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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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— Bien sûr, bien sûr…

— Docteur ! lâcha Donnola. Vous n’avez rien écouté de ce que je vous ai dit ! »

Isacco s’arrêta et le regarda d’un air offensé. « J’ai très bien entendu. Giuditta fait de la couture. Bien, je suis content.

— Non, docteur. » Le visage de Donnola était rouge. Je vous ai dit que Giuditta allait mal. Très mal. Et elle souffre par amour. »

Isacco acquiesça avec gravité. Puis il hocha la tête. « C’est l’âge. À cet âge on souffre toujours par amour. » Puis il entendit les cloches de l’église voisine dei Santi Apostoli. « Il est tard », dit-il, en accélérant le pas dans la calle del Pistor, où se répandait une douce odeur de pain frais. Il se tourna vers Donnola, qui était resté immobile, et lui fit signe de le suivre. « Écoute, je suis pressé. Je lui parlerai, d’accord ? Maintenant, va à la pharmacie de la Testa d’Oro et prends-y une huile que j’ai commandée. C’est de l’extrait de Palo Santo. Les indiens d’Amérique s’en servent un peu pour tout et il semble que ça marche. Et si l’apothicaire veut te donner son abominable thériaque, envoie-le se faire voir. Tu as compris ?

— Oui, docteur, fit Donnola, l’air sombre.

— Ensuite tu me l’apportes chez le capitaine.

— Oui, docteur, maugréa Donnola.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? explosa Isacco, agacé. L’amie de Lanzafame va mal. Très mal. Tu comprends ça ? Elle est entre mes mains et je ne sais pas quoi faire. Tous les médecins avec qui je parle ne me disent que des idioties, eux non plus ne savent pas comment combattre ce mal français… du diable si quelqu’un sait comment il s’appelle. Tu sais comment j’ai entendu parler du Palo Santo ? Parce que je suis allé au port parler avec les marins. La vie de cette femme est suspendue aux rumeurs que les marins rapportent du Nouveau Monde. » Il jeta sur Donnola un regard enflammé. Il se répétait qu’il faisait tout ce qu’il pouvait pour sauver la prostituée qui réchauffait le cœur du capitaine Lanzafame, mais il sentait au fond de lui qu’il n’en faisait pas assez, qu’il n’était pas à la hauteur. Et surtout Marianna se confondait désormais pour lui avec sa femme H’ava. La guérison de la prostituée le rachèterait de son échec, quand sa femme était morte en couches, des années plus tôt. Sauver Marianna serait comme sauver H’ava. « Alors ? Qu’est-ce que tu as ? Qu’est-ce que tu veux ? », demanda-t-il encore, énervé.

Donnola baissa les yeux. « Rien, docteur.

— Bien », dit Isacco, qui se mit en route vers la ruga dei Speziali.

Quand il arriva dans la mansarde du capitaine Lanzafame, la servante muette l’accueillit le visage triste.

Isacco la laissa sur le seuil et se présenta dans la pièce principale, où Lanzafame tournait en rond. Il envoyait des coups de pied dans tout ce qui traînait. Une bouteille de malvoisie vide avait roulé sur le sol. « Il était temps que tu arrives, dit-il agressivement au docteur dès qu’il le vit.

— Je suis là, dit Isacco sans entrer dans la polémique.

— Vas-y, qu’est-ce que tu attends ? », gronda le capitaine.

Isacco entra dans la chambre. Marianna s’agitait. Elle avait le visage creusé, comme si un mois s’était écoulé depuis qu’Isacco l’avait vue, et non une nuit. Il s’approcha et posa la main sur son front. Il était brûlant. Dans une cuillère, il mit de l’encens et de la griffe du diable, qu’il lui fit boire. Elle avait du mal à déglutir. Puis elle ouvrit grand les yeux et sembla le reconnaître.

« Toute la nuit, ou juste une heure, étranger ? lui demanda-t-elle.

— Je suis Isacco, Marianna… je suis le docteur…

— Tu es soldat ?

— C’est depuis hier que ça dure, cette histoire », expliqua Lanzafame qui apparut dans l’encadrement de la porte.

Isacco lui vit une expression embarrassée.

Marianna rit. « Lanzafame ? Quel nom affreux ! » Elle rit de nouveau. « Je t’appellerai capitaine, je ne peux pas faire l’amour avec toi et t’appeler de ce nom ridicule. »

Isacco se tourna vers le capitaine. Il avait les yeux brillants. Mais c’était peut-être toute la malvoisie qu’il avait déjà bue de si bon matin.

« Vous ne devriez pas boire autant, dit Isacco.

— Me casse pas les couilles », répondit le capitaine, qui partit dans l’autre pièce.

Isacco savait ce que faisait Lanzafame : il croyait que le vin garderait la douleur à distance. Et il comprenait aussi pourquoi il était si embarrassé par ce que disait Marianna. Elle revivait de manière obsessionnelle leur première rencontre. Elle se remémorait les détails d’un moment qui, de toute évidence, avait changé leur vie à tous deux.

« Alors, une heure ou la nuit, beau capitaine ?

— Toute la vie », dit Isacco doucement, en veillant à ce que Lanzafame ne l’entende pas.

Elle eut un sursaut. Ses yeux, embués par le délire, recommencèrent à voir. Elle regarda Isacco. Le reconnut. « Docteur, dit-elle avec une pointe d’angoisse dans la voix, où est Andrea ?

— Comment vous sentez-vous, Marianna ? », lui demanda Isacco.

La prostituée s’accrocha à son bras. Son étreinte était faible. « Où est Andrea ? répéta-t-elle.

— Il est là. Je vais le chercher. » Il alla dans l’autre pièce. « Capitaine… Marianna vous demande. »

Lanzafame ne bougea pas tout de suite. Il prit une gorgée à la bouteille puis vint jusqu’à la porte de la chambre. « Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il d’un ton brusque.

— Andrea… », dit Marianna, en tendant la main vers lui.

Le capitaine, sur le seuil, hésitait.

« Viens… »

Lanzafame avança jusqu’au lit.

« Assieds-toi… »

Il s’assit.

Marianna lui caressa le visage. « Tu ne t’es pas rasé, comme d’habitude… » Elle eut un sourire fatigué. « Si tu te glisses entre mes jambes tu vas me chatouiller », plaisanta-t-elle.

Le capitaine ne dit rien.

Marianna prit une de ses mains dans la sienne et la porta à sa poitrine. « N’aie pas peur. »

Le capitaine eut un rire forcé. « Et de quoi je devrais avoir peur ?

— N’aie pas peur, dit de nouveau Marianna, en le regardant avec des yeux pleins de lumière. Je rêvais de notre première fois, tu sais ?

— Ah oui ? feignit de s’étonner Lanzafame.

— Dans mon rêve, je te demandais si tu voulais passer une heure ou toute la nuit avec moi… et tu me répondais : “Toute la vie”. »

Le capitaine se taisait.

« Andrea… je vais mourir…

— Ne dis pas de bêtises.

— Si, je vais mourir…

— La mauvaise herbe ne meurt jamais…

— Écoute-moi, Andrea. »

Le capitaine serra plus fort sa main.

« Je veux que tu appelles un prêtre…

— Tu ne vas pas penser au prêtre, maintenant.

— Je veux que tu appelles un prêtre et que tu lui demandes… Marianna haletait.

— Quoi ?

— … Et tu lui demandes… de nous marier… »

Il y eut un instant de silence, puis le capitaine bondit sur ses pieds.

« Sale putain, n’essaie pas de m’avoir ! hurla-t-il. N’essaie pas de m’avoir ! »

Isacco apparut à la porte. « Que se passe-t-il ?

— Elle fait semblant de mourir pour m’épouser et me coincer, voilà ce qui se passe, maugréa Lanzafame. Quand t’es putain, tu restes putain toute ta vie ! » Il partit vers la porte, poussa Isacco et se dirigea vers la sortie. « Pousse-toi de là ! cria-t-il à la servante. Je vais à la taverne. Et ne m’appelez que si elle meurt pour de vrai. » Il sortit en claquant la porte derrière lui.

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