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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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C’était le silence de Detroit et de Chicago, le silence de Washington, le silence de Ceylan et de Bagdad, le silence de Pékin et de Londres.

On a dû être l’espèce la plus bavarde qui soit depuis des millénaires, songea Kindle, et ce soir, la Terre était aussi silencieuse qu’une église vide.

Il crut entendre des voix mêlées aux parasites, mais quand Joey se tourna, il ne distingua plus rien.

— Essaie de lancer un appel, suggéra Kindle.

Joey prit le micro et s’éclaircit la voix.

— Appel à tous. Appel à tous, dit-il avant de couvrir le micro de sa main. Je me sens con.

— C’est ce qui arrive à tout le monde la première fois. Continue.

— Appelle bande vingt mètres. Ici…

De nouveau, il couvrit le micro.

— On n’a pas de numéro d’appel.

— Donne ton nom, ça suffira. Dis qu’on est en Oregon.

— Ici Joseph Commoner à Buchanan, Oregon. Appelle bande vingt mètres.

Joseph ?

— Si quelqu’un m’entend, qu’il réponde. Appel à tous.

Au bout de deux heures de cet exercice, Kindle annonça à Joey qu’il allait se coucher.

— Quand t’en auras marre, tu pourras prendre la chaise longue, si tu veux.

Non que Joey montrât quelque disposition à dormir. Il poursuivit ses appels, une lueur obsessionnelle dans les yeux.

Kindle se brossa les dents et s’allongea sur le matelas qu’il était allé chercher au centre commercial. La voix sourde de Joey dans l’autre pièce le berça un temps.

Il songea à l’antenne, aux messages que Joey lançait sur les ondes dans la nuit noire. Loup y es-tu ? Où es-tu ?

Cette idée lui donnait le frisson.

Kindle se leva à l’aube. Joey, dans le salon, recroquevillé en chien de fusil sur la chaise longue, dormit jusqu’à midi. Une fois debout, il rejoignit Kindle dans la cuisine, l’air suffisant.

— Alors, qu’est-ce que ça a donné, cette nuit ?

— Oh, j’ai discuté avec deux types.

Du coin de l’œil, il guetta la réaction de Kindle. Il ne fut pas déçu, le vieux sursauta.

— C’est vrai ? Qui ?

— Un type, un radioamateur, à Toronto. C’est bien au Canada, hein ?

— À moins que ça ait changé depuis la dernière fois où j’ai regardé une carte… Qu’est-ce qui se passe, à Toronto ?

— Apparemment, la situation est pratiquement la même qu’ici. On doit se rappeler ce soir. Vous pourrez lui demander vous-même. Et un autre type de Géorgie.

— Du Sud, alors ?

— Oui, enfin, il voyage pas mal, dit Joey. C’est un colonel. Il s’appelle Tyler.

Quelques nuits plus tard, Kindle suivit le match final des championnats sur sa télé couleurs.

Les Tigers contre les Cubs, exactement comme il l’avait prédit. Le match fut retransmis sans commentaires. Sinistre. Le silence n’était rompu que par le bruit de la balle rebondissant sur la batte et le murmure d’un public réduit.

Detroit remporta la victoire par 2 à 1 au onzième inning.

Le score final resta inscrit quelques secondes sur l’écran qui redevint gris, grêlé de parasites.

Le programme télévisé était terminé pour ce soir.

Pour ce soir et pour l’éternité.

Il téléphona à Matt Wheeler et lui annonça son intention de rester jusqu’à Noël.

20

Noël

Matt Wheeler ne voyait plus sa fille que de loin en loin. Elle s’absentait toujours plus à mesure que l’hiver s’installait. Et ne l’informait que rarement de ses allées et venues ou de l’endroit où elle passait la nuit. Matt le lui demandait tout aussi rarement.

Il leur arrivait toutefois de parler. Rachel faisait des efforts, il le reconnaissait, mais l’un et l’autre restaient impuissants devant le mur invisible qui s’élevait chaque jour un peu plus entre eux.

— Papa, lui dit-elle un jour, il faut que tu parles au Serveur.

Matt resta interloqué. Quoi ? Parler à ce… cette statue ?

Le Serveur s’était posté au beau milieu de la place de la mairie depuis des semaines, telle une sinistre sculpture abstraite. Et, a priori, il n’avait pas l’air plus bavard qu’un bloc de marbre.

— Si tu lui parles, dit Rachel, il te répondra.

— C’est un peu difficile à croire, non ?

— Il faut que tu lui parles, insista-t-elle. Il pourra te fournir des informations qui ne sont pas de mon ressort, et il sera toujours là quand je serai partie. C’est à ça qu’il sert.

La pluie faisait désormais partie du décor. Le jour où il ferma l’hôpital, le 2 décembre, Matt fixa une affichette sur l’entrée des urgences où son nom et son numéro de téléphone figuraient en lettres rouges sous une enveloppe de plastique. On pourrait ainsi le joindre chez lui ou dans sa voiture, dans la mesure où le service téléphonique continuerait à fonctionner. Il avait envisagé la possibilité d’organiser un service médical mobile dans une ambulance mais apparemment rien ne pressait. Le matériel hospitalier était intact et à sa disposition si le besoin s’en faisait sentir. Mais qui sait si, d’ici à quelque temps, la ville n’aurait pas épuisé ses réserves de médicaments, de seringues stériles, voire de médecins.

Songeant à ce que Rachel lui avait dit, il s’arrêta en chemin sur la place de la mairie.

Le centre du vaste rond-point avait été aménagé en jardin public, avec une superbe pelouse, une fontaine et une plaque commémorant la fondation de la ville. La bataille de Willy s’était en grande partie déroulée à cet endroit.

Le Serveur était installé là. Il avait flotté jusqu’à la ville en empruntant la route de la côte, tourné sur l’avenue Marine, glissé silencieusement devant l’immeuble Marshall où se trouvait le cabinet de Matt pour, enfin, se poser sur la pelouse de la place et ne plus en bouger.

Matt descendit de voiture et s’avança jusqu’à lui. La pluie glacée le fit frissonner.

Il s’arrêta non loin du Serveur, à une distance malgré tout prudente. Sa taille l’intimidait ; il faisait bien deux mètres vingt de haut. Et sa surface mate, aussi, sur laquelle, curieusement, la pluie ne semblait pas avoir de prise.

Ils l’appelaient Serveur. Un nom grotesque mais sans doute approprié. Un nom qui suggérait une générosité retorse, totalitaire – le geste dénué de sens d’un pouvoir dénué d’humour.

Lui parler ?

Impossible.

Il s’attarda un instant encore dans le square, écoutant la pluie tomber sur le sol détrempé, les yeux perdus sur les nuages escamotant le sommet du mont Buchanan. Puis il rebroussa chemin vers sa voiture.

Il va y avoir des temps difficiles. Rachel lança cet avertissement quelques jours plus tard.

— Les Voyageurs s’occupent de la planète, dit-elle.

Et Matt sentit la peur sourdre du tréfonds de son être. Ce n’était pas tant ce qu’elle avait dit – encore qu’en soi l’information ne prédisposât guère à la tranquillité d’esprit – que la façon dont elle s’était exprimée : sans préambule, et d’un ton qui, à lui seul, semblait annonciateur de catastrophes.

Ils étaient assis dans le salon, face à la fenêtre donnant sur une lointaine crête hérissée de Douglas drapés dans leur sombre fourrure d’hiver. C’était un de ces petits matins de décembre tristes et pluvieux.

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