L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
Elle les voyait la jauger. Certains étaient décontenancés par l’extrême précision de son discours ; elle savait pertinemment que les hommes de loi de campagne se donnaient de grands airs dans leurs villages mais qu’ils n’étaient pas de force devant quelqu’un de véritablement éduqué. La seule vraie difficulté allait venir du shérif, Pauley Wiseman. Quelle absurdité, pour un adulte, de toujours porter un petit nom d’enfant !
« Écoutez voir, ma jeune lady », dit-il.
Elle leva un sourcil. C’était typique de ce genre d’homme de s’imaginer, bien qu’elle paraisse plus près de la cinquantaine que de la quarantaine, que son statut de femme célibataire lui donnait le droit de l’appeler « ma jeune lady », comme lorsqu’on s’adresse à une gamine récalcitrante.
« Que dois-je “écouter voir” ?
— Eh ben, Horace et Peg Guester ont par le fait eu l’idée d’vous laisser une p’tite maison pour vous toute seule, mais on a dit non, purement et simplement, on leur a dit non à eux, et on vous dit non à vous aussi.
— Bon, très bien. Je constate, en définitive, que vous ne comptez pas tenir votre parole envers moi. Heureusement, messieurs, je ne suis pas une institutrice ordinaire, heureuse d’accepter ce qu’on lui offre. J’avais un bon poste à l’école Penn et je vous assure que je puis y retourner quand je veux. Le bonjour. »
Elle se mit debout. Tous les hommes en firent autant, sauf le shérif, mais ils ne se levaient pas par courtoisie.
« S’il vous plaît.
— Rasseyez-vous.
— Discutons.
— Pas d’précipitation. »
Ce fut le docteur Physicker, parfait conciliateur, qui prit alors la parole après avoir lancé au shérif un regard insistant pour le calmer. Le shérif ne parut pas particulièrement calmé pour autant.
« Mademoiselle Lamer, notre décision concernant la maison particulière n’était pas irrévocable. Mais je vous prie de considérer les problèmes qui nous embarrassaient. D’abord, nous craignions que la maison ne convienne pas. Ce n’est pas véritablement une maison mais une simple pièce, une resserre abandonnée…»
La vieille resserre. « Est-elle chauffée ?
— Oui.
— A-t-elle des fenêtres ? Une porte qui se verrouille ? Un lit, une table et une chaise ?
— Tout ça, oui.
— A-t-elle un plancher de bois ?
— Oui, très joli.
— Alors, je ne vois pas en quoi son ancienne fonction de resserre me gênerait. Vous aviez d’autres objections ?
— Et comment qu’on en a, sacordjé ! » s’écria le shérif Wiseman. Puis, devant les mines horrifiées autour de la salle, il ajouta : « J’demande pardon à la lady d’mon langage un peu rude.
— Je suis intéressée d’entendre ces objections, dit mademoiselle Lamer.
— Une femme seule, dans une maison isolée dans les bois ! C’est pas correct !
— C’est de dire “c’est pas” qui est incorrect, monsieur Wiseman, fit mademoiselle Lamer. Quant à la convenance d’habiter seule une maison, je vous assure que j’ai connu cette situation pendant des années et j’ai vécu tout ce temps sans être inquiétée. Y a-t-il une autre maison à portée de voix ?
— L’auberge d’un côté et la forge de l’autre, dit le docteur Physicker.
— Alors, si je suis l’objet d’une violence ou d’une provocation, je vous assure que je me ferai entendre et je compte sur ceux qui m’entendront pour venir à mon secours. Ou bien auriez-vous peur, monsieur Wiseman, que je me lance dans une activité inconvenante volontairement ? »
Évidemment, c’était précisément à ça qu’il pensait, comme le révéla le rouge qui lui empourpra la figure.
« Je crois que vous avez suffisamment de renseignements sur ma bonne moralité, dit mademoiselle Lamer. Mais si vous nourrissez des doutes sur la question, je ferais mieux de repartir pour Philadelphie sur l’heure, car si vous ne parvenez pas à me faire confiance, à mon âge, pour mener une vie honnête sans surveillance, comment pouvez-vous me faire confiance pour surveiller vos jeunes enfants ?
— C’est que c’est pas décent ! s’écria le shérif. N’sont pas.
— N’est pas. » Elle eut un sourire bienveillant pour Pauley Wiseman. « J’ai appris par expérience, monsieur Wiseman, que supposer chez autrui l’envie de commettre des actes indécents à la moindre occasion, c’est avouer ses propres conflits intérieurs. »
Pauley Wiseman ne comprit qu’elle venait de l’accuser que lorsque plusieurs des hommes de loi se mirent à rire derrière leurs mains.
« Telles que je vois les choses, messieurs les membres du conseil d’école, vous n’avez que deux solutions. La première, vous me payez mon retour en bateau jusqu’à Dekane puis par voie de terre jusqu’à Philadelphie, augmenté du salaire pour le mois que m’aura pris le voyage.
— Pas d’cours, pas d’salaire, lâcha le shérif.
— Vous parlez sans réfléchir, monsieur Wiseman, dit mademoiselle Lamer. Je crois que les avocats ici présents vous informeront que les lettres du conseil d’école valent contrat dont vous êtes en rupture et que je serais donc en droit de toucher, non pas le salaire d’un mois, mais de toute une année.
— Enfin, ce n’est pas certain, mademoiselle Lamer, commença l’un des hommes de loi.
— L’Hio fait maintenant partie des États-Unis, monsieur, répondit-elle, et les précédents ne manquent pas dans les tribunaux des autres États, précédents qui font jurisprudence tant que le gouvernement de l’Hio n’aura pas voté de loi à leur encontre.
— C’est une institutrice ou un avocat ? demanda un autre homme de loi, et tous éclatèrent de rire.
— Votre seconde solution consiste à me laisser examiner cette… cette resserre… pour décider moi-même si elle me convient et, si oui, à me permettre d’y loger. Si jamais vous me voyez adopter une conduite moralement répréhensible, vous pourrez selon les termes de notre contrat me congédier sans délai.
— On peut vous flanquer en prison, voilà ce qu’on peut faire, dit Wiseman.
— Dites, monsieur Wiseman, n’est-ce pas aller un peu vite que de parler de prison quand je n’ai pas encore choisi l’acte moralement odieux auquel je vais me livrer ?
— La ferme, Pauley, fit l’un des hommes de loi.
— Quelle solution préférez-vous, messieurs ? » demanda-t-elle.
Le docteur Physicker n’allait pas laisser Pauley Wiseman convaincre les membres les plus faibles du conseil. Il allait veiller à ce qu’il n’y ait pas d’autre discussion. « Nous n’avons pas besoin de nous retirer pour étudier la question, n’est-ce pas, messieurs ? Nous ne sommes pas des quakers, à Hatrack River, alors il ne nous vient pas à l’esprit que des femmes puissent vouloir vivre seules, entreprendre des affaires, prêcher et que sais-je encore ? Mais nous n’avons pas de parti pris et ne demandons qu’à apprendre les idées nouvelles. Nous tenons à vos services et respecterons le contrat. Tous pour ?
— Pour.
— Contre ?… Les pour l’emportent.
— Contre, dit Wiseman.
— Le vote est clos, Pauley.
— Vous l’avez fait sacrément trop vite !
— Votre vote négatif a été enregistré, Pauley. »
Mademoiselle Lamer sourit avec froideur. « Soyez certain que moi, je ne l’oublierai pas, shérif Wiseman. »
Le docteur Physicker donna un petit coup de son marteau sur la table. « La réunion est ajournée à mardi après-midi, trois heures. Et maintenant, mademoiselle Lamer, je serais ravi de vous accompagner jusqu’à la resserre des Guester, si l’heure vous convient. Comme ils ne savaient pas quand vous alliez arriver, ils m’ont donné les clés et demandé de vous ouvrir le cottage ; ils vous accueilleront plus tard. »