L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
Ainsi, se dit-elle, il veut s’assurer que je suis au courant des charmes qu’il a dissimulés dans la serrure. Peu de gens étaient aptes à remarquer des charmes cachés, elle pas plus qu’un autre en l’occurrence. Elle n’en aurait rien su si elle ne l’avait pas vu opérer. Mais évidemment, elle ne pouvait pas le lui dire. Aussi demanda-t-elle : « Oh, aurait-elle une protection que je ne vois pas ?
— J’ai seulement mis une couple de charmes dans la serrure. Pas grand-chose, mais ça devrait garantir vot’ sécurité. Et y en a une autre dans le haut du fourneau, alors j’crois pas qu’il faut vous inquiéter des étincelles qui pourraient s’échapper.
— Vous avez grande confiance dans vos charmes, Alvin.
— J’les réussis assez bien. Y a beaucoup d’monde qui connaît des charmes, de toutes façons, m’zelle Lamer. Mais y a pas beaucoup d’forgerons capables d’en mettre dans l’fer. C’est c’que j’voulais vous dire. »
Il voulait lui en dire plus, bien sûr. Elle lui donna donc la réponse qu’il espérait. « J’en déduis que vous avez effectué une partie du travail dans cette resserre.
— J’ai fait les fenêtres, m’zelle Lamer. Elles montent et descendent facile comme tout, et y a des chevilles pour les tenir en place. Et c’est moi aussi qu’a installé l’fourneau, les serrures et toutes les ferrures de porte. Et mon aide, Arthur Stuart, il a gratté les murs. »
Pour un jeune homme apparemment naïf, il menait la conversation plutôt adroitement. Elle pensa un instant jouer avec lui, feindre d’ignorer les associations d’idées qu’il escomptait, juste pour voir comment il s’en tirerait. Mais non, il ne songeait qu’à lui demander d’accomplir ce pour quoi elle était venue. Il n’y avait pas de raison qu’elle lui rende les choses difficiles. Il lui serait déjà suffisamment difficile d’apprendre. « Arthur Stuart, dit-elle. Il doit s’agir de ce petit garçon auquel dame Guester m’a demandé de donner des leçons particulières.
— Oh, elle vous en a déjà causé ? Mais j’devrais p’t-être pas me mêler d’ça ?
— Je n’ai pas l’intention d’en faire un secret, Alvin. Oui, je vais donner des leçons à Arthur Stuart.
— J’en suis bien content, m’zelle Lamer. Vous trouverez pas de drôle plus futé qu’lui. Et quel imitateur ! Vous connaissez, il lui suffit d’entendre quèque chose une fois pour vous l’répéter avec vot’ voix. Vous aurez du mal à l’croire quand il vous fera ça.
— J’espère seulement qu’il ne s’avisera pas de jouer à ce petit jeu pendant les leçons. »
Alvin plissa le front. « Eh ben, c’est pas réellement un jeu, m’zelle Lamer. Il fait ça sans vraiment l’vouloir. J’veux dire, s’y s’met à vous répondre avec vot’ voix, c’est pas pour bêtiser ni rien. C’est seulement qu’à chaque fois qu’il entend quèque chose, il s’en rappelle avec la voix et tout, si vous m’suivez. Il peut pas les séparer et s’rappeler les mots sans la voix qui les a dits.
— Je m’en souviendrai. »
Au loin, Peggy entendit une porte qu’on claquait. Elle se projeta dans la direction du bruit et découvrit les flammes de vie de Père et de Mère qui venaient vers elle. Ils se disputaient, évidemment. Si Alvin voulait faire sa demande, il fallait qu’il se décide.
« Y a-t-il autre chose que vous vouliez me dire, Alvin ? »
C’était l’instant qu’il avait attendu, mais maintenant il devenait tout timide devant elle. « Eh ben, j’avais dans l’idée d’vous demander… mais vous devez comprendre, j’vous ai pas porté votre eau pour vous forcer à accepter ni rien. Je l’aurais quand même fait, pour n’importe qui, et pour c’qui s’est passé aujourd’hui, j’connaissais pas que c’était vous la nouvelle institutrice. Enfin, p’t-être que j’aurais pu deviner, mais j’y ai pas pensé, voilà. J’ai fait ça comme ça, et vous m’devez rien.
— Je pense que c’est à moi de décider de la gratitude que je dois vous manifester, Alvin. Que vouliez-vous me demander ?
— Pour sûr, vous serez occupée avec Arthur Stuart, alors j’peux pas compter qu’vous aurez beaucoup de moments d’libres, p’t-être qu’un seul jour par semaine, p’t-être même qu’une heure. Ça pourrait s’faire le samedi, et vous pourriez prendre le prix qu’vous voulez ; mon patron m’donne du temps pour moi, j’ai mis d’côté un peu d’argent que j’ai gagné tout seul, et…
— Me demandez-vous d’être votre préceptrice, Alvin ? »
Alvin ignorait le sens de ce mot.
« Préceptrice. Institutrice particulière.
— Oui, m’zelle Lamer.
— Cela vous coûtera cinquante sous par semaine, Alvin. Et j’aimerais que vous veniez à la même heure qu’Arthur Stuart. Que vous arriviez et repartiez ensemble.
— Mais comment vous nous apprendrez à tous les deux en même temps ?
— Il est probable que certaines des leçons que je donnerai à Arthur vous seront bénéfiques, Alvin. Et quand il fera ses exercices d’écriture ou de calcul, je pourrai m’entretenir avec vous.
— J’voudrais pas l’voler sus son heure de leçon.
— Réfléchissez donc, Alvin. Il ne serait pas correct que vous preniez des leçons seul avec moi. J’ai beau être plus âgée que vous, il y a des gens qui chercheront à me prendre en faute, et le fait de donner des leçons particulières à un jeune célibataire fournirait sûrement l’occasion aux mauvaises langues d’aller bon train. Arthur Stuart sera présent à tous vos cours, et la porte de la resserre restera ouverte.
— Vous pourriez monter à l’auberge et m’apprendre là-bas.
— Alvin. Vous connaissez mes conditions. Souhaitez-vous m’engager comme préceptrice ?
— Oui, m’zelle Lamer. » Il fouilla dans sa poche et sortit une pièce. « V’là une piasse pour les quinze premiers jours. »
Peggy regarda la pièce. « Je croyais que vous aviez l’intention de rendre cette piastre au docteur Physicker.
— J’voudrais pas qu’il soye embêté d’avoir tant d’argent, m’zelle Lamer. » Il eut un grand sourire.
Tout timide qu’il était, il ne pouvait pas rester longtemps sérieux. La plaisanterie serait toujours là, à fleur de bouche, et elle finirait toujours par jaillir.
« Non, j’imagine que non, dit mademoiselle Lamer. Les leçons débuteront la semaine prochaine. Merci pour votre aide. »
À cet instant, Père et Mère remontèrent le sentier. Père portait une grande baignoire renversée sur la tête et titubait sous le poids. Alvin courut aussitôt lui prêter main-forte, ou plutôt lui prendre carrément la baignoire et la porter lui-même.
Voilà comment Peggy revit le visage de son père après plus de six ans : rouge, en sueur, essoufflé par l’effort. Et en colère, de surcroît, ou du moins renfrogné. Mère l’avait certainement assuré que l’institutrice n’était pas aussi arrogante qu’elle en avait l’air au premier abord, mais Père en voulait quand même à cette étrangère d’occuper la resserre, domaine exclusif de sa fille depuis longtemps perdue.
Peggy mourait d’envie de crier vers lui, de l’appeler Père et de lui certifier que c’était bel et bien sa fille qui allait y habiter, que tous ses efforts pour transformer cette vieille bicoque en maison, c’était un don d’amour qu’il lui faisait. Que cela lui réchauffait le cœur de savoir à quel point il l’aimait et ne l’avait pas oubliée après toutes ces années ; pourtant, cela lui brisait aussi le cœur de ne pouvoir lui révéler sa véritable identité, pas encore, si elle voulait aller au bout de ce qu’elle devait accomplir. Il lui faudrait faire avec lui ce qu’elle essayait déjà de faire avec Alvin et Mère : ne pas réclamer les amours et créances d’antan mais susciter de nouvelles affections, de nouvelles amitiés.