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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Oui, ou six pieds en dessous, merde ! s’écria David. Bon sang, qu’est-ce que tu nous manigances ? T’as causé à ces fêlés de Kymera ? »

Emily accusa le coup. « Kymera… Toutes ces histoires de corpocratie, ça ne fait pas vraiment un tabac chez nous, mais sûr que ça vaut le coup d’œil… Le comportement de Vienne est plutôt tordu.

— Vienne sait ce qu’il fait, objecta David.

— Peut-être, mais est-ce ce que nous voulons ? » Emily sortit des assiettes et des couverts en plastique. « Je crois que Vienne est en train d’attendre. Ce coup-ci, ils vont laisser pourrir la situation – jusqu’à ce que quelqu’un, quelque part, leur donne politiquement carte blanche. Pour faire le ménage, à l’échelle globale. Instaurer un nouvel ordre mondial et une nouvelle armée mondiale.

— Ça me plaît pas trop, dit David.

— C’est ce que nous avons aujourd’hui, mais sans les trous à rats.

— J’adore les trous à rats.

— Dans ce cas, t’aurais intérêt à aller à Singapour les raisonner un peu. » Le micro-ondes sonna. « Ce n’est que pour quelques jours, David. Et Singapour possède un vrai gouvernement, pas une espèce de front criminel d’abrutis comme la Grenade. Ton témoignage devant leur Parlement pourrait infléchir radicalement leur politique. Suvendra dit… »

Le visage de David se figea. « On va se faire tuer. T’as pas encore compris ? Tous ces petits trous à rats vont devenir des champs de bataille. Il y a là-bas des gens prêts à nous tuer pour rien, alors s’ils peuvent nous tuer contre un bénéfice quelconque, ils vont pas se priver ! Et en plus, ils savent parfaitement qui nous sommes, c’est bien ce qui me flanque le plus la trouille. Nous sommes précieux, désormais… »

Il frotta sa joue mal rasée. « On va se tirer d’ici vite fait, aller dans une Loge ou une retraite, et si tu veux t’occuper de Singapour, Emily, eh bien, appelle Vienne et finance la division blindée de combat de Rizome. Parce que ces pirates-là, c’est pas des rigolos, et faut pas espérer les amadouer avec de belles paroles ! On n’arrivera à rien tant qu’on leur aura pas posté un char à chaque coin de rue ! Tant qu’on n’aura pas retrouvé les fils de pute qui ont appuyé sur le bouton et noyé tous ces pauvres gosses à la Grenade. Mais ma gosse à moi, sûrement pas ! Plus jamais ! »

Laura perfora la feuille d’alu qui recouvrait son poulet aux amandes fumant. Elle n’avait aucun appétit. Ces cadavres noyés… en train de flotter, tout raides, sur les eaux noires… les eaux noires de la rage. « Il a raison, dit-elle. Pas ma Loretta. Mais l’un de nous doit y aller. À Singapour. »

David en resta bouche bée. « Mais pourquoi ?

— Parce qu’on a besoin de nous là-bas, voilà pourquoi. Parce qu’ils ont ce qu’on cherche. Le pouvoir de contrôler nos propres existences. Et les vraies réponses, aussi. La vérité ! »

David la fixa. « La vérité. Tu crois qu’on peut l’obtenir ? Tu te crois si importante ?

— Je ne suis pas importante. Je sais que je ne suis pas grand-chose pour le moment – le genre de personne qui se fait bousculer, insulter, qui se fait mitrailler sa maison. Mais je pourrais me rendre importante, si je veux bien m’y mettre. Ça se pourrait. Si Suvendra a besoin de moi, je marche.

— Tu ne connais même pas Suvendra !

— Je sais qu’elle est chez Rizome, et je sais qu’elle se bat pour nous. On ne peut pas tourner le dos à une associée. Et ceux qui ont mitraillé notre Loge, quels qu’ils soient, vont devoir le payer ! »

Le bébé se mit à gémir. David s’affala dans son siège. Il prit la parole, d’une voix très calme. « Et nous, dans tout ça, Laura – toi et moi et Loretta ? Tu peux mourir, là-bas.

— Ce n’est pas simplement pour la compagnie – c’est pour nous tous ! Nous ne trouverons pas le salut dans la fuite.

— Alors, qu’est-ce que je suis censé faire ? Rester sur le quai et t’envoyer des baisers ? Pendant que tu mets les voiles pour que le monde soit prêt à accueillir la démocratie ?

— Et après ? Les femmes ont toujours fait ça en temps de guerre ! » Laura se força à baisser le ton. « De toute façon, on a besoin de toi ici, pour conseiller le comité. C’est moi qui irai à Singapour.

— Je ne veux pas que tu y ailles. » Il essayait d’être sec et cassant, de tout étaler devant Emily, comme un ultimatum, mais les forces lui manquaient. Il avait peur pour elle et cela sonnait presque comme une supplique.

« Je reviendrai, saine et sauve », répondit-elle. Le ton était celui du réconfort, pas celui du refus. Il n’en fut pas moins blessé.

Silence crispé. Emily avait l’air misérable. « Peut-être que ce n’est pas le moment de parler de ça. Vous avez eu tous les deux les nerfs mis à rude épreuve. Personne n’a dit que vous aviez un comportement non-R.

— Pas besoin, répliqua Laura. On est capable de le sentir sans avoir besoin de paroles. »

David intervint. « Tu vas le faire, quoi que je puisse te dire, n’est-ce pas ? »

Inutile d’insister, désormais. Autant s’en débarrasser une bonne fois. « Oui, lui dit-elle, il le faut. Ça m’a pris, David. C’est en moi. J’en ai trop vu. Si je ne règle pas cette histoire d’une manière ou de l’autre, je ne retrouverai plus vraiment le sommeil.

— Eh bien… alors, il est inutile de discuter, n’est-ce pas ? C’est là que je dois te soumettre de force ou te menacer du divorce. » Il descendit du tabouret, chancelant, et se mit à arpenter la pièce. Tendu, les pieds raclant le tapis. Tant bien que mal, elle se força à rester calme, pour le laisser se débattre avec lui-même.

Enfin, il reprit la parole. « Je suppose qu’on y est jusqu’au cou, qu’on le veuille ou non. Merde, pour autant que je sache, la moitié de Rizome est désormais dans le collimateur d’un de ces groupes terroristes, simplement pour avoir affirmé nos positions. Si on se couche devant des criminels, jamais on ne s’en relèvera. » Il s’arrêta, la regarda.

Elle avait gagné. Elle sentit son visage, qu’elle s’était forcé de garder têtu et crispé, se détendre en un sourire. Un sourire impossible à contenir, radieux, un sourire pour lui. Elle était très fière de lui. Fière simplement pour ce qu’il était ; et fière aussi qu’Emily l’ait vu.

Il se rassit sur le tabouret de bar et la regarda droit dans les yeux. « Seulement, ce n’est pas toi qui vas y aller. C’est moi. »

Elle lui prit la main et la regarda, entre ses doigts. Une belle main, ferme, chaude. « Ce n’est pas comme ça que ça marche entre nous, lui dit-elle doucement. Toi, t’es l’idéaliste, David. C’est moi qui rabroue les gens.

— Laisse-moi prendre les coups. Je ne le supporterais pas s’il t’arrivait quelque chose. C’est vrai. »

Elle le serra, très fort. « Il n’arrivera rien, mon cœur. Je vais simplement faire ce foutu boulot. Et je reviendrai. Couverte de gloire. »

Il se sépara d’elle, se remit debout. « Tu ne vas même pas me laisser ça, hein ? » Il se dirigea vers la porte. « Je sors. »

Emily ouvrit la bouche. Laura lui prit le bras. David quitta l’appartement.

« Laisse-le faire. Il est comme ça quand on se bagarre. Il en a besoin.

— Je suis désolée », dit Emily.

Laura se sentait au bord des larmes. « Ça a été vraiment dur pour nous. Tout ce temps perpétuellement en ligne. Il a besoin de décompresser un peu.

— C’est le décalage horaire. Plus la crame. Je vais te chercher des Kleenex.

— Je le prends mieux d’habitude. » Elle se força à sourire. « Mais en ce moment, j’ai mes règles.

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