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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Arrêtez-moi si je me trompe, dit Laura. Vous êtes en train de parler d’une milice privée, sans la moindre légitimité nationale, qui envahirait des nations étrangères ?

— Une révolution n’est pas une soirée mondaine », coupa Mika. Elle se leva gracieusement et se mit à débarrasser la table.

Yoshio sourit. « Les gouvernements modernes sont faibles. Et c’est nous qui les avons affaiblis. Pourquoi prétendre le contraire ? Nous pouvons les monter les uns contre les autres. Ils ont plus besoin de nous que nous d’eux.

— Traicion, s’exclama David. Trahison.

— Parlez plutôt de grève du zèle, suggéra Yoshio.

— Mais le temps que vous soyez parvenus à réunir toutes vos corporations, rétorqua Laura, la police gouvernementale aura arrêté tous vos conspirateurs à droite et à gauche.

— C’est une vraie petite course, n’est-ce pas ? observa Yoshio, ravi. Mais voyons voir un peu qui contrôle la police de Vienne. Ils pratiqueront de nombreuses arrestations avant que tout cela soit terminé. Les bureaucrates nous qualifient de traîtres ? Nous pouvons les traiter de sympathisants terroristes.

— Mais vous parlez de révolution mondiale !

— Appelez ça de la “rationalisation”, suggéra Yoshio en tendant à Mika une assiette. Ça sonne plus agréablement. Nous supprimons les barrages inutiles dans le cours du Réseau mondial. Barrages qui se trouvent être des gouvernements.

— Mais quel genre de monde cela nous donnerait-il ?

— Tout dépendrait de qui en aurait élaboré les nouvelles règles. Si vous rejoignez le camp gagnant, vous avez le droit de vote. Dans le cas contraire, eh bien… » Il haussa les épaules.

« Ouais ? Et si c’est votre camp qui perd ?

— Alors, les nations s’entre-déchireront ; ce sera à qui nous jugera pour trahison, dit Mika. Les tribunaux pourront régler ça. Dans cinquante ans d’ici, peut-être.

— Je crois que je devrais brûler mon passeport japonais et devenir citoyen mexicain, observa Yoshio, songeur. Peut-être qu’on devrait tous devenir citoyens mexicains ! Ce n’est pas le Mexique qui s’en plaindrait. Ou on pourrait essayer la Grenade ! Essayer un nouveau pays tous les ans !

— Ne trahis pas ton propre gouvernement, suggéra Mika. Contente-toi de trahir ceux de tous les autres. Ça, personne ne le considère comme de la trahison.

— Les élections à Rizome sont proches, reprit Yoshio. Vous vous qualifiez de démocrates économiques. Si vous croyez au Réseau – si vous croyez à vos propres vertus morales –, vous ne pouvez échapper à cette sanction. Alors pourquoi ne pas soumettre ça à un vote ? »

Même à l’aéroport d’Atlanta, Laura éprouva le sentiment d’étau, de crispation, que la cité lui donnait toujours. La mégalopole, ce rythme effréné… tous ces Américains, avec leurs beaux habits coûteux et leurs valises bourrées. Grouillant sous les méga-écus des dômes lançant de biais leurs poutrelles géantes, graciles géométries architectoniques de lumière et d’espace. Des mobiles abstraits rose pâle, réagissant à l’évolution du flot humain, plongeaient et tourbillonnaient lentement dans les airs. Comme autant de vols explosés de flamants cybernétiques…

« Waouh ! » s’exclama David en lui flanquant le couffin dans les côtes. « Qui est la nana qui accompagne Emily ? »

Deux femmes approchaient en effet. La première, petite, visage rond, jupe longue et corsage à jabot : Emily Donato. Laura éprouva une bouffée de plaisir et de soulagement. Emily était là – la cavalerie de Rizome. Laura lui fit signe.

Et puis sa compagne : une grande Noire, à la superbe crinière auburn permanentée, avec un port de lionne. Élégante et mince, la peau couleur café et des pommettes à mourir.

« Houlà, fit Laura. Mais c’est – quel est son nom, déjà ?

— Arbright je ne sais quoi…

— Dianne Arbright des infos câblées, dit David, bouche bée. Une femme-tronc du journal… Dis donc, elle a des jambes, comme un véritable être humain ! »

David étreignit Emily à l’écraser, la soulevant du sol. Emily rit et l’embrassa sur les deux joues. « Salut ! » dit Laura à la journaliste de la télé. Elle serra la main fraîche et musclée d’Arbright. « Je suppose que cela veut dire que nous sommes célèbres.

— Ouais, cette foule est pleine de journalos », lui dit Arbright. Elle retourna le revers de son corsage de soie jaune safran. « Au fait, je suis câblée pour le son.

— Idem pour nous, je pense, répondit Laura. J’ai le matériel télé dans mon fourre-tout.

— Je vais d’abord collationner mes infos avec les autres correspondants », indiqua Arbright. Il y avait l’ombre d’un filet de sueur sur sa lèvre supérieure, juste sous la lisse perfection du vidéofard. « Ce n’est pas faute de pouvoir les diffuser immédiatement mais… nous aimons bien creuser le sujet. » Un coup d’œil à Emily. « Et vous savez bien comment ça se passe. »

Laura fixa Arbright avec un étrange sentiment de dislocation. Rencontrer Dianne Arbright en chair et en os, c’était un peu comme si l’on contemplait la « vraie » Monna Lisa – une sorte de réalité essentielle délavée par un trop grand nombre de reproductions. « C’est Vienne ? » demanda-t-elle.

Arbright se permit une grimace. « Nous avons diffusé avant-hier certaines images du désastre de Rizome. Nous savons à quel point ça a été dur – par le bilan comme par les formes qu’a prises l’attaque. Mais depuis, la Grenade a bouclé ses frontières. Et Vienne censure tout ce que nous diffusons.

— Mais c’est un truc trop gros pour être contenu, objecta Emily. Et tout le monde est au courant. Ça dépasse de loin les limites – quelqu’un vient de foutre en l’air un pays entier, bon Dieu…

— La plus grosse opération terroriste depuis Santa Vicenza, confirma Arbright.

— Que s’est-il passé là-bas ? » s’enquit innocemment David.

Arbright le gratifia du regard vide qu’on réserve aux débiles profonds. « Peut-être que vous pouvez me raconter ce qui s’est passé à votre Loge de Galveston, demanda-t-elle finalement.

— Oh ! fit David. Je… euh… suppose que je vois ce que vous voulez dire.

— “Limitation des dégâts”, intervint Laura. C’est le terme pour ce qui s’est passé à Galveston…

— Et à des tas d’autres endroits – des années durant, poursuivit Arbright. Alors comme ça, vous êtes deux non-individus, couverture maximale, sans existence officielle. Plutôt dur vis-à-vis de ce bon vieux Premier Amendement… » Arbright adressa un vague signe à un inconnu en costume marron, perdu dans la foule ; l’homme sourit et lui fit un signe de tête. « Mais Vienne ne peut pas nous empêcher de découvrir la vérité – rien qu’en la rendant publique. »

Ils se glissèrent vers une des sorties. Arbright pianota sur son multiphone. « Je nous ai réservé une limousine…

— Les flics de Vienne sont ici ! » dit David.

Arbright leva les yeux, sans se démonter. « Nân. Juste un mec avec des vidéovés.

— Qu’en savez-vous ? rétorqua David.

— Pas les bonnes vibrations pour un Viennois, lui expliqua patiemment Arbright. Les vidéovés, ça ne prouve pas grand-chose ; moi-même j’en porte de temps en temps.

— Nous en avons porté des journées entières », dit Laura.

Arbright la lorgna. « Vous voulez dire que vous avez tout pris ? Toute votre visite de la Grenade ? Tout enregistré ?

— Jusqu’à la moindre minute, confirma David. Ou presque.

— Ça vaut une fortune, observa Arbright.

— Y a intérêt, grommela David. C’était un véritable enfer.

— Emily, demanda Arbright, qui est détenteur des droits, et combien demandez-vous ?

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