le cœur pris dans l’étau glacé de la peur. S’agit-il encore d’une hallucination, comme la vision de son squelette ? Est-ce que je suis en train de vivre cette aventure ou suis-je toujours dans une chambre d’hôtel sordide ? Dieu du ciel ! Qu’est-ce que je fais maintenant ?
— Tu ferais mieux de te livrer à la police, lui conseilla Heather.
— Pour qu’ils me fassent porter le chapeau !
Mais on ne l’y prendrait pas. Au cours des deux jours écoulés, il avait appris pas mal de choses sur la police qui imposait sa loi à la société. L’héritage de la seconde guerre civile. Des cochons aux pols. Dans la foulée.
— Si tu es innocent, tu n’as rien à craindre. Les pols sont loyaux. Ce n’est pas comme si tu étais pisté par les nats.
Taverner défroissa le journal et lut quelques lignes :
« … On croit que Taverner a administré une overdose d’un produit toxique à miss Buckman, pendant que celle-ci dormait ou qu’elle se trouvait dans un état… »
— Il est dit que l’assassinat a été commis hier, reprit Heather. Où étais-tu hier ? J’ai vainement téléphoné chez toi. Et tu viens de me dire…
— Ce n’était pas hier mais tout à l’heure. Aujourd’hui.
Tout était subitement devenu irréel ; Jason avait l’impression d’être libéré de la pesanteur et de planer avec l’appartement dans un ciel d’oubli sans fond.
— Ils ont antidaté l’heure de la mort. Un jour, j’ai invité un expert pol à mon émission et il m’a expliqué comment ils…
— Tais-toi ! lui ordonna sèchement Heather.
Il se tut. Et attendit, les bras ballants, impuissant.
— On parle de moi dans cet article, laissa tomber Heather entre ses dents serrées. Regarde en dernière page.
Jason obéit docilement.
« Les autorités pols émettent l’hypothèse que les relations intimes existant entre une autre vedette bien connue de la télévision et du showbiz, Heather Hart, et miss Buckman auraient poussé Taverner à commettre cet acte pour se venger alors qu’il… »
— Quelles relations avais-tu avec Alys ? La connaissant…
— Tu viens de dire que tu ne la connaissais pas. Que tu as fait sa connaissance aujourd’hui seulement.
— Elle était anormale. Si tu veux savoir le fond de ma pensée, je crois qu’elle était lesbienne. Avez-vous eu ce genre de relations, elle et toi ? (Il avait haussé le ton sans pouvoir contrôler sa voix.) C’est ce que cet article laisse entendre. Est-ce vrai ?
La gifle qu’Heather lui lança fut si brutale qu’il recula involontairement en levant les bras pour se protéger. C’était la première fois qu’on le frappait si violemment. Ça faisait un mal de chien. Ses oreilles bourdonnaient.
— Eh bien, vas-y ! siffla-t-elle. Rends-la-moi.
Il ferma le poing, mais son bras retomba et ses doigts se dénouèrent.
— Je ne peux pas. Mais crois bien que je le regrette. Tu as de la chance.
— Je n’en doute pas. Si tu l’as tuée, tu pourrais fort bien me réserver le même sort. Qu’aurais-tu à perdre ? N’importe comment tu es bon pour la chambre à gaz.
— Ce n’est pas moi. Mais tu ne le crois pas.
— Ce que je crois ou pas n’a pas d’importance. Les pols pensent que c’est toi le coupable. À supposer même que tu t’en tires, ta maudite carrière est brisée. Et la mienne aussi, par-dessus le marché. Nous sommes finis, tu comprends ? Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ?
Elle hurlait. Jason, effrayé, s’approcha d’elle mais battit en retraite car elle braillait de plus belle. Il était complètement affolé.
— Si je pouvais parler au général Buckman, j’arriverais peut-être à…
— Son frère ? Tu vas faire appel à lui ? (Elle se précipita sur lui, toutes griffes tendues.) C’est lui qui préside la commission chargée d’enquêter sur l’assassinat. Dès que le coroner a conclu à l’homicide, le général Buckman a annoncé qu’il allait s’occuper personnellement de l’affaire. Si seulement tu avais lu l’article jusqu’au bout ! Moi, je l’ai relu dix fois en rentrant de Bel-Air, où j’ai été récupérer ma nouvelle voilette, celle qu’on m’a commandée en Belgique. Maintenant, quelle importance !
Jason tenta de la prendre dans ses bras, mais elle recula.
— Je ne me livrerai pas.
— Fais ce que tu veux. (La voix d’Heather n’était plus qu’un murmure étouffé.) Je m’en occupe. Va-t’en. Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi. Dommage que vous ne soyez pas morts tous les deux, toi et elle. Cette putain efflanquée… me causer des ennuis, c’est tout ce qu’elle cherchait. Finalement, j’ai dû la virer avec perte et fracas. Elle s’accrochait comme une sangsue.
— Elle se défendait bien au lit ?
Jason fit un pas en arrière pour éviter les ongles d’Heather prêts à lui arracher les yeux. Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla. Ils étaient immobiles, l’un en face de l’autre. Taverner entendait son souffle et le sien. Des inspirations et des expirations haletantes, bruyantes. Il ferma les yeux.
— Fais ce que tu veux, répéta Heather. Moi je vais de ce pas à l’Académie.
— Toi aussi, ils te recherchent ?
— Tu ne peux pas lire l’article en entier ? Tu ne peux même pas faire ça ? Ils veulent mon témoignage. Savoir comment tu prenais mes rapports avec Alys. Pour l’amour de Dieu ! À l’époque, il était de notoriété publique que nous couchions ensemble, toi et moi.
— J’ignorais ces relations.
— C’est ce que je leur dirai. Quand… Elle hésita avant de continuer : quand l’as-tu appris ?
— Il y a quelques minutes. En lisant ce journal.
— Tu n’étais pas au courant hier, lorsqu’elle a été tuée ?
À cette question, Jason renonça. C’était sans issue. Il avait l’impression que le monde était en caoutchouc. Tout rebondissait, changeait de forme à peine touché ou même aperçu.
— Ou aujourd’hui, enchaîna Heather, si c’est ce que tu crois. Si quelqu’un doit le savoir, c’est bien toi.
— Au revoir.
Jason s’assit, partit à la pêche de ses chaussures qui se trouvaient sous le divan, les enfila, attacha les lacets et se leva. Il prit alors la boîte posée sur la petite table.
— Pour toi, dit-il en la lui lançant.
Heather tendit les bras. Le carton la heurta en pleine poitrine et retomba à terre.