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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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La lettre, la fameuse lettre dont on est occupé, est datée du 19 juin et vient de Westminster ; le chancelier la tient en main, la cire verte du sceau brisé s’écaille sur le parchemin.

— Ce qui a produit si grande ire au cour du roi Édouard paraît bien être que Monseigneur de Mortimer ait tenu le manteau du duc d’Aquitaine, lors du couronnement de Madame la reine. Que son personnel ennemi soit aposté auprès de son fils en telle marque de dignité, Sire Édouard ne l’a pu ressentir que comme personnelle offense.

C’est Monseigneur de Marigny qui vient de parler, accompagnant parfois son propos d’un geste de ses doigts où brille l’améthyste épiscopale. Ses trois robes superposées sont d’étoffe légère, ainsi qu’il convient pour la saison, et la robe de dessus, plus courte, tombe en plis harmonieux. On reconnaît par moments chez Monseigneur de Marigny un peu de l’autorité du grand Enguerrand dont il est maintenant le seul frère survivant.

Le visage du prélat paraît sans faiblesse, barré de sourcils horizontaux, de part et d’autre d’un nez droit. Monseigneur de Marigny, si le sculpteur respecte ses traits, fera un beau gisant pour le dessus de son tombeau… mais dans longtemps, car il est jeune encore. Il a su tôt profiter de la fortune d’Enguerrand quand celui-ci était au plus haut de sa gloire, et s’en séparer à point nommé quand Enguerrand fut précipité. Toujours il a traversé aisément les vicissitudes qu’entraînent les changements de règne ; récemment encore, il a bénéficié des tardifs remords de Charles de Valois. Il est fort influent au Conseil.

— Cherchemont, dit le roi Charles à son chancelier, refaites-moi la lecture de cet endroit où notre frère Édouard se plaint de messire de Mortimer.

Jean de Cherchemont déplie le parchemin, l’approche d’un cierge, marmonne un peu avant de retrouver les lignes en cause et lit :

— «…l’adhérence de notre femme et notre fils avec nos traîtres et ennemis mortels notoirement connus en tant que ledit traître, le Mortimer, porta à Paris la suite de notre fils, publiquement, en la solennité de couronnement de notre très chère sœur, votre compagne, la reine de France, à la Pentecôte dernière passée, en si grande honte et dépit de nous… »

L’évêque Marigny se penche vers le connétable Gaucher et lui murmure :

— Que voilà lettre bien mal écrite !

Le connétable n’a pas bien entendu ; il se contente de bougonner :

— Un hors-nature, un sodomite !

— Cherchemont, reprend le roi, quel droit avons-nous de nous opposer à la requête de notre frère d’Angleterre, lorsqu’il nous enjoint de supprimer séjour à son épouse ?

Cette manière, de la part de Charles le Bel, de s’adresser à son chancelier, et non pas de se tourner, comme il le fait d’habitude, vers Robert d’Artois, son cousin, l’oncle de sa femme, son premier conseiller, prouve bien que pour une fois il a une volonté en tête.

Jean de Cherchemont, avant de répondre, parce qu’il n’est pas absolument sûr de l’intention du roi et qu’il craint d’autre part de heurter Monseigneur Robert, Jean de Cherchemont se réfugie dans la fin de la lettre comme si, avant de donner un avis, il lui fallait en méditer davantage les dernières lignes.

— «…Ce pour quoi, très cher frère, lit le chancelier, nous vous prions derechef, si affectueusement et de cœur comme nous pouvons, que cette chose que nous désirons souverainement, veuillez nos dites requêtes entendre et les parfaire bénignement, et tôt à effet, par profit et honneur d’entre nous ; et que nous ne soyons déshonorés… »

L’évêque Marigny secoue la tête et soupire. Il souffre d’entendre une langue si rugueuse, si gauche ! Mais enfin, toute mal écrite qu’elle soit, cette lettre, le sens en est clair.

La comtesse Mahaut d’Artois se tait ; elle se garde bien de triompher trop tôt, et ses yeux gris brillent dans la lumière des cierges. Sa délation de l’automne dernier et ses machinations avec l’évêque d’Exeter, en voici les fruits mûrs au début de l’été, et bons à cueillir.

Personne ne lui ayant rendu le service de lui couper la parole, le chancelier se voit contraint d’émettre un avis.

— Il est certain, Sire, que selon les lois à la fois de l’Église et des royaumes, il faut de quelque manière donner apaisement au roi Édouard. Il réclame son épouse…

Jean de Cherchemont est un ecclésiastique, ainsi que le veut sa fonction ; et il se tourne vers l’évêque Marigny, quêtant des yeux un appui.

— Notre Saint-Père le pape nous a lui-même fait porter un message dans ce sens par l’évêque Thibaud de Châtillon, dit Charles le Bel.

Car Édouard est allé jusqu’à s’adresser au pape Jean XXII, lui envoyant transcription de toute la correspondance où s’étale son infortune conjugale. Que pouvait faire le pape Jean, sinon répondre qu’une épouse doit vivre auprès de son époux ?

— Il faut donc que Madame ma sœur s’en reparte vers son pays de mariage, ajouta Charles le Bel.

Il a dit cela sans regarder personne, les yeux baissés vers ses souliers brodés. Un candélabre qui domine son siège éclaire son front où l’on retrouve soudain quelque chose de l’expression butée de son frère le Hutin.

— Sire Charles, déclare Robert d’Artois, c’est livrer aux Despensers Madame Isabelle, poings liés, que de l’obliger à s’en retourner là-bas ! N’est-elle pas venue chercher auprès de vous refuge, parce qu’elle redoutait déjà d’être occise ? Que sera-ce à présent !

— Certes, Sire mon cousin, vous ne pouvez… dit le grand Philippe de Valois toujours prêt à épouser le point de vue de Robert.

Mais sa femme, Jeanne de Bourgogne, l’a tiré par la manche, et il s’est arrêté net ; et l’on verrait bien, si ce n’était la nuit, qu’il rougit.

Robert d’Artois s’est aperçu du geste, et du brusque mutisme de Philippe, et du regard qu’ont échangé Mahaut et la jeune comtesse de Valois. S’il pouvait, il lui tordrait bien le cou, à cette boiteuse-là !

— Ma sœur s’est peut-être agrandi le danger, reprend le roi. Ces Despensers ne paraissent pas de si méchantes gens qu’elle m’en a fait portrait. J’ai reçu d’eux plusieurs lettres fort agréables et qui montrent qu’ils tiennent à mon amitié.

— Et des présents aussi, de belle orfèvrerie, s’écrie Robert en se levant, et toutes les flammes des cierges vacillent et les ombres se partagent sur les visages. Sire Charles, mon aimé cousin, avez-vous, pour trois saucières de vermeil qui manquaient à votre buffet, changé de jugement au sujet de ces gens qui vous ont fait la guerre, et sont comme bouc à chèvre avec votre beau-frère ? Nous avons tous reçu présents de leur part ; n’est-il pas vrai, Monseigneur de Beauvais, et vous Cherchemont, et toi Philippe ? Un courtier en change, je puis vous donner son nom, il s’appelle maître Arnold, a reçu l’autre mois cinq tonneaux d’argent, pour un montant de cinq mille marcs esterlins, avec instruction de les employer à faire des amis au comte de Gloucester dans le Conseil du roi de France. Ces présents ne coûtent guère aux Despensers, car ils sont payés aisément sur les revenus du comté de Cornouailles qu’on a saisi à votre sœur. Voilà, Sire, ce qu’il vous faut savoir et vous remémorer. Et quelle loyauté pouvez-vous attendre d’hommes qui se déguisent en femmes pour servir les vices de leur maître ? N’oubliez pas ce qu’ils sont, et où siège leur puissance.

Robert ne saurait résister, même en Conseil, à la tentation de la grivoiserie ; il insiste :

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