Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
N’empêche que j’ai une dette de reconnaissance envers elle. Elle m’a débarrassé des puces électroniques que les pols m’avaient collées quand j’étais dans les bâtiments de l’Académie.
Mais ils ne me rechercheront plus. J’ai retrouvé mon identité, la Terre entière me connaît. Trente millions de téléspectateurs se porteront garants de mon existence physique et légale. Je n’aurai jamais plus besoin d’avoir peur de tomber sur un barrage mobile.
Jason ferma les yeux et s’assoupit.
— Nous y sommes, patron, dit soudain le taxi.
Taverner rouvrit les yeux et se redressa. Déjà ?
Derrière la vitre, il vit le complexe résidentiel où Heather Hart avait son pied-à-terre Côte Ouest. Il sortit un paquet de billets de sa poche et régla la course. La portière coulissa. Recouvrant sa bonne humeur, Jason demanda :
— Si je n’avais pas eu d’argent, m’auriez-vous ouvert ?
Le taxi ne répondit pas. Il n’avait pas été programmé pour répondre à une telle question. D’ailleurs Taverner s’en moquait, il avait de l’argent.
Il remonta le trottoir, puis s’enfonça dans l’allée bordée de séquoias conduisant au vestibule de l’édifice grand standing de dix étages qui flottait sur des coussins d’air à quelques pieds au-dessus du sol. Cette flottaison donnait aux habitants l’impression d’être doucement bercés en permanence sur le giron d’une maman géante. Jason aimait bien. Dans l’Est, ça n’avait pas marché mais, ici, sur la Côte, c’était très à la mode. Une mode onéreuse.
Il appuya sur le bouton d’appel de l’appartement, tenant son paquet en équilibre au bout des doigts de la main droite. Ce n’est pas une très bonne idée, songea-t-il. Je pourrais le laisser tomber comme l’autre. Mais non… je ne le laisserai pas tomber. Maintenant mes mains ne tremblent plus. Je vais faire cadeau de ce fichu vase à Heather. Un petit présent que je lui rapporte parce que je comprends ses goûts raffinés.
Le petit écran s’éclaira et un visage de femme apparut. Susie, la femme de chambre.
— Oh ! monsieur Taverner ! fit-elle en débloquant aussitôt le verrou de la porte actionné par une multitude de sécurités. Entrez donc. Heather est sortie mais elle…
— Je l’attendrai.
Jason traversa le vestibule et entra dans l’ascenseur. Quelques instants plus tard, Susie lui ouvrit la porte. Petite, mignonne, le teint mat, elle l’accueillit comme d’habitude, avec chaleur. Et… familiarité.
— Salut, dit Jason en entrant.
— Comme je vous le disais, elle est sortie faire des courses mais elle doit rentrer vers huit heures. Elle avait du temps libre aujourd’hui et elle m’a confié qu’elle voulait en profiter car la société RCA a programmé une longue séance d’enregistrement à la fin de la semaine.
— Je ne suis pas pressé, répondit Jason avec sincérité.
Pénétrant dans le salon, il posa le carton sur la table basse, en plein milieu, là où Heather ne pourrait pas ne pas le remarquer.
— Je vais me reposer en écoutant un peu de musique si vous n’y voyez pas d’inconvénient, dit-il.
— C’est ce que vous faites toujours, non ? Moi aussi, je dois sortir. J’ai rendez-vous chez le dentiste à quatre heures et quart et j’ai tout Hollywood à traverser.
Jason prit Susie par la taille et sa main se referma sur son sein droit bien ferme.
— Mais nous avons la trique aujourd’hui ! s’exclama la soubrette, flattée.
— Ne nous arrêtons pas en si bon chemin.
— Non, vous êtes trop grand pour moi. (Et Susie disparut pour continuer de faire ce qu’elle était en train de faire quand Taverner avait sonné.)
Devant l’électrophone, il fouilla dans la pile des disques récents. Comme aucun ne lui disait rien, il se pencha pour examiner une par une toutes les tranches de la discothèque. Du tas, il sélectionna quelques-uns des albums qu’elle avait enregistrés, plus deux des siens, qu’il posa sur le changeur. Le bras de l’appareil descendit et l’air de The Heart of Hart, son préféré, s’éleva, faisant résonner la vaste pièce de ces inflexions voilées qui contrastaient si magnifiquement avec le naturel des sons acoustiques, égrenés çà et là avec art.
Jason s’allongea confortablement sur le divan et retira ses chaussures. Elle se défendait salement le jour où elle avait enregistré ça, se dit-il presque à haute voix. Je n’ai jamais été aussi fatigué de ma vie. C’est la mescaline. Je serais capable de dormir une semaine d’affilée. C’est peut-être ce que je ferai, d’ailleurs, en écoutant la voix d’Heather et la mienne. Pourquoi n’avons-nous jamais réalisé un album ensemble ? Ce serait une excellente idée. Ça se vendrait bien. (Il ferma les yeux.) On doublerait les ventes, et Al pourrait négocier la promo avec RCA. Mais je suis sous contrat avec Reprise. Ça devrait quand même pouvoir s’arranger. Il y a toujours moyen d’arranger les choses. En tout cas, ça en vaudrait la peine.
— Et maintenant, le son de Jason Taverner, dit-il à haute voix, les yeux fermés.
Le changeur laissa tomber le disque suivant sur le plateau. Déjà ? s’exclama intérieurement Jason. Il se dressa sur son séant et consulta sa montre. Il avait sommeillé pendant toute la durée du disque qu’il avait à peine entendu. Se rallongeant, il ferma les yeux. Dormons, bercé par notre propre son. Et sa voix, étoffée par une piste-guitare et une section cordes, retentit dans les airs.
Il faisait noir. Il s’assit sur le divan, les yeux grands ouverts. Conscient du temps qui s’était écoulé.
Silence. Tous les disques qu’il avait enfilés sur l’échangeur étaient passés. Cela représentait plusieurs heures d’écoute. Quelle heure était-il ? Tâtonnant, il trouva la lampe familière, chercha le commutateur, l’actionna.
Dix heures et demie. Il avait froid et faim. Où est Heather ? se demanda-t-il en mettant gauchement ses chaussures. J’ai les pieds glacés et le ventre vide. Je devrais peut-être…
La porte s’ouvrit et Heather entra, emmitouflée dans un manteau de fourrure, le Los Angeles Times à la main. Son visage défait et terreux ressemblait à un masque mortuaire.
— Qu’y a-t-il ? lui demanda Jason, terrifié.
S’avançant vers lui, Heather lui tendit le journal.
En silence. En silence, il le prit. Et lut le gros titre :
ON RECHERCHE UNE PERSONNALITÉ DE LA TÉLÉVISION IMPLIQUÉE DANS LA MORT DE LA SŒUR D’UN GÉNÉRAL POL
— Est-ce que tu as tué Alys Buckman ? fit Heather d’une voix qui grinçait.
— Non.
Il commença à lire l’article :
« Une personnalité bien connue de la télévision, Jason Taverner, qui présente une émission de variétés hebdomadaire dont il est la vedette principale, serait, de l’avis de la police de Los Angeles, mêlée à ce que les experts croient être un assassinat dû à la jalousie et soigneusement préparé, a annoncé aujourd’hui l’Académie de police. La police de Los Angeles et l’Académie de police recherchent Jason Taverner, âgé de quarante-deux ans. »
Interrompant sa lecture, il froissa sauvagement le journal.
— Merde ! s’écria-t-il, le souffle coupé. (Un violent frisson le secoua.)
— Ils disent qu’elle avait trente-deux ans, fit Heather. Je sais de source sûre qu’elle en a… qu’elle en avait trente-quatre.