L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
Il se demanda s’il fallait en parler à quelqu’un. Le conseil d’école ne devrait-il pas être mis au courant, avant de confier les enfants du village à cette institutrice, qu’elle n’était pas tout à fait ce qu’elle paraissait ? Mais il ne pouvait pas non plus leur dire ça sans se dénoncer lui-même ; et d’ailleurs, peut-être son secret ne regardait-il qu’elle seule et ne causait-il de tort à personne. Du coup, s’il racontait la vérité sur elle, ça leur nuirait à tous deux et aucun n’y gagnerait rien.
Non, mieux valait la surveiller, de très près, et apprendre qui elle était de la seule façon qui permette de bien connaître les gens : en la regardant vivre. Alvin ne voyait pas de meilleure attitude, et pour tout dire, maintenant qu’il savait qu’elle détenait ce secret, comment pourrait-il éviter de garder tout spécialement l’œil sur elle ? Il avait une telle habitude d’utiliser sa bestiole pour explorer ce qui l’entourait qu’il lui faudrait lutter pour ne pas observer ses faits et gestes, surtout si elle s’installait dans la resserre. Il espérait à moitié qu’elle refuserait d’y loger, ainsi le mystère ne le travaillerait-il pas trop ; mais il espérait aussi à moitié qu’elle accepterait, ainsi pourrait-il exercer sa surveillance et s’assurer qu’elle était quelqu’un de convenable.
Et je la surveillerais encore mieux si je prenais des cours avec elle. Je la surveillerais avec mes yeux, lui poserais des questions, écouterais ses réponses et jugerais quel genre de personne elle est.
Peut-être que si elle me donnait des leçons assez longtemps, elle en viendrait à me faire confiance, et moi de même ; je lui dirais alors que je suis un Faiseur, elle m’apprendrait de grands secrets et nous nous aiderions l’un l’autre, nous serions de vrais amis, comme je n’ai pas connu ça depuis que j’ai quitté mon frère Mesure à Vigor Church.
Il ne poussait pas trop son cheval à cause du lourd chargement de fer, sans parler de la malle et des sacs de l’institutrice par-dessus le marché… et de l’institutrice elle-même. Aussi, après toutes leurs discussions, puis ce long silence pendant qu’Alvin s’efforçait de comprendre qui elle était vraiment, ils n’avaient parcouru qu’un demi-mille depuis La Bouche lorsqu’apparut la superbe voiture du docteur Physicker. Alvin la reconnut tout de suite et héla Po Doggly qui la conduisait. Deux bonnes minutes furent nécessaires pour transborder l’institutrice et ses bagages du chariot à la voiture. Po et Alvin effectuèrent toute la manutention ; le docteur Physicker, lui, consacra tous ses efforts à aider l’institutrice à monter dans sa voiture. Alvin ne l’avait jamais vu aussi gracieux.
« Je suis terriblement désolé que vous ayez dû subir les désagréments d’un trajet dans ce chariot, dit le docteur. Je ne pensais pas être en retard.
— En fait, vous êtes en avance », dit-elle. Puis elle se tourna aimablement vers Alvin pour ajouter : « Et le trajet en chariot s’est révélé étonnamment agréable. »
Comme Alvin n’avait pas dit un mot de presque tout le voyage, il ne savait pas franchement si elle le complimentait pour avoir été de bonne compagnie ou si elle lui était reconnaissante de ne pas avoir ouvert la bouche et de l’avoir laissée tranquille. Mais en tout cas, il sentit une sorte de feu lui monter à la figure, dont la colère n’était pas la cause.
Au moment où le docteur grimpait dans sa voiture, l’institutrice lui demanda : « Quel est le nom de ce jeune homme ? » Vu qu’elle s’adressait au docteur, Alvin ne répondit pas.
« Alvin, dit le docteur en s’asseyant sur son siège. Il est né ici. C’est l’apprenti du forgeron.
— Alvin, dit-elle en s’adressant cette fois directement à lui par la fenêtre de la voiture, je vous sais gré de votre vaillance de tout à l’heure et j’espère que vous pardonnerez l’incivilité de ma première réaction. J’avais sous-estimé la nature scélérate de nos importuns compagnons. »
Ses mots sonnaient si élégamment qu’on croyait entendre de la musique en les écoutant, même si Alvin ne comprenait que la moitié de ce qu’elle racontait. Mais son expression était aussi aimable que le permettait son visage rébarbatif, reconnut-il. Il se demanda à quoi ressemblait sa vraie figure par en dessous.
« À vot’ service, m’dame, dit-il. J’veux dire : mam’zelle. »
Sur le siège du conducteur, Po Doggly lança un « hue ! » aux deux juments, et la voiture s’ébranla, toujours en direction de La Bouche, bien entendu. Il n’était pas facile à Po de trouver où effectuer un demi-tour sur cette route ; Alvin avait donc parcouru un bon bout de chemin lorsque la voiture revint et le dépassa. Po ralentit l’allure, le docteur Physicker se pencha et lança une pièce d’une piastre en l’air. Alvin l’attrapa, davantage par réflexe qu’autre chose.
« Pour avoir aidé mademoiselle Lamer », dit le docteur Physicker. Ensuite Po lança un nouveau « hue ! » aux chevaux et ils s’éloignèrent, laissant Alvin à chiquer la poussière de la route.
Il sentait le poids de la pièce dans sa main et, un instant, il voulut la relancer en direction de la voiture. Mais ça ne servirait à rien du tout. Non, il la rendrait à Physicker une autre fois, d’une façon qui ne fâcherait personne. Mais quand même, ça faisait mal, ça blessait profondément de se faire payer pour avoir aidé une lady, comme s’il était un domestique, un enfant ou n’importe quoi. Le plus douloureux, c’était qu’il se demandait si l’idée de le rétribuer venait d’elle. Et si elle se figurait qu’il avait gagné le salaire d’un quart de journée en combattant pour son honneur. Il était sûr que s’il avait porté un manteau et une cravate au lieu d’une chemise sale, elle aurait estimé qu’il avait rendu le service que toute lady attend de la part d’un gentleman chrétien et elle aurait su qu’elle lui devait de la gratitude et non une récompense.
Une récompense. La pièce lui brûlait la main. Dire que pendant un moment il avait presque cru qu’elle l’aimait bien. Il avait presque espéré qu’elle accepterait de lui donner des leçons, de l’aider à comprendre comment marche le monde, comment il réussirait à devenir un vrai Faiseur et à triompher du terrible pouvoir du Défaiseur. Mais à présent il était clair qu’elle le méprisait, alors comment oserait-il même lui demander ? Comment oserait-il même se croire digne d’apprendre, quand il savait que tout ce qu’elle voyait de lui, c’était de la crasse, du sang et une pauvreté ridicule ? Elle comprenait qu’il avait voulu bien faire, mais il restait bestial à ses yeux, comme elle l’avait tout de suite dit. Elle gardait ça au cœur. Sa bestialité.
Mademoiselle Lamer. C’est comme ça que le docteur l’avait appelée. Il goûta le nom tout en le prononçant. De la poussière dans la bouche. On ne met pas les animaux à l’école.
XV
L’institutrice
Mademoiselle Lamer n’avait pas l’intention de céder un pouce à ces gens-là. Elle avait entendu assez d’histoires abominables sur les conseils d’école de la frontière pour savoir qu’ils essayeraient de revenir sur la plupart des promesses faites dans leurs lettres. Déjà, ça commençait.
« Dans vos lettres, vous me signaliez que mon salaire incluait un logement particulier. Je ne considère pas une auberge comme un logement particulier.
— Vous aurez votre chambre particulière, dit le docteur Physicker.
— Et je prendrai tous mes repas à la table commune ? C’est inacceptable. Si je reste, je vais passer mon temps en compagnie des enfants du village ; une fois ma journée terminée, je compte pouvoir me préparer moi-même mes repas et les manger seule, puis finir la soirée en compagnie de livres, sans qu’on vienne me distraire ou m’importuner. La chose est impossible dans une auberge, messieurs, et donc une chambre d’auberge ne constitue pas un logement particulier. »