Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Matt s’éclaircit la gorge et demanda à Rachel de lui fournir quelques précisions.
— Ils vont la réparer, dit-elle. La restaurer. Inverser la vapeur, si tu veux. Depuis le siècle dernier, nous avons mis en mouvement des forces que nous ne pouvions plus contrôler. Le réchauffement global de l’atmosphère, par exemple. Eh bien, les Voyageurs aspirent une partie du gaz carbonique de notre atmosphère et s’efforcent de le dissoudre dans l’océan.
Elle se tourna pour le regarder.
— C’était bien pire qu’on ne l’imaginait. Si les Voyageurs n’étaient pas venus… les temps auraient été vraiment très durs, pour nous, d’ici à un siècle, peut-être moins.
— Ils s’intéressent au sort de la Terre ?
— Ils s’y intéressent parce que nous nous y intéressons.
— Même si vous la quittez ?
— C’est là que nous sommes nés, dit-elle. C’est notre planète. Et elle ne sera pas entièrement vide.
— Restaurer l’équilibre, réfléchit-il à haute voix. Ce n’est pas si mal que ça.
— Non. Mais à court terme… Papa, je ne peux pas t’expliquer tout ce qu’ils font, mais à court terme, il faut peut-être s’attendre à un temps plutôt chaotique. Des tempêtes. De violentes tornades.
Il hocha la tête, reconnaissant qu’elle lui concède cette miette d’information désastreuse.
— Quand ?
— Je ne sais pas… peut-être assez vite. Fin de l’hiver, début du printemps.
— Il y aura des avertissements ?
— Bien sûr. C’est pour cette raison que les Serveurs sont là… enfin, une des raisons.
Son regard exprimait une tristesse désespérée.
— Papa, il faut absolument que tu parles au Serveur.
Il avait été décidé, à la réunion de novembre du comité, que les « derniers vrais êtres humains » passeraient le réveillon de Noël ensemble au nouveau domicile de Tom Kindle. Tout le monde était le bienvenu, même les Contactés, et en particulier la famille. Matt proposa à Rachel de l’accompagner, mais elle refusa.
Il se rendit à la réception sous une pluie battante qui semblait se déverser de l’enfer et emprunta des rues que le froid avait craquelées et défoncées. Si ça se trouve, il serait le seul assez fou pour avoir bravé la tempête. Mais d’autres voitures étaient garées devant la maison. Kindle lui ouvrit la porte, lui prit son manteau et l’informa que, en fait, les dix membres du comité étaient venus, mais seuls.
— Rien que nous, les êtres humains. C’est sûrement pas plus mal. Allez, venez, Matthew. Tout le monde est arrivé de bonne heure, sans doute à cause du temps. Abby est ici depuis midi pour installer ces conneries de fanfreluches, en plus du petit sapin en plastique dans le coin. Il a fallu que je mette des guirlandes dessus.
— Ce doit être joli comme tout.
— J’ai l’impression qu’elle a dévalisé le rayon entier du magasin, oui. Mais j’ai rien pu faire pour l’arrêter.
Matt se souvint de l’habit de fête que portait traditionnellement Buchanan à Noël – les clochettes d’argent suspendues en travers des rues, les rameaux de pin sur les réverbères…
— Le punch est par là, annonça Kindle, mais ne vous défoncez pas dessus. Il y a une dinde dans le four et on attend des appels radio de l’Est. Ce serait tout de même moche qu’on passe pour une bande de pochards.
Le dîner se déroula dans une excellente ambiance. Même Paul Jacopetti, pour l’occasion, avait mis de l’eau dans son vin. Matt était assis entre Chuck Makepeace, qui lança l’idée d’une visite de fin d’année aux compagnies d’eau et d’électricité, et Abby Cushman qui passait son temps à la cuisine entre deux plats.
Matt remarqua la façon dont elle papillonnait autour de Tom Kindle ; elle le servait généreusement et quémandait sans cesse son avis sur la sauce, les légumes, le pudding.
— C’est vraiment très bon, Abby, disait Kindle. Il y a longtemps que je ne me suis pas autant régalé.
Elle avait un mari et deux petits-fils, songea Matt, mais elle les avait perdus, comme lui avait perdu Rachel. Quoi d’étonnant, en conséquence, à ce qu’elle ait adopté le comité, et Tom Kindle en particulier ?
Il eut une pensée brève et sobre pour Annie Gates. Il ne lui avait pas parlé depuis des mois. Il s’était refusé à prononcer les mots évidents : Au revoir, bonne chance, je t’ai aimée à ma façon, mais tu n’es plus humaine. Le silence était bien préférable à toutes ces paroles désormais dénuées de sens.
Abby recruta Paul Jacopetti, Bob Ganish et une Beth Porter réticente pour la vaisselle. Tous les autres se retirèrent au salon. Joey Commoner s’installa devant la radio et parcourut les ondes en quête d’éventuelles présences, en attendant le rendez-vous prévu pour 20 heures, heure locale.
Kindle prit Matt à part.
— Cette Abby… c’est un véritable pot de colle. Elle est passée trois fois cette semaine. Pour bavarder, rien de plus. Et elle apporte à manger. Matthew, elle fait elle-même ses gâteaux, vous vous rendez compte !
— Elle a vraiment l’air très gentille.
— Mais oui, elle est gentille. C’est bien le problème. Elle parle de sa famille – qu’elle ne voit plus. C’est dur, pour elle, bien sûr, et elle a besoin de se raccrocher à quelqu’un. Mais je ne suis qu’un homme, moi. Il y a des lustres que je n’ai pas eu de femme autour de moi, à part quelques samedis soir en ville, et même ça, évidemment, c’est fini depuis Contact. Alors je me dis… bon, d’accord, Abby est adorable, mais… je ne peux pas lui faire ça. Ce ne serait pas juste.
— Pourquoi pas ?
— Parce que je vais partir. Le seul avantage de vieillir, c’est qu’on apprend à se connaître. J’ai déjà été marié, une fois – une petite Indienne du Canada. Notre idylle a duré six mois. On peut dire que j’ai battu mon record d’endurance. Elle est retournée dans sa réserve, et moi j’ai vite retraversé la frontière. Je ne partirai sans doute pas ce mois-ci ; je serai peut-être encore là un mois ou deux, mais de toute façon je partirai. Et Abby n’a vraiment pas besoin qu’on l’abandonne une fois de plus.
— Vous devriez lui dire franchement.
— Merci du conseil. Ce serait peut-être aussi simple et moins cruel de l’assommer d’un coup de gourdin.
— Eh bien, ne partez pas. C’est une autre solution.
— Mmmh.
— En plus, vous êtes utile, ici.
— C’est ça. Aussi utile qu’une béquille en caoutchouc. À propos, je boite toujours. C’est normal ?
— Vous boiterez encore quelque temps. Mais ne sous-estimez pas votre contribution, Tom. Le comité n’existerait pas, sans vous. Et la radio a énormément remonté le moral de tout le monde.
— C’est surtout le travail de Joey.
— Oui, eh bien justement. Joey est en train de devenir humain. Vous le traitez avec un certain respect, et c’est nouveau, pour lui.
— Vous avez vu son tatouage ?
Matt acquiesça.
— « Minable », dit Kindle. Vous pensez qu’il y croit vraiment ?
Matt avait déjà réfléchi à cette question. Il ne connaissait pas particulièrement bien Joey Commoner qui devait avoir dix-huit ans quand il s’était fait graver ce mot à l’encre sous sa peau. Mais c’est exactement ce à quoi on pouvait s’attendre de la part d’un gosse révolté de cet âge.
— Il peut très bien le croire, oui…
Kindle secoua la tête.
— Merde, il manquait plus que ça. Je n’ai pas demandé à avoir une femme, moi… et encore moins un gosse, bordel !