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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Vous êtes sûrs qu’il s’agit du Mali ?

— Nous savons, confirma Yoshio. Nous travaillions avec eux avant. »

Laura était abasourdie. « Kymera louait les services du FAIT ? »

Air penaud de Yoshio mais il était décidé à tout déballer. « Nous avons beaucoup souffert de la piraterie. Le Front Armé d’Inhibition du Terrorisme nous a offert ses services. Pour effrayer les pirates, les décourager. Et, oui, même les tuer. Ils étaient efficaces. Nous les avons payés secrètement pendant des années. Tout comme bien d’autres compagnies. Cela semblait préférable à la création d’armées avec notre propre personnel. »

David et Laura discutèrent entre eux. David était scandalisé. « Les Japonais ont engagé des mercenaires terroristes ? »

Yoshio s’impatienta. « Nous ne sommes pas japonais ! Kymera est une société de droit mexicain.

— Oh !

— Vous savez comment ça se passe au Japon, railla Yoshio. Tous confits dans leur graisse ! Paresseux ! Plein de vieux partout, complètement arriérés… » Il tapota sa tasse et Mika lui versa du saké. « Trop de succès au Japon ! C’est la politique nippone qui a engendré la crise mondiale. Trop d’interventions en coulisses. Trop de mensonges polis – hipokurasi… » Il avait employé le mot d’origine européenne ; les termes japonais pour hypocrisie sonnaient par trop comme un compliment.

« Nous jugions le Front armé comme un mal nécessaire, poursuivit-il. Nous n’aurions jamais deviné qu’ils étaient si ambitieux. Si malins, si rapides. Le Front armé est la face obscure de nos propres conglomérats – notre keiretsu.

— Mais qu’est-ce que le Mali y a à gagner ?

— Rien ! Le Front armé possède tout le pays. Ils l’ont conquis alors qu’il était affaibli par la famine. Ils se sont renforcés peu à peu, pendant qu’on les payait tout en faisant semblant d’ignorer leur existence. Naguère, ils se cachaient, comme un rat – aujourd’hui, ils ont grandi, comme un tigre. »

Nouvelles traductions. « Que dites-vous ? demanda David.

— Je dis que le Réseau a bien trop de trous dans ses mailles. Tous ces criminels – Singapour, Chypre, la Grenade, même le Mali, que nous avons créés – doivent être écrasés. C’est inéluctable. C’est ce qui se produit aujourd’hui. La nouvelle guerre, la tiers-mondiale est à nos portes. »

Mika gloussa.

« C’est une petite guerre, admit Yoshio. Guère à la hauteur de sa couverture médiatique, hein ? Discrète, limitée, menée à distance. Menée dans des coins où personne ne regarde, genre Afrique. Des endroits négligés parce qu’on ne pouvait pas y faire de profits. Plus question dorénavant d’être aveugles à ce point.

— Est-ce la ligne politique officielle de Kymera, désormais ? demanda Laura.

— Pas simplement la nôtre, rectifia Yoshio. Les discussions s’étendent tous azimuts depuis l’attaque. Nous nous attendions à quelque chose de ce style-là. Kymera est en train de lancer une offensive diplomatique. Nous défendons notre thèse auprès de quantités d’autres multinationales. À l’est, à l’ouest, au nord, au sud. Si nous pouvons agir de concert, notre pouvoir en sera renforcé.

— Vous proposez une sorte de cartel de sécurité mondial ? demanda Laura.

— Une sphère de coprospérité mondiale ! intervint Mika. Qu’est-ce que vous en dites ?

— Hummm…, réfléchit David. En Amérique, on appelle ça une “entente de restriction commerciale”.

— De quel côté penche votre loyauté ? demanda sobrement Yoshio. L’Amérique ou Rizome ? »

David et Laura échangèrent un regard. « Ça ne peut sûrement pas se réduire à ça, dit Laura.

— Croyez-vous que l’Amérique soit en mesure de régler la question ? Se réarmer, envahir les paradis informatiques et imposer la paix ?

— Pas question, intervint David. Tous les autres signataires des accords de Vienne nous tomberaient dessus… l’Amérique impériale – seigneur, il ne se passerait pas six mois avant que l’on connaisse à nouveau partout des attentats à la voiture piégée. » De ses baguettes, il touilla lugubrement la masse de sukiyaki. « Et, ay de mi, los Rusos – non pas que les Russes aient une quelconque influence de nos jours mais pour peu qu’ils voient ça d’un mauvais œil… Non, écoutez, le seul organisme à même de régler cette affaire, c’est la convention de Vienne. Aux flics de Vienne de mettre fin au terrorisme – c’est leur boulot.

— Alors, pourquoi ne le font-ils pas ? demanda Yoshio.

— Eh bien…, hésita David, mal à l’aise, je suppose que c’est comme l’ONU dans le temps. Une bonne idée, mais quand il faut passer aux actes, aucun gouvernement souverain ne le désire vraiment…

— Exactamente, dit Yoshio. Aucun gouvernement. Mais nous, en revanche, nous serions très contents de voir une force de police mondiale. Et Vienne est un organisme mondial. Un grupo nuevo-milenario. L’équivalent moderne d’un keiretsu. »

Laura repoussa son assiette ; elle avait des difficultés avec son japonais. « Vienne est là pour protéger l’“ordre politique”. Protéger les gouvernements. Ils n’ont pas de rapport avec nous ; les corporations ne peuvent pas signer de traités diplomatiques.

— Pourquoi pas ? lança brusquement Yoshio. Un traité n’est jamais qu’un contrat. Vous parlez comme ma grand-mère. Ce monde est le nôtre aujourd’hui. Et voilà qu’un tigre y est lâché. Un tigre que nous avons engendré, parce que nous avons stupidement payé d’autres que nous pour qu’ils servent de griffes et de dents à nos corporations.

— Qui est venu tirer la queue du chat ? » demanda Mika. Elle remit du saké dans la petite bouilloire électrique.

Yoshio les regarda en riant. « Vous en faites une tête. Pourquoi être ainsi outrés ? Après tout, vous jouiez déjà les diplomates pour Rizome – en cherchant à acquérir la Grenade aux vues politiques de votre corporation. Ne soyez donc pas si… quel est le terme ? Insondables ! Soyez un peu plus modernes ! » Il étendit ses bras drapés dans le kimono. « Prenez le problème à bras le corps.

— Je ne vois pas comment ce serait possible, dit Laura.

— Mais si, c’est tout à fait possible, dit Yoshio. Kymera et Farben ont étudié ce problème. Avec l’aide d’autres alliés tels que votre Rizome, nous pourrions rapidement multiplier plusieurs fois le budget de Vienne. Nous pourrions engager une grande quantité de mercenaires et les placer sous les ordres de Vienne. Nous pourrions lancer une attaque éclair sur le Mali et tuer le tigre immédiatement.

— Est-ce légal ? » s’enquit David.

Yoshio haussa les épaules. « À qui le demandez-vous ? Qui prend la décision ? Les gouvernements comme l’Amérique ? Ou le Japon ? Ou alors le Mali ou la Grenade ? Ou bien est-ce à nous de décider, plutôt ? Votons ! » Il leva la main. « Je dis que c’est légal. »

Mika leva la main. « Moi aussi.

— Combien de temps pouvons-nous attendre ? reprit Yoshio. Le Front armé a attaqué une petite île mais ç’aurait pu aussi bien être l’île de Manhattan. C’est cela que nous devons attendre ?

— Mais vous envisagez de soudoyer la politique mondiale, intervint Laura. Cela sonne comme un coup d’État !

— Kudetah ? » répéta Yoshio en plissant les yeux. Il haussa les épaules. « Pourquoi continuer d’agir par l’entremise des gouvernements ? Passons-nous des intermédiaires !

— Mais Vienne ne sera jamais d’accord. Si ?

— Pourquoi pas ? Sans nous, ils ne formeront jamais une authentique armée mondiale.

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