L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
— M’ont pas l’air cassées, dit l’homme.
— R’gardez donc comme il remue des pattes. Elles sont pas cassées. »
C’était vrai, Fink ne se tordait plus seulement du haut du corps, ses jambes gigotaient à présent autant que le reste.
Un gars l’aida à se remettre sur ses pieds. Fink chancela, faillit tomber, s’appuya sur le fort en gueule pour se retenir et barbouilla sa chemise du sang qui lui coulait du nez. Les autres se dispersèrent.
« Un gamin, murmura l’un d’eux.
— On dirait un chiot, à hurler comme ça.
— Un grand bébé.
— Mike Fink, tu parles… Mike Frousse, oui » Puis un gloussement.
Alvin, près du chariot, remit sa chemise puis s’assit sur le siège pour enfiler ses chaussettes et ses souliers. Il leva les yeux et vit la lady qui le regardait. Elle n’était pas éloignée de plus de six pieds car le chariot du forgeron avait été rapproché au bord du quai de chargement. Son visage revêche exprimait le dégoût. Alvin se dit qu’elle devait le trouver sale. Il n’aurait peut-être pas dû remettre sa chemise tout de suite, mais d’un autre côté, c’était impoli aussi de rester sans chemise devant une lady. De fait, les citadins, surtout les docteurs et les hommes de loi, ils avaient honte de se montrer en public sans manteau, gilet ni foulard comme il faut. Les pauvres ne portaient généralement pas de linge pareil, et un apprenti se donnerait des airs s’il s’habillait comme ça. Mais une chemise… il fallait qu’il l’ait sur lui, crasseux de poussière ou non.
« ’mande pardon, m’dame, dit-il. J’me laverai quand j’serai rentré chez moi.
— Vous vous laverez ? demanda-t-elle. Est-ce que vous vous laverez de votre bestialité par la même occasion ?
— M’est avis que j’connais pas, j’ai jamais entendu ce mot-là.
— Je suppose que non, dit-elle. Bestialité. Du mot bestial. Qui vient de bête, animal. »
Alvin se sentit rougir de colère. « P’t-être bien. P’t-être que j’aurais dû les laisser causer d’vous comme ils voulaient.
— Je ne leur prêtais pas attention. Ils ne me gênaient pas. Vous n’aviez pas besoin de me protéger, surtout pas de cette façon. Vous mettre nu pour vous rouler dans la saleté. Vous êtes couvert de sang. »
Alvin savait à peine quoi répondre, elle était si prétentieuse et butée. « J’étais pas nu », dit-il. Puis il sourit. « Et c’est son sang, à lui.
— Et vous en êtes fier ? »
Oui, par le fait. Mais il savait que s’il le reconnaissait, ça le rabaisserait aux yeux de la lady. Bon, et quand bien même ? Qu’en avait-il à faire de ce qu’elle pensait de lui ? Pourtant, il se tut.
Dans le silence qui s’établit entre eux, il entendit derrière lui les rats de rivière huer Fink, lequel ne hurlait plus mais ne disait pas grand-chose pour autant. Malheureusement, ils ne s’intéressaient pas seulement à Fink, maintenant.
« Le p’tit villageois s’prend pour un costaud.
— P’t-être qu’on devrait y faire voir c’que c’est qu’une vraie bagarre.
— On verra bien si son amie la lady joue toujours les pimbêches. »
Alvin ne pouvait prédire l’avenir, mais il n’y avait pas besoin d’être torche pour deviner ce qui allait se passer. Al avait ses bottes aux pieds, son cheval était attelé, et il était temps de partir. Mais elle avait beau faire la prétentieuse, il n’allait pas abandonner la lady. Il savait que les rats de rivière la prendraient maintenant pour cible, et même si elle croyait ne pas avoir besoin de protection, il savait aussi que ces hommes venaient d’assister à la défaite et à l’humiliation de leur meilleur lutteur, tout ça par sa faute à elle, ce qui voulait dire qu’elle risquait de voir tous ses bagages balancés à l’eau et de se retrouver étalée par terre, sinon pire.
« Devriez monter, dit Alvin.
— Je me demande ce qui vous permet de me donner des directives comme à un vulgaire… Qu’est-ce que vous faites ? »
Alvin jetait sa malle et ses sacs à l’arrière du chariot. Ça lui paraissait si évident qu’il ne prit pas la peine de répondre.
« Je crois que vous me volez, monsieur !
— Tout juste, si vous montez pas », dit Alvin.
Les rats de rivière s’attroupaient à présent autour du chariot, et l’un d’eux tenait le harnais du cheval. La lady jeta un regard circulaire, et son expression courroucée changea. Un tout petit peu. Elle souleva le pied et quitta le quai pour rejoindre Alvin qui lui prit la main pour l’aider à s’installer sur le siège. Le rat de rivière fort en gueule se trouvait à côté, appuyé contre le chariot ; il arborait un large sourire.
« T’as battu l’un d’nous autres, l’forgeron, mais tu pourrais-t-y nous battre tous ? »
Alvin se borna à le fixer du regard. Il se concentrait sur l’homme qui tenait le cheval ; il lui chauffa brusquement la main comme si une centaine d’aiguilles la transperçaient. L’homme cria de douleur et lâcha l’animal. Le fort en gueule détourna son regard vers l’origine du cri, et au même moment Alvin lui flanqua un coup de botte dans l’oreille. Le coup ne valait pas grand-chose mais de toute façon l’oreille ne valait pas mieux, et l’homme se retrouva le derrière par terre à se tenir la tête.
« Allez, hue ! » s’écria Alvin.
Le cheval, obéissant, fonça en avant… et le chariot se déplaça d’un pouce. Puis d’un second. Difficile de faire avancer vite un chargement de fer, du moins d’un coup. Alvin s’arrangea pour que les roues tournent régulièrement, facilement, mais il ne pouvait rien faire pour le poids du chariot ni la force du cheval. Le temps que l’animal commence à bouger, le chariot était devenu beaucoup plus lourd à cause des rats de rivière qui s’y agrippaient, le tiraient en arrière, grimpaient à bord.
Alvin se retourna et fit claquer son fouet dans leur direction. Le fouet, c’était du simulacre car il n’en toucha pas un seul. Pourtant, ils tombèrent tous ou lâchèrent prise comme s’il les avait vraiment atteints ou du moins effrayés. Ce qui s’était en réalité passé, c’est que brusquement le bois du chariot était devenu glissant, comme enduit de graisse. Il n’y avait plus moyen de le tenir. Ils s’écroulèrent donc dans la poussière de la route, et le chariot bondit en avant.
Ce n’était pourtant pas terminé. En effet, Alvin devait effectuer un demi-tour et repasser devant eux pour remonter la route conduisant à Hatrack River. Il se demandait comment il allait s’y prendre lorsqu’il entendit partir un coup de feu, aussi fort qu’un coup de canon, dont l’écho resta suspendu dans l’air chaud et lourd de l’été. Une fois son demi-tour effectué, il aperçut le buraliste qui était sorti sur le quai, sa femme derrière lui. Il tenait un mousquet tandis qu’elle rechargeait celui qu’il venait d’utiliser.
« M’est avis qu’la plupart du temps on s’entend plutôt bien, les gars, dit le buraliste. Mais aujourd’hui vous avez pas l’air de comprendre que vous avez été battus à la loyale. Alors je m’dis que c’est l’moment d’vous r’mettre à l’ombre, par rapport que si vous faites un pas d’plusse vers ce chariot, ceux-là qui mourront pas d’chevrotine passeront en jugement à Hatrack River, et si vous vous figurez qu’ça coûtera pas cher d’attaquer un p’tit gars du coin et la nouvelle maîtresse d’école, alors c’est qu’vous êtes aussi couillons qu’vous en avez l’air. »
Le discours était plutôt bref, mais il fit davantage d’effet que la plupart de ceux qu’Alvin avait entendus jusque-là. Les rats de rivière retournèrent s’installer à l’ombre, s’envoyèrent deux ou trois longues rasades d’un cruchon et regardèrent Al et la lady d’un air franchement renfrogné. Le buraliste réintégra son poste avant même que le chariot ait tourné au coin pour reprendre la route du village.