Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]
- Автор: Дик Филип Кайндред
- Год: 1988
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-22451-0
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Coulez mes larmes, dit le policier [Flow My Tears, the Policeman Said - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il se réveille un matin dans une chambre d'hôtel sordide pour s'apercevoir que son identité s'est évanouie sans laisser de trace : même sa maîtresse, la belle Heather Hart, ne se souvient plus de lui.
Une situation pour le moins inconfortable, dans un Etat ultra-policier où tout défaut de papiers d'identité suffit à vous faire expédier dans un camp de travail…
Seulement voilà : ce n'est pas un homme comme les autres. Produit d'une expérience secrète, Taverner est un six, un mutant aux nerfs d'acier qui mènera une lutte sans merci, sous les yeux d'un pol sentimental, contre la folie où vient de basculer le monde…
— Il est passé dans un autre univers où il n’existait pas. Et nous y sommes entrés avec lui parce que nous sommes des éléments de son système perceptif. Quand la drogue a cessé de faire effet, il est reparti en arrière. En fait, ce qui l’a libéré n’est pas ce qu’il avait pris ou n’avait pas pris, c’est la mort de votre sœur. Du coup, le fichier central nous a tout naturellement fait parvenir son dossier.
— Bonne nuit.
Buckman sortit de la pièce, traversa la vaste salle silencieuse où s’alignaient des bureaux métalliques immaculés, tous identiques, tous vides à cette heure tardive, y compris celui de McNulty, et entra dans le tube ascensionnel qui prit son essor.
Quand il fut sur le toit, l’air froid et limpide de la nuit lui fit affreusement mal à la tête. Il ferma les yeux et grinça des dents. Au fond, Phil Westerburg pourrait me donner un analgésique. Il y en a probablement une cinquantaine d’espèces différentes dans la pharmacie de l’Académie et Westerburg a les clés.
Buckman s’engouffra à nouveau dans le tube et redescendit au quatorzième étage. Herb et Westerburg étaient encore en train de discuter dans le bureau.
— Je voudrais vous expliquer une chose à laquelle j’ai fait allusion, dit le premier au général. Que nous sommes des éléments de son système perceptif.
— Ce n’est pas vrai, répliqua Buckman.
— C’est à la fois vrai et faux. Ce n’est pas Taverner qui a pris du KR-3 mais Alys. Tout comme nous, il est devenu une donnée du système perceptif de votre sœur qui l’a entraîné à sa suite quand elle est passée dans un univers parallèle. De toute évidence, elle était très intéressée par la personnalité de Taverner. Pendant un certain temps, elle a imaginé qu’elle le connaissait en chair et en os. Elle a résolu le problème avec cette drogue. Mais, en même temps, Taverner et nous demeurions dans notre univers propre. Nous occupions simultanément deux corridors spatiaux, l’un réel, l’autre irréel. Un univers effectif et une possibilité latente parmi beaucoup d’autres que le KR-3 a spatialisée de façon temporaire. Seulement temporaire. À peu près deux jours.
— Ce qui est suffisant pour léser considérablement le cerveau du sujet, renchérit Westerburg. C’est probablement moins la toxicité du produit qui a détruit le cerveau de votre sœur qu’une surcharge prolongée. Peut-être constaterons-nous que la cause ultime de sa mort a été une altération irréversible du tissu cortical, une accélération du déclin neurologique normal. En quelque sorte, son cerveau est mort de vieillesse en deux jours.
— Westerburg, pouvez-vous me donner du darvon ?
— La pharmacie est fermée.
— Vous avez la clé.
— En principe, je n’ai pas à l’utiliser quand le pharmacien n’est pas de service.
— Pour une fois, faites une exception, dit sèchement Herb.
Westerburg sortit en fourrageant dans son trousseau de clés.
— Si le pharmacien était là, il n’aurait pas besoin de la clé, murmura Buckman après son départ.
— Toute la planète est dirigée par des bureaucrates. (Maime décocha un coup d’œil perçant au général.) Vous vous rendez malade. Quand il vous aura apporté le darvon, rentrez chez vous.
— Je ne suis pas malade. Un peu patraque, c’est tout.
— Ce n’est quand même pas la peine de rester. Je prendrai la relève. Vous étiez parti. Pourquoi êtes-vous revenu ?
— Je suis comme un animal. Comme un rat de laboratoire.
Le téléphone posé sur le grand bureau de chêne grésilla.
— Croyez-vous que ce soit l’un des maréchaux ? demanda Buckman. Pas question que je leur parle cette nuit. Ça attendra.
Herb décrocha, écouta, puis plaqua la main sur le microphone.
— C’est Taverner… Jason Taverner.
— Donnez.
Buckman prit le combiné que lui tendait Maime.
— Allô, Taverner ? Il est bien tard.
— Je veux me livrer, dit Taverner d’une voix grêle. Je suis chez Heather Hart. Nous attendons ensemble.
— Il veut se livrer, répéta Buckman à l’adresse de son subordonné.
— Dites-lui de venir ici.
— Venez ici, dit Buckman à son interlocuteur. Pourquoi voulez-vous vous rendre ? Vous n’en réchapperez pas vivant, espèce de misérable assassin. Vous le savez. Pourquoi ne prenez-vous pas la fuite ?
— Pour aller où ? couina Taverner.
— Dans un campus. Vous n’avez qu’à aller à Columbia. Ils sont stabilisés. Ils ont de l’eau et des vivres pour un bout de temps.
— Je ne veux plus être traqué.
— C’est ça la vie… être traqué, gronda Buckman. D’accord, Taverner. Venez et on vous incarcérera. Emmenez la femme Hart avec vous pour qu’on enregistre sa déposition. (Se rendre ! Quel abruti ! songea-t-il.) Pendant que vous y êtes, coupez-vous donc les testicules, imbécile que vous êtes !
La voix de Buckman tremblait.
— Je veux me disculper, fit faiblement la voix de Taverner à l’oreille de Buckman.
— Quand vous serez là, je vous abattrai avec mon propre pistolet, dégénéré ! Pour résistance et violences contre représentants de la force publique. Ça ou autre chose. Selon l’inspiration du moment. (Il raccrocha.) Il vient se faire tuer.
— Vous l’avez sélectionné. Vous pouvez défaire ce que vous avez fait. Déclarez-le innocent et renvoyez-le à ses disques et à son émission ridicule.
Buckman secoua la tête.
— Non.
Au même moment, Westerburg surgit avec deux pilules roses et un gobelet en carton rempli d’eau.
— Voici le darvon.
— Merci.
Buckman goba les pilules, but une gorgée et laissa tomber le récipient dans le lacérateur. Les dents de l’appareil crissèrent doucement, puis tout bruit cessa.
— Rentrez chez vous, dit Herb. Ou, mieux encore, prenez une chambre dans un motel, un bon motel du centre, et, demain, faites la grasse matinée. Je m’occuperai des maréchaux quand ils appelleront.
— Il faut que je voie Taverner.
— C’est inutile. Je l’inculperai. Moi ou le sergent de garde. Comme n’importe quel autre criminel.
— Herb, j’ai l’intention de tuer ce type comme je l’ai dit au téléphone.
Buckman ouvrit le dernier tiroir de son bureau, en sortit un coffret de cèdre dont il souleva le couvercle. Le coffret contenait un Derringer 22 à un coup. Il le chargea avec une balle à charge creuse en veillant que le canon de l’arme soit dirigé vers le plafond. Par sécurité. C’était un réflexe.
— Montrez.
Buckman lui tendit le pistolet.
— Fabriqué par Colt qui en a acquis les brevets. J’ai oublié quand.
— C’est une belle arme de poing, dit Herb en soupesant le pistolet et en vérifiant l’équilibre. Mais une balle de 22, c’est trop petit, ajouta-t-il en le rendant à Buckman. Il faudrait le tirer juste entre les deux yeux. Qu’il soit donc exactement en face de vous. (Il posa sa main sur l’épaule du général.) Prenez un 38 spécial ou un 45. OK ? Vous le ferez ?
— Vous savez à qui appartient ce pistolet ? À Alys. Elle tenait à ce que je le garde dans mon bureau parce que, disait-elle, si elle l’avait sous la main à la maison, elle risquerait de s’en servir contre moi pendant une dispute ou quand elle est… quand elle était déprimée. Pourtant, ce n’est pas une arme de femme. Derringer faisait des pistolets pour dames, mais celui-ci n’en est pas un.
— C’est vous qui l’avez procuré à Alys ?
— Non. Elle l’a trouvé chez un prêteur sur gages de Watts. Il lui en a coûté vingt-cinq tickets. Ce n’était pas une mauvaise affaire compte tenu de l’état de l’objet. (Il dévisagea Herb.) Il faut vraiment l’abattre. Les maréchaux voudront avoir ma peau si on ne lui fait pas porter le chapeau. Et je tiens à conserver mon poste.