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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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Le navire de la reine, arborant à sa corne la longue flamme brodée des lis de France et des lions d’Angleterre, filait sur son erre. Dix-huit vaisseaux de Hollande le suivaient. Les équipages, aux commandements des maîtres mariniers, abaissaient les voilures ; les longues rames venaient de sortir du flanc des nefs, comme des plumes d’ailes soudain déployées, pour aider à la manœuvre.

Debout sur le château d’arrière, la reine d’Angleterre, entourée de son fils le prince Édouard, du comte de Kent, de Lord Mortimer, de messire de Jean de Hainaut et de plusieurs autres seigneurs anglais et hollandais, assistait à la manœuvre et regardait grandir la rive de son royaume.

Pour la première fois depuis son évasion, Roger Mortimer n’était pas habillé de noir. Il portait non point la grande cuirasse à heaume fermé, mais simplement l’équipement de petite bataille, le casque sans visière auquel s’attachait le camail d’acier, et le haubert de mailles par-dessus quoi flottait sa cotte d’armes rouge et bleu, ornée de ses emblèmes.

La reine était vêtue de la même manière, son mince et blond visage enchâssé dans le tissu d’acier, et la jupe traînant jusqu’à terre mais sous laquelle elle avait chaussé, comme les hommes, des jambières de mailles.

Et le jeune prince Édouard, lui aussi, se montrait en tenue de guerre. Il avait beaucoup grandi, ces derniers mois, et pris un peu tournure d’homme. Il observait les mouettes, les mêmes, lui semblait-il, aux mêmes cris rauques, aux mêmes becs avides, qui avaient accompagné le départ de la flotte dans l’embouchure de la Meuse.

Ces oiseaux lui rappelaient la Hollande. Tout, d’ailleurs, la mer grise, le ciel gris nuancé de vagues traînées roses, le quai aux petites maisons de brique où l’on allait bientôt aborder, le paysage vert, onduleux, laguneux qui s’étendait derrière Harwich, tout s’accordait pour le faire se souvenir des paysages hollandais. Mais aurait-il contemplé un désert de pierres et de sable, sous un soleil flambant, qu’il eût encore songé, par différence, à ces terres de Brabant, d’Ostrevant, de Hainaut, qu’il venait de quitter. C’est que Monseigneur Édouard, duc d’Aquitaine et héritier d’Angleterre, était, pour ses quatorze ans trois quarts, tombé amoureux en Hollande.

Et voici comment la chose s’était faite, et quels notables événements avaient marqué la mémoire du jeune prince Édouard.

Après qu’on eut fui Paris à la sauvette, en ce petit matin où Monseigneur d’Artois avait intempestivement éveillé le Palais, on s’était hâté, en forçant les journées, pour gagner au plus pressé les terres d’Empire, jusqu’à ce qu’on fût parvenu chez le sire Eustache d’Aubercicourt, lequel, aidé de sa femme, avait fait un accueil tout d’empressement et de liesse à la reine anglaise et à sa compagnie. Dès qu’installée et répartie au mieux dans le château cette chevauchée inattendue, messire d’Aubercicourt avait sauté en selle pour s’en aller prévenir le bon comte Guillaume, dont la femme était cousine germaine de la reine Isabelle, en sa ville capitale de Valenciennes. Le lendemain même accourait le frère cadet du comte, messire Jean de Hainaut.

Curieux homme que celui-ci ; non point d’apparence, car il était bien honnêtement fait, le visage rond sur un corps solide, l’œil rond, le nez rond au-dessus d’une brève moustache blonde ; mais singulier dans sa manière d’agir. Car, arrivé devant la reine, et pas encore débotté, il avait mis un genou sur les dalles, et s’était écrié, la main sur le cœur :

— Dame, voyez ici votre chevalier qui est prêt à mourir pour vous, quand même tout le monde vous ferait faute et j’userai de tout mon pouvoir, avec l’aide de vos amis, pour vous reconduire, vous et Monseigneur votre fils, par-delà la mer en votre État d’Angleterre. Et tous ceux que je pourrai prier y mettront leur vie, et nous aurons gens d’armes assez, s’il plaît à Dieu.

La reine, pour le remercier d’une aide si soudaine, avait esquissé le geste de s’agenouiller devant lui ; mais messire Jean de Hainaut l’en avait empêchée et la saisissant à pleins bras, et toujours la serrant et lui soufflant dans la figure, avait continué :

— Ne plaise à Dieu que jamais la reine d’Angleterre ait à se ployer devant quiconque. Confortez-vous, Madame, et votre gentil fils aussi, car je vous tiendrai ma promesse.

Lord Mortimer commençait à faire la longue figure, trouvant que messire Jean de Hainaut avait l’empressement un peu vif à mettre son épée au service des dames. Vraiment cet homme-là se prenait proprement pour Lancelot du Lac, car il avait déclaré tout soudain qu’il ne souffrirait dormir ce soir-là sous le même toit que la reine, afin de ne pas la compromettre, et comme s’il n’apercevait pas au moins six grands seigneurs autour d’elle ! Il s’en était allé faire benoîtement retraite en une abbaye voisine, pour revenir tôt le lendemain, après messe et boire, quérir la reine et conduire toute cette compagnie à Valenciennes.

Ah ! les excellentes gens que ce comte Guillaume le Bon, son épouse et leurs quatre filles, qui vivaient dans un château blanc ! Le comte et la comtesse formaient un ménage heureux ; cela se voyait sur leurs visages et s’entendait dans toutes leurs paroles. Le jeune prince Édouard, qui avait souffert dès l’enfance du spectacle de désaccord donné par ses parents, regardait avec admiration ce couple uni et, en toutes choses, bienveillant. Comme elles étaient heureuses, les quatre jeunes princesses de Hainaut, d’être nées en pareille famille !

Le bon comte Guillaume s’était offert au service de la reine Isabelle, de moins éloquente façon que son frère, toutefois, et en prenant quelques avis afin de ne point s’attirer les foudres du roi de France, ni celles du pape.

Messire Jean de Hainaut, lui, se dépensait. Il écrivait à tous les chevaliers de sa connaissance, les priant sur l’honneur et l’amitié de le venir joindre dans son entreprise et pour le vœu qu’il avait fait. Il mit tant à rumeur Hainaut, Brabant, Zélande et Hollande que le bon comte Guillaume s’inquiéta ; c’était tout l’ost de ses États, toute sa chevalerie, que messire Jean était en train de lever. Il l’invita donc à plus de modération ; mais l’autre ne voulait rien entendre.

— Messire mon frère, disait-il, je n’ai qu’une mort à souffrir, qui est dans la volonté de Notre Seigneur, et j’ai promis à cette gentille dame de la conduire jusque en son royaume. Ainsi ferai-je, même s’il m’en faut mourir, car tout chevalier doit aider de son loyal pouvoir toutes dames et pucelles déchassées et déconfortées, à l’instant qu’ils en sont requis !

Guillaume le Bon craignait aussi pour son Trésor, car tous ces bannerets auxquels on faisait fourbir leur cuirasse, il allait bien falloir les payer ; mais là-dessus, il fut rassuré par Lord Mortimer, qui semblait tenir des banques lombardes assez d’argent pour entretenir mille lances.

On resta donc près de trois mois à Valenciennes, à mener la vie courtoise, tandis que Jean de Hainaut annonçait chaque jour quelque nouveau ralliement d’importance, tantôt celui du sire Michel de Ligne ou du sire de Sarre, tantôt du chevalier Oulfart de Ghistelles, ou Perceval de Semeries, ou Sance de Boussoy.

On alla comme en famille faire pèlerinage en l’église de Sebourg aux reliques de saint Druon, fort vénérées depuis que le grand-père du comte Guillaume, Jean d’Avesnes, qui souffrait d’une pénible gravelle, en avait obtenu guérison.

Des quatre filles du comte Guillaume, la deuxième, Philippa, avait plu tout de suite au jeune prince Édouard. Elle était rousse, potelée, criblée de taches de son, le visage large et le ventre déjà bombu ; une bonne petite Valois, mais teintée de Brabant. Les deux jeunes gens se trouvaient parfaitement appareillés par l’âge ; et l’on eut la surprise de voir le prince Édouard, qui ne parlait jamais, se tenir autant qu’il le pouvait auprès de la grosse Philippa, et lui parler, parler, parler pendant des heures entières… Cette attirance n’échappait à personne ; les silencieux ne savent plus feindre dès qu’ils abandonnent le silence.

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