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La Louve de France

Электронная книга - «La Louve de France». Краткое содержание книги:

Philippe V le Long vient de mourir avant d'avoir atteint trente ans et, comme son frère Louis X le Hutin, sans descendance mâle. Le troisième fils du Roi de fer, le faible Charles IV le Bel, succède à Philippe V. Une évasion de la tour de Londres ; la chevauchée cruelle conduite par une reine française d'Angleterre pour chasser du trône son époux ; un atroce assassinat perpétré sur un souverain... La relance de l'Histoire vient d'Angleterre. La Louve de France , c'est le tragique surnom que les chroniqueurs donnèrent à la reine Isabelle, fille de Philippe le Bel, qui semblait avoir transporté outre-Manche la malédiction des templiers.
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« Sur le propos de mariage je vous dois informer, mon cher frère, ainsi que ma chère sœur la comtesse votre épouse, que Monseigneur le jeune prince Édouard est toujours dans la même humeur touchant votre fille Philippa, et qu’il ne se passe point de journées sans qu’il ne m’en demande nouvelles, et que toutes ses pensées de cœur semblent bien demeurer tournées vers elle, et que ce sont bonnes et profitables accordailles qui ont été conclues là dont votre fille sera, j’en suis sûr, toujours bien heureuse. Je me suis attaché d’amitié au jeune prince Edouard qui paraît m’admirer fort, bien qu’il parle peu ; il se tient souvent silencieux comme vous m’avez décrit le puissant roi Philippe le Bel, son grand-père. Il se peut bien qu’il devienne un jour aussi grand souverain que le roi le Bel le fut, et peut-être même avant le temps qu’il aurait dû attendre de Dieu sa couronne, si j’en crois ce qui se dit au Conseil des barons anglais.

« Car le roi Édouard a fait piètre figure à tout ce qui survint. Il était à Westmoutiers lorsque nous sommes débarqués, et s’est aussitôt réfugié en sa tour de Londres pour se mettre le corps à l’abri ; et il a fait clamer par tous les shérifs, qui sont gouverneurs des comtés de son royaume, et en tous lieux publics, places, foires et marchés, l’ordonnance dont voici la transcription :

« Vu que Roger de Mortimer et autres traîtres et ennemis du roi et de son royaume ont débarqué par la violence, et à la tête de troupes étrangères qui veulent renverser le pouvoir royal, le roi ordonne à tous ses sujets de s’y opposer par tous les moyens et de les détruire. Seuls doivent être épargnés la reine, son fils et le comte de Kent. Tous ceux qui prendront les armes contre l’envahisseur recevront grosse solde et à quiconque apportera au roi le cadavre de Mortimer, ou seulement sa tête, il est promis récompense de mille livres esterlings. »

« Les ordres du roi Édouard n’ont été obéis de personne ; mais ils ont fort servi l’autorité de Monseigneur de Mortimer en montrant le prix qu’on estimait sa vie, et en le désignant comme notre chef plus encore qu’il ne l’était. La reine a riposté en promettant deux mille livres esterlings à qui lui porterait la tête de Hugh Le Despensier le Jeune, estimant à ce taux les torts que ce seigneur lui avait faits dans l’amour de son époux.

« Les Londoniens sont restés indifférents à la sauvegarde de leur roi, lequel s’est entêté jusqu’au bout dans ses erreurs. La sagesse eût été de chasser son Despensier qui mérite si bien le nom qu’il a ; mais le roi Édouard s’est obstiné à le garder, disant qu’il était instruit assez par l’expérience passée, que pareilles choses étaient survenues autrefois au sujet du chevalier de Gaveston qu’il avait consenti à éloigner de lui, sans que cela eût empêché qu’on tuât par la suite ce chevalier et qu’on lui imposât, à lui, le roi, une charte et un conseil d’ordonnateurs dont il n’avait eu que trop de peine à se débarrasser. Le Despensier l’encourageait dans cette opinion, et ils ont, à ce qu’on dit, versé force larmes sur le sein l’un de l’autre ; et même le Despensier aurait crié qu’il préférait mourir sur la poitrine de son roi que de vivre sauf à l’écart de lui. Et bien sûr il a fort avantage à dire cela, car cette poitrine est son seul rempart.

« Si bien qu’ils sont restés, chacun les abandonnant à leurs vilaines amours, entourés seulement du Despensier le Vieux, du comte d’Arundel qui est parent au Despensier, du comte de Warenne qui est beau-frère d’Arundel, et enfin du chancelier Baldock qui ne peut que demeurer fidèle au roi, vu qu’il est si unanimement haï que partout où il irait il serait mis en pièces.

« Le roi a cessé bientôt de goûter la sécurité de la Tour, et il s’est enfui avec ce petit nombre pour aller lever une armée en Galles, non sans avoir fait publier auparavant, le trentième jour de septembre, les bulles d’excommunication que notre Saint-Père le pape lui avait délivrées contre ses ennemis. Ne prenez nulle inquiétude de cette publication, très aimé frère, si la nouvelle vous en parvient ; car les bulles ne nous concernent point ; elles avaient été demandées par le roi Édouard contre les Escots, et nul n’a été dupe du faux usage qu’il en a fait ; aussi nous donne-t-on communion comme avant, et les évêques tout les premiers.

« En fuyant Londres si piteusement, le roi a laissé le gouvernement à l’archevêque Reynolds, à l’évêque John de Stratford et à l’évêque Stapledon, diocésain d’Exeter et trésorier de la couronne. Mais devant la hâte de notre avance, l’évêque de Stratford est venu présenter sa soumission à la reine Isabelle, tandis que l’archevêque Reynolds, depuis le Kent où il s’était réfugié, envoyait demander pardon. Seul donc l’évêque Stapledon est demeuré à Londres, croyant s’y être acquis par ses vols des défenseurs à suffisance. Mais la colère de la ville a grondé contre lui et, quand il s’est décidé à fuir, la foule jetée à sa poursuite l’a rejoint et l’a massacré dans le faubourg de Cheapside, où son corps fut piétiné jusqu’à n’être plus reconnaissable.

« Ceci est advenu le quinzième jour d’octobre, alors que la reine était à Wallingford, une cité entourée de remparts de terre où nous avons délivré messire Thomas de Berkeley qui est gendre à Monseigneur de Mortimer. Quand la reine a eu nouvelle de la fin de Stapledon, elle a dit qu’il ne convenait point de pleurer le trépas d’un si mauvais homme, et qu’elle en avait plutôt joie, car il lui avait nui moultement. Et Monseigneur de Mortimer a bien déclaré qu’il en irait ainsi de tous ceux qui avaient voulu leur perte.

« L’avant-veille, en la ville d’Oxford, qui est encore plus fournie de clercs que la ville de Cambridge, messire Orleton, évêque de Hereford, était monté en chaire devant ma Dame Isabelle, le duc d’Aquitaine, le comte de Kent et tous les seigneurs, pour prononcer un grand sermon sur le sujet « Caput meum doleo », qui est parole tirée des Écritures dans le saint livre des Rois, à dessein de signifier que la maladie dont souffrait le corps d’Angleterre logeait dans la tête dudit royaume, et que c’était là qu’il convenait d’appliquer le remède.

« Ce sermon fit profonde impression sur toute l’assemblée qui entendit dépeindre et dénombrer les plaies et douleurs du royaume. Et encore que pas une fois, en une heure de parole, messire Orleton n’eût prononcé le nom du roi, chacun l’avait en pensée pour cause de tous ces maux ; et l’évêque s’est écrié enfin que la foudre des Cieux comme le glaive des hommes devaient s’abattre sur les orgueilleux perturbateurs de la paix et les corrupteurs des rois. C’est un homme de grand spirituel que ledit Monseigneur de Hereford, et je m’honore de lui parler souvent, bien qu’il ait l’air pressé lorsqu’il est à converser avec moi ; mais je recueille toujours quelque bonne sentence de ses lèvres. Ainsi m’a-t-il dit l’autre jour : « Chacun de nous a son heure de lumière dans les événements de son siècle. Une fois c’est Monseigneur de Kent, une fois c’est Monseigneur de Lancastre, et tel autre auparavant et tel autre ensuite, que l’événement illumine pour la décisive part qu’il y prend. Ainsi se fait l’histoire du monde. Ce moment où nous sommes, messire de Hainaut, peut être bien votre heure de lumière. »

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