L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
— Et vous, n’écoutant que votre grand cœur…»
Y avait-il une pointe de méchanceté dans la voix de mademoiselle Lamer ? « J’voulais un enfant. Je m’occupe pas d’Arthur Stuart par pitié. C’est mon p’tit garçon, asteure.
— Je vois, dit mademoiselle Lamer. Et les braves gens de Hatrack River ont décrété que l’éducation de leurs enfants souffrirait si des oreilles à moitié noires entendaient mes paroles en même temps que des oreilles purement blanches. »
Il y avait à nouveau de la méchanceté dans le ton que prit la maîtresse d’école pour dire sa phrase, seulement cette fois la Peg se laissa intérieurement aller à la joie. « Vous y apprendrez, mademoiselle Lamer ?
— Je confesse, dame Guester, que j’ai trop longtemps séjourné dans la cité des Quakers. J’avais oublié qu’il existait en ce bas monde des villages où des gens étroits d’esprit n’éprouvaient aucune honte à punir un malheureux enfant du péché d’être né avec une peau d’une teinte tropicale. Soyez assurée que je refuserai catégoriquement d’ouvrir l’école si votre fils adoptif ne figure pas parmi mes élèves.
— Non ! s’écria la Peg. Non, mademoiselle Lamer, vous allez trop loin.
— Je suis une abolitionniste convaincue, dame Guester. Je ne participerai pas à une conspiration visant à priver les enfants noirs de leur héritage intellectuel. »
La Peg ignorait ce que pouvait bien être un héritage intellectuel, mais elle savait que l’institutrice prenait l’affaire trop à cœur. Qu’elle continue dans cette voie, et elle gâcherait tout. « Faut m’écouter, mademoiselle Lamer. Ils prendront une autre maîtresse, et ce sera encore pire pour moi et pour Arthur Stuart. Non, j’vous demande seulement d’y donner une heure le soir, quèques jours par semaine. Je l’ferai un peu étudier dans la journée, apprendre correctement c’que vous lui aurez montré à la galope. Il a des facilités, vous verrez. Il connaît déjà ses lettres, il les récite de A à Z mieux qu’mon Horace. C’est mon mari, Horace Guester. Alors j’demande pas plus de quèques heures par semaine, si vous trouvez l’temps. C’est pour ça qu’on a arrangé c’te r’serre, vous pourrez donner les leçons et personne y verra rien. »
Mademoiselle Lamer se leva du bord du lit où elle s’était assise et s’approcha de la fenêtre. « Ce n’est pas ce que j’avais imaginé… enseigner en cachette, comme si je commettais un crime.
— Pour certains, mademoiselle Lamer…
— Oh, je n’ai aucun doute là-dessus.
— Vous autres, les quakers, vous tenez des réunions silencieuses, non ? Tout c’que j’demande, c’est une sorte de chose comme ça, discrète, vous connaissez…
— Je ne suis pas quaker, dame Guester. Je ne suis qu’un être humain qui refuse de nier l’humanité à ses semblables, à moins que leurs actes ne les révèlent indignes de cette noble parenté.
— Alors, vous y apprendrez ?
— Après mes heures de classe, oui. Ici, chez moi, dans la maison que votre mari et vous avez si obligeamment mise à ma disposition, oui. Mais en cachette ? Jamais ! Je proclamerai dans tout le village que je donne des cours à Arthur Stuart, et pas seulement quelques soirées par semaine mais tous les jours. Je suis libre d’enseigner autant qu’il me plaît à de tels élèves, mon contrat est tout à fait clair sur ce point, et tant que ce contrat, je ne le viole pas, on devra me supporter pendant au moins une année. Cela vous va ? »
La Peg regarda la femme, les yeux pleins d’admiration. « J’en r’viens pas, dit-elle, vous êtes aussi sale bête qu’un chat qu’aurait une bogue dans l’derrière.
— Je regrette de n’avoir jamais vu de chat dans une situation aussi fâcheuse, dame Guester, ce qui me prive d’apprécier la pertinence de votre métaphore. »
La Peg ne comprit rien à la phrase de mademoiselle Lamer, mais elle surprit comme un pétillement dans l’œil de la lady, donc tout allait bien.
« Quand faut-y que j’vous envoie Arthur ? demanda-t-elle.
— Comme je vous l’ai dit quand je vous ai ouvert, j’ai besoin d’une semaine pour me préparer. Lorsque l’école commencera pour les élèves blancs, elle commencera aussi pour Arthur Stuart. Il ne reste plus que la question du paiement. »
La Peg fut un instant prise de court. Elle était venue dans l’idée d’offrir de l’argent, mais suite à ce qu’avait dit mademoiselle Lamer, elle avait cru qu’en définitive ça ne lui coûterait rien. Après tout, mademoiselle Lamer vivait de l’enseignement, alors c’était normal qu’elle se fasse payer. « On avait pensé vous proposer une piasse par mois, c’est ça qui nous arrange le mieux, mais si vous voulez plusse…
— Oh, pas d’argent, dame Guester. Je songeais simplement à vous demander si vous accepteriez que je donne une lecture hebdomadaire de poésie dans votre auberge le dimanche soir ; j’inviterais tous les gens de Hatrack River qui aspirent à parfaire leur connaissance dans ce que la littérature de langue anglaise compte de plus beau.
— J’connais pas si y a tant qu’ça d’monde qu’a envie d’poésie, mademoiselle Lamer, mais vous pouvez tenter l’affaire, moi j’veux bien.
— Je pense que vous serez agréablement surprise du nombre de gens qui souhaitent passer pour instruits, dame Guester. Nous aurons du mal à trouver des sièges pour toutes les femmes de Hatrack River qui forceront leurs maris à les emmener écouter les vers immortels de Pope et Dryden, Donne et Milton, Shakespeare, Gray et – oh, je me risquerai aussi à les lire – Wordsworth et Coleridge, peut-être même un poète américain, un raconteur errant d’histoires étranges, du nom de Blake.
— Vous voulez pas dire l’vieux Mot-pour-mot, des fois ?
— Je crois que c’est là son sobriquet le plus courant.
— Vous avez d’ses poèmes écrits quèque part ?
— Écrits ? Je n’en vois guère l’utilité, c’est un ami très cher. J’ai appris beaucoup de ses vers par cœur.
— Ben dites donc, il fait son chemin, l’vieux Mot-pour-mot. Philadelphie ! Mazette !
— Il a égayé plus d’un salon de cette ville, dame Guester. Pouvons-nous former notre cénacle dimanche prochain ?
— C’est quoi, une « senne âcre » ?
— Un cénacle. Une réunion de gens ; peut-être qu’avec du punch au gingembre…
— Oh, pas la peine de m’dire comment recevoir le monde, mademoiselle Lamer. Et si c’est l’prix que va m’coûter l’instruction d’Arthur Stuart, mademoiselle Lamer, j’ai grand-peur d’vous gruger, par rapport qu’y m’semble que des deux côtés c’est à nous autres que vous rendez service.
— Vous êtes trop aimable, dame Guester. Mais je dois vous poser une question.
— Posez-la donc. J’garantis pas d’connaître répondre comme il faut.
— Dame Guester, dit mademoiselle Lamer, êtes-vous au fait du Traité des Esclaves en fuite ? »
La peur et la colère frappèrent la Peg en plein cœur au seul énoncé de ce nom. « Une œuvre diabolique !
— L’esclavage est effectivement diabolique, mais le traité a été signé pour faire entrer l’Appalachie dans le Contrat Américain et éviter à notre fragile nation la guerre avec les Colonies de la Couronne. On ne peut guère qualifier la paix de diabolique.
— C’est quand y a la paix qu’ils envoient leurs maudits pisteux dans les États libres pour ramener les prisonniers noirs en esclavage !
— Vous avez peut-être raison, dame Guester. En fait, on pourrait dire que le Traité des Esclaves en fuite n’est pas plus un traité de paix qu’une clause de reddition. Néanmoins, c’est la loi du pays. »
Ce n’est qu’à ce moment que la Peg comprit ce que venait de faire l’institutrice. À quoi est-ce que ça rimait, d’amener dans la conversation le Traité des Esclaves en fuite, sinon de s’assurer que l’aubergiste savait qu’Arthur Stuart n’était pas en sécurité ici, que les pisteurs pouvaient toujours monter des Colonies de la Couronne et le réclamer comme propriété d’une quelconque famille de Blancs soi-disant chrétiens ? Et ça voulait aussi dire que mademoiselle Lamer ne croyait pas un mot de son histoire sur l’origine d’Arthur Stuart. Et si elle éventait si facilement son mensonge, pourquoi la Peg était-elle assez bête pour croire que tous les autres le gobaient ? Eh bien, pour ce qu’elle en savait, tout le village de Hatrack River avait depuis longtemps deviné en Arthur Stuart un petit esclave qui s’était débrouillé pour s’échapper et se trouver une maman blanche.