L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
Mademoiselle Lamer était consciente, comme tout le monde, qu’il était pour le moins étrange pour un propriétaire de ne pas accueillir son locataire en personne.
« Voyez-vous, mademoiselle, rien ne certifiait que vous alliez accepter le cottage. Ils voulaient que vous preniez votre décision après avoir vu le logement… et hors de leur présence, au cas où vous auriez été gênée de refuser.
— Alors ils ont agi avec délicatesse, dit mademoiselle Lamer, et je les en remercierai lorsque je les verrai. »
C’était humiliant pour la Peg de devoir se rendre à la resserre toute seule pour intercéder auprès de cette vieille fille aux grands airs, cette mijaurée de Philadelphie. Horace aurait dû venir aussi. Pour lui parler d’homme à homme – c’est bien pour ça qu’elle se prenait, cette femme-là, pas pour une lady mais pour un lord. Elle aurait aussi bien pu arriver de Camelot, dame oui, elle se croyait une princesse qui donnait des ordres au bas peuple. Tiens, en France, il y avait remédié, le Napoléon, il l’avait joliment remis à sa place, le Louis XVII. Mais les pimbêches comme cette institutrice, mademoiselle Lamer, elles ne recevaient jamais ce qu’elles méritaient, elles continuaient toute leur vie de croire que les gens qui ne parlaient pas correctement ne valaient pas assez cher pour qu’on en fasse grand cas.
Alors, il était où, Horace, pour remettre cette institutrice à sa place ? Assis près du feu. À bouder. Comme un drôle de quatre ans. Même Arthur Stuart ne faisait jamais une mine aussi boudeuse.
« Elle me plaît pas, avait dit Horace.
— Eh ben, qu’elle te plaise ou non, si Arthur doit r’cevoir une éducation, c’est elle qui la lui donnera ou personne », avait répondu la Peg, pleine de bon sens comme d’accoutumé, mais est-ce qu’Horace écoutait ? Ça la faisait bien rire.
« Elle peut rester là-bas et apprendre à Arthur si ça lui dit, ou pas y apprendre si ça lui dit pas, mais elle me déplaît et j’crois pas que c’est sa place dans la r’serre.
— Pourquoi donc, c’est un lieu saint ? Y a une malédiction d’sus ? On aurait dû bâtir un palais pour Son Altesse Royale ? » Oh, quand Horace avait une idée dans la tête, ça ne servait à rien de discuter, alors pourquoi insister ?
« C’est rien de tout ça, Peg, avait-il dit.
— C’est quoi, alors ? À moins que t’aies plus b’soin d’avoir des raisons ? Tu décides et l’monde a plus qu’à faire à ton idée ?
— C’est la r’serre de ’tite Peggy, voilà, et j’aime pas ça, que c’te pimbêche reste dedans ! »
Voyez-vous ça ! C’était bien un coup d’Horace, de mettre sur le tapis leur fille qui s’était sauvée, qui ne leur avait même pas écrit depuis, qui avait privé Hatrack River de sa torche et Horace de l’amour de sa vie. Oui, madame, c’est ce que ’tite Peggy était pour lui, l’amour de sa vie. Si je m’ensauvais, Horace, ou – Dieu m’en garde – si je mourais, chérirais-tu ma mémoire et ne laisserais-tu aucune autre femme prendre ma place ? M’est avis que non. M’est avis que ma place dans le lit n’aurait pas eu le temps de refroidir qu’une autre femme l’occuperait déjà. Moi, tu me remplacerais dans la minute qui suit, mais dès qu’il s’agit de ’tite Peggy, faut vénérer la resserre comme un mausolée et que j’aille toute seule trouver cette vieille fille arrogante pour la supplier de donner des leçons à un petit bougre noir. Enfin, j’aurai de la chance si elle n’essaye pas de me l’acheter.
Mademoiselle Lamer prit son temps, en plus, pour venir à la porte, et lorsqu’elle l’ouvrit, elle porta un mouchoir à sa figure – probablement parfumé, pour lui épargner l’odeur des honnêtes gens de la campagne.
« Si ça vous ennuie pas, j’ai une ou deux choses dont j’aimerais causer avec vous », dit la Peg.
Le regard de mademoiselle Lamer se perdit par-dessus la tête de la Peg, comme s’il étudiait un oiseau dans un arbre au loin. « Si c’est au sujet de l’école, on m’a dit que j’aurais une semaine pour me préparer avant qu’on n’inscrive définitivement les élèves et que ne commence le trimestre d’automne. »
La Peg entendait les cling, cling, cling de l’un des forgerons qui travaillait à la forge plus bas. Contre son gré, elle ne put s’empêcher de songer à ’tite Peggy, qui détestait cordialement ce son-là. Peut-être qu’Horace avait raison dans sa folie. Peut-être que ’tite Peggy hantait cette resserre.
En tout cas, c’était mademoiselle Lamer qui se tenait pour l’instant dans l’encadrement de la porte et avec mademoiselle Lamer que la Peg avait à discuter. « Mademoiselle Lamer, j’suis Margaret Guester. C’te r’serre nous appartient, à mon mari et moi.
— Oh, je vous demande pardon. Vous êtes ma propriétaire et je manque à tous mes devoirs. Entrez, je vous prie. »
Voilà qui était un peu mieux. La Peg franchit la porte ouverte et s’arrêta un instant pour embrasser la pièce du regard. Hier encore, c’était un logement vide mais propre, plein de promesses. Aujourd’hui il était presque accueillant : un napperon et une dizaine de livres sur le buffet, un petit tapis tissé sur le plancher et deux robes suspendues à deux patères au mur. Malles et sacs occupaient un angle. La pièce avait un peu plus l’air d’être habitée. La Peg ne savait pas à quoi elle s’attendait. Évidemment, mademoiselle Lamer avait d’autres robes que sa tenue sombre de voyage. C’est seulement que la Peg la voyait mal faire quelque chose d’aussi ordinaire que de changer de linge. Bah, quand elle enlève une robe et avant qu’elle en passe une autre, elle se retrouve probablement en sous-vêtements comme tout le monde.
« Asseyez-vous, madame Guester.
— Par chez nous autres, on dit pas trop « monsieur » et « madame », sauf pour les hommes de loi, mademoiselle Lamer. Moi, j’suis l’plus souvent dame Guester, sauf quand on m’appelle la vieille Peg.
— La vieille Peg. C’est… c’est un nom intéressant. »
Elle envisagea d’expliquer pourquoi on l’appelait « la vieille » Peg, qu’elle avait une fille qui était partie et tout ça. Mais c’était déjà assez diffìcile de faire comprendre à cette institutrice comment ça se trouvait qu’elle avait un fils noir. Pourquoi donner une image de sa vie familiale encore plus bizarre ?
« Mademoiselle Lamer, j’tournerai pas autour du pot. Vous avez quèque chose qui m’intéresse.
— Oh ?
— Enfin, pas moi, à franchement parler, mais mon fils, Arthur Stuart. »
Si elle reconnut le nom du roi, elle ne le montra pas. « Et qu’est-ce qui l’intéresse chez moi, dame Guester ?
— L’instruction qu’y a dans les livres.
— C’est ce que je viens apporter à tous les enfants de Hatrack River, dame Guester.
— Pas à Arthur Stuart. Pas à lui si on laisse faire ces crétins d’froussards du conseil d’école.
— Pourquoi excluraient-ils votre fils ? Il est trop âgé, peut-être ?
— Il a l’bon âge, mademoiselle Lamer. Ce qu’il a pas, c’est la bonne couleur. »
Mademoiselle Lamer attendait, le visage dénué d’expression.
« Il est noir, mademoiselle Lamer.
— À demi noir, sûrement », suggéra l’institutrice.
Naturellement, la maîtresse d’école essayait de comprendre comment la femme de l’aubergiste avait fait pour avoir un bébé à moitié noir. La Peg éprouva un certain plaisir à regarder son maintien poli alors qu’elle devait sûrement frémir d’horreur dans son for intérieur. Mais lui laisser trop longtemps ce genre d’idée, ça n’était pas une chose à faire, pas vrai ? « Il est adopté, mademoiselle Lamer, dit la Peg. Disons qu’sa maman était bien embarrassée avec un bébé à moitié blanc.