Peur sur Montmartre
- Автор: Rivière Maryse
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Fayard
- ISBN: 978-2213693811
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
Trente minutes plus tard, les pompiers et une poignée de policiers en uniforme s’activaient au pied des marches qui flanquaient Le Montmartrois. Des véhicules de police à la queue leu leu stationnaient sur la chaussée. De nombreuses fenêtres s’étaient éclairées au bruit des sirènes et des têtes apparaissaient aux étages des façades comme les petits personnages d’un calendrier de l’Avent. Les pompiers travaillaient dans le calme. Aucun signe de nervosité ne se manifestait à travers leurs gestes, car ils savaient déjà que la jeune fille était perdue. La victime, Karine Boucher, était une jeune provinciale originaire de Figeac, petite ville du Lot, d’après sa carte d’identité. Elle avait dix-huit ans. Karine avait été tuée par strangulation. Une petite tête était dessinée au feutre sur sa joue : le koun-miougou.
Personne n’avait envie de parler. Le jeune serveur et Ti Hong se tenaient à bonne distance, hébétés, également muets, les galettes des rois ensachées posées à leurs pieds. Des bruits encore feutrés signalaient que la ville s’éveillait lentement en ce dimanche. Tous les responsables avaient été contactés. D’ici quelques minutes, une trentaine de personnes s’affaireraient autour de l’épicentre du nouveau séisme. Toute une logistique se mettait de nouveau en place. Le préfet, averti, était inquiet : la population supporterait-elle un homicide supplémentaire ? Sur le terrain, un groupe de la brigade assistait aux opérations de la police scientifique, protégée par un large cordon de sécurité autour duquel curieux, journalistes et personnalités s’agglutinaient d’heure en heure. Monsieur le préfet et le maire du 18e arrondissement arrivèrent sur les lieux, une expression tourmentée sur le visage. À 10 heures, le ministre appelait le directeur central de la PJ qui répercuta la pression sur Saulieu et Ughetti. Pichot appela Escoffier chez lui pour lui annoncer le nouveau drame.
Il était midi quand le commissaire, la voie enrouée, convoqua par téléphone les chefs de groupe et les procéduriers travaillant sur l’affaire. C’était inhabituel, un dimanche.
— Laissons le labo travailler en paix sur le cas de Karine Boucher, dit-il d’une voix lasse. Tout porte à croire que notre homme continuera de sévir si nous ne lui mettons pas le grappin dessus rapidement. Il est arrogant, ce salaud ! Par ce nouveau crime, il nous nargue, nous signifie que nous n’avons toujours pas été capables de l’identifier, que nous faisons fausse route. Nicolas Trouvé est à présent innocenté. J’ai pris la décision de faire passer tous les témoins aux tests ADN. Brangier travaillera sur le dernier cadavre. Trois groupes sont mobilisés sur la même affaire à présent, je n’ai jamais vu ça !
Dans l’après-midi, on en savait un peu plus sur la victime. Karine Boucher, montée à Paris pour un entretien d’embauche, avait été hébergée par une amie qui habitait rue des Vinaigriers, dans le 10e arrondissement. Les deux amies avaient fait le tour des boîtes de Montmartre, le samedi soir. Karine avait quitté Le Papayou, une boîte de salsa, un peu après 3 heures du matin. Le videur croate était formel : la jeune fille était seule en quittant la boîte de nuit. Elle avait un peu bu, beaucoup fumé, mais personne ne l’accompagnait à sa sortie. Son amie avait continué à danser jusqu’à 5 heures du matin, heure de fermeture du club. Entre 3 heures et 5 heures, on pouvait reconstituer assez facilement l’emploi du temps de Karine. Le Papayou se trouvait à mi-hauteur de la butte, dans une rue sans issue. En sortant de la discothèque, la jeune fille avait utilisé les marches descendant sur la rue Custine, soit pour héler un taxi, soit pour rejoindre les grands axes à pied. Entre la sortie de la discothèque et la rue Custine, elle avait croisé le tueur qui ne lui avait laissé aucune chance. La mise à mort avait eu lieu sur la dernière marche, au pied du Montmartrois entre 3 h 30 et 5 heures du matin. Sans doute, l’assassin avait-il guetté sa proie. Dans les immeubles qui surplombaient les marches, personne n’avait rien entendu. Le tueur avait agi dans la plus grande discrétion et s’était glissé dans la nuit finissante, comme une anguille.
Le lundi matin, un journal annonçait, en grosses lettres, en un titre à la fois pathétique et ridicule : La souris a encore frappé !
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Le commissaire s’y reprit à deux fois pour tracer des cercles sur le paper-board, à l’intérieur desquels il rangea les proches, les amis et les contacts professionnels de l’éditrice. Il fit de même pour la petite Laurette, puis pour la dernière victime, Karine Boucher, dont le réseau relationnel n’avait pas encore été exploré en totalité. Les cercles autour du Polonais SDF restaient désespérément vides, ceux de Nadine Pascoli se multipliaient au fil des jours. Ughetti donna des directives à ses chefs de groupe qui répartirent les tâches. Les convocations au 36 se succédaient sans apporter d’éclairage nouveau. On attendait les parents de Karine pour le début de soirée.
Lebrognec était un témoin de premier plan puisqu’il ne ratait aucune des soirées privées de l’éditrice. Servait-il de rabatteur ou était-il un simple participant ? C’est ce que les enquêteurs espéraient apprendre en le convoquant une nouvelle fois. Le dossier de Victor s’était alourdi depuis qu’il était accusé de complicité de recel d’une œuvre d’art.
En dépit de la température glaciale, Victor Lebrognec franchit le porche du 36, en nage. Il suait encore à grosses gouttes, quand Pichot l’invita à s’asseoir face à Chupin qui jouait au scribe sur ordinateur. Ughetti était présent. Sur la défensive, le brocanteur allégua, en se dandinant sur sa chaise, qu’il disposait de plusieurs alibis, que différents témoins pouvaient le disculper pour chaque crime commis. Pichot s’en amusa :
— On est bien content pour vous, monsieur Lebrognec, néanmoins vous avez menti à plusieurs reprises, ce qui va vous créer pas mal de problèmes avec la justice. Il faudra vous expliquer devant le juge. Par exemple, vous avez omis de nous dire que vous connaissiez l’existence de Nicolas Trouvé, le fils de Mme Pascoli. Quant aux partouzes chez l’éditrice, silence radio. Je ne parle même pas de cette statuette que vous a confiée l’un de vos soi-disant amis, vous ignoriez sans doute que l’objet avait été… subtilisé dans un musée ?
Le bonhomme soufflait en lançant des regards inquiets. Pichot tapa du poing sur le bureau et approcha son visage tout près du sien.
— On veut savoir si le tueur faisait partie de vos fines équipes. Tout le reste, Lebrognec, nous, ici, on s’en fout.
Le brocanteur émit un gémissement plaintif en s’essuyant le front d’un revers de manche. Des signes apparents de stress envahissaient son corps : ses yeux brillaient, des spasmes nerveux le traversaient et il déglutissait sans arrêt.
Le brigadier Loyrette fit une incursion pour transmettre que le juge voulait parler au commissaire le plus rapidement possible. Ughetti le congédia gentiment.
— Vous allez vous montrer coopératif, Lebrognec, dit-il, prenant la relève. Je veux une liste de noms, une description détaillée des personnes qui participaient aux soirées privées de Nadine Pascoli. On a cru comprendre que vous ne ratiez aucune des festivités, n’est-ce pas ?
Le brocanteur murmura :
— Je vais tout vous dire, pas la peine de crier.
Ughetti et Pichot échangèrent un regard complice.
Dans la pièce voisine, Arrosteguy, seul, épluchait les procès-verbaux, noyant ses dossiers d’une épaisse fumée vanillée, et buvant son cinquième café. Il suivait en même temps le déroulement de l’audition de Lebrognec sur un ordinateur en réseau avec les autres appareils, au fur et à mesure que Chupin entrait les données. Sur son bureau traînait la photo de Lavigne entouré de ses amis, devant la cave à vins : « la bande des quatre » au temps béni de l’amitié insouciante. Une fois encore, son regard s’attarda sur les visages souriants et le procédurier se demanda lequel des quatre mentait le plus effrontément.