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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Louis souffre chaque jour le martyre mais il poursuit son ouvrage sans se plaindre une seule seconde. Le 31 juillet, il prend même beaucoup de plaisir à célébrer avec toute l’équipe du film son cinquantième anniversaire. Mais pour lui, plus question de jouer les monte-en-l’air ! Il serait bien incapable, comme le fera Mylène Demongeot, de s’asseoir aux côtés de Gil Delamare conduisant une voiture sans freins et parvenant à se faufiler entre deux camions. Au soir du 25 août, Louis dit au revoir à Fantômas. Il a rempli son contrat et il prépare déjà ses valises afin de rejoindre Gérard Oury à Naples, où cinq jours plus tard doit commencer le tournage du Corniaud. Quand il sera sur place en compagnie de Jeanne, il aura été précédé par quatre-vingts techniciens et surtout trois voitures : une Jaguar verte pour Saroyan, une Cadillac DeVille blanche pour Maréchal et une Austin rouge pour les poursuivants. Tout est donc fin prêt pour donner le premier tour de manivelle. Tout… sauf l’imprévu ! Le 31 août, le fils de Serge Vallin, le premier assistant de Gérard Oury, emprunte la Jaguar histoire d’aller faire la java à Rome. Le garnement, à peine âgé de 16 ans, termine sa virée en percutant un poids lourd. Il s’en tire avec une fracture de la jambe, mais le bolide est en miettes. Force est de commander une autre Jaguar à Paris. Il faut la peindre, la truquer et l’adapter aux conditions techniques du tournage. Cela nécessite au moins quinze jours ! Oury, contraint de modifier son plan de travail, donne quartier libre à Louis qui en profite pour aller visiter Rome avec Jeanne, muni de sa précieuse petite caméra afin de fixer sur la pellicule monuments et scènes de la vie quotidienne italienne. Louis a depuis bien des années cette sympathique marotte : mettre en images tout ce qu’il trouve à son goût sans autre souci que d’immortaliser des moments intimes. De simples films amateurs, en veillant à ne pas trembler, car il a toujours en mémoire les conseils éclairés de Germaine Dulac. Louis filmera ainsi jusqu’à ses derniers instants aussi bien des réunions de famille que la beauté de ses fleurs à Saint-Clair-sur-Epte, à Deauville ou, plus tard, dans sa demeure de Clermont. Pour l’heure, il est dans la Ville éternelle tandis qu’à Naples Gérard Oury tourne plusieurs scènes avec Bourvil dans sa Cadillac.

Pendant ce temps, à Paris, Le Gendarme de Saint-Tropez affronte l’avis des spectateurs. Sorti le 11 septembre 1964 dans sept salles parisiennes, le film de Girault n’a guère eu les faveurs de la presse. On signale tout juste sa présence sur les écrans. Mais les jours suivants, il en va tout autrement. Du Parisien libéré à L’Aurore en passant par La Croix, les journalistes ne tarissent pas d’éloges. On écrit ici que « c’est la très bonne surprise de la rentrée  », ailleurs que « de Funès amuse vraiment sans jamais déchoir  », que « l’on est surpris par la gaieté et le rythme  », que « son petit côté boy-scout et canular est rafraîchissant  », etc. La critique est bonne, voire enthousiaste, et ce « petit film » sans prétention a immédiatement les faveurs du public. Un formidable bouche-à-oreille fait le reste. Il faut absolument avoir vu dans ses œuvres le maréchal des logis-chef Ludovic Cruchot. Dès la première semaine, Le Gendarme devient un phénomène écrasant tout sur son passage, y compris le très attendu Quatre garçons dans le vent avec les Beatles. On préfère de très loin la petite musique de De Funès et de ses compères. Un succès énorme, auquel personne ne s’attendait, et qui doit beaucoup à son interprète principal, offrant là un bel exemple de ce qu’il faut faire pour faire rire sans vulgarité. Alors que le scénario dévide mollement ses blagues de corps de garde, « soudain et le plus souvent sans rime ni raison, Louis de Funès devient une machine à grimaces, à éructations, à gesticulations, quelque chose d’à peine humain et d’un peu effrayant, d’une vacherie noire qui entrebâille des abîmes, loin, très loin de l’anodine farce qui était en train de se dérouler », souligne Jean-Michel Frodon[279]. Louis de Funès avec ce Gendarme rajeunit à sa façon l’univers du cinéma comique français, renvoyant au rayon de la « préhistoire » les pantalonnades d’un Fernandel ou d’un Darry Cowl. Non seulement Louis de Funès trouve un emploi à sa démesure, mais surtout il crée un personnage immédiatement identifiable et familier. Qui l’eût cru ? Certainement pas le comédien qui, averti de l’impact de sa prestation, n’en croit pas ses oreilles. Il ne le dit à personne, mais il n’est pas loin de penser qu’il tient là une belle revanche sur l’incurie de certains producteurs qui ne croyaient pas une seule seconde qu’il était capable d’attirer les foules sur son seul nom. Et dire qu’on l’a engagé faute de trouver quelqu’un d’autre… Engagé en désespoir de cause et désormais salué par le public — celui qui a toujours raison — comme l’acteur le plus drôle de France ! À ce moment, Louis de Funès n’imagine pas davantage que ce Cruchot va lui coller à la peau pour un sacré bout de temps.

Il est vrai, aussi, que lors du tournage du Gendarme de Saint-Tropez, Richard Balducci, Jean Girault, Jacques Vilfrid, Louis de Funès et Gérard Beytout envisageaient déjà — au cas où Cruchot connaîtrait un accueil honorable — de travailler sur un second opus. La réussite étant plus qu’au rendez-vous, les uns et les autres se mettent immédiatement au travail avec l’idée de faire voyager le désormais célèbre pandore. Sera-ce Mexico, Tokyo ou New York ? Nul n’en a encore la moindre idée et surtout pas Louis qui vient de revenir à Naples rejoindre un Gérard Oury pestant contre les éléments. De mémoire d’Italien, on n’a jamais vu un mois de septembre aussi pourri. Tempête, pluies diluviennes, coupures d’électricité. Victime des intempéries, Oury est si souvent en rade que son producteur commence à prendre eau de toutes parts. « Tu dépasses, je n’ai plus d’argent », hurle Dorfmann qui doit emprunter au casino de Monte-Carlo afin de sauver Le Corniaud au prix d’affolantes acrobaties financières. Heureusement, tout finit par rentrer dans l’ordre et l’équipe œuvre efficacement, jusqu’au jour où Gérard Oury veut se faire un petit plaisir : visionner les rushes des deux premières semaines. Il invite à la projection Bourvil, Louis et son épouse. Le boulot paraît bon, on se congratule, mais ni Louis ni Jeanne ne disent mot avant de se retirer. Oury réalise, un peu tard, qu’il vient de commettre une énorme gaffe. Il a convié Louis à regarder des scènes dont il est quasiment absent ! La réaction des de Funès ne va pas tarder.

Au soir, dans leur hôtel, le Résidence Palace, les de Funès passent au crible le scénario d’origine. Déjà, Jeanne avait remarqué que celui-ci favorisait Bourvil alors qu’à la signature du contrat, les deux comédiens devaient être traités à égalité. Si Louis, tout à son bonheur de jouer, ne s’en souciait pas plus que cela, Jeanne ne l’entend pas de cette oreille. Ils comparent minutieusement les plans des deux acteurs. Points rouges pour l’un, losanges verts pour l’autre. Diagramme à l’appui, il ne fait pas de doute qu’ils ont été trompés ! Le lendemain matin, sur l’insistance d’une Jeanne déterminée à ne pas lâcher prise, Gérard Oury est « convoqué » pour essuyer une volée de bois vert au petit déjeuner. Le cinéaste se défend comme il peut : « J’ai beau déployer toute ma force de persuasion, rien n’y fait. C’est vrai, j’en conviens, Bourvil a plus de texte que lui, mais tout ce qui est drôle visiblement appartient à de Funès et, à l’arrivée, j’en donnerais ma main à couper, chacun aura sa chance. Comment Louis ne le comprend-il pas, alors que tant de fois nous avons discuté de ce qui fait rire ou pas ? Trois pages de dialogues, il le sait, ne valent pas un gag résumé en une ligne. De Funès me sort alors cette phrase confondante : “Puisque c’est comme ça, je ne joue plus !” […] Et, en effet, Louis ne joue plus. Le visage vide de toute expression, il exécute simplement son contrat. Cette grève du masque ne durera que vingt-quatre heures. Il pense que son ami l’a trahi[280] », raconte Gérard Oury. Une affirmation nuancée par Patrick de Funès : « J’ai lu plus tard que mon père, un temps, se serait livré à une sorte de grève sur le tournage, refusant de jouer et se contentant d’une figuration passive. C’est inexact. […] Le connaissant, il est impensable qu’il ait pu décider de se montrer médiocre. Gérard [Oury] l’a bien expliqué : en réalité, durant cette très courte période, il ne joua plus que ce qui était écrit, se cantonnant strictement à son rôle d’acteur, sans plus chercher à inventer ni improviser[281] ». Quoi qu’il en soit, Jeanne et Louis ont gagné la partie : Gérard Oury, pour faire amende honorable, décide d’ajouter une scène. Celle de la douche. Pour cela, le réalisateur fait appel à ses souvenirs. Lors d’un voyage en Italie, quelques années plus tôt, avec le cinéaste François Reichenbach, il avait rencontré à Capri un couple étrange. Lui, un homosexuel américain maigrichon, elle, un colossal biquet français culturiste. L’opposition physique entre ces deux êtres dépasse à ses yeux les limites de la bouffonnerie. Ainsi va naître cette séquence burlesque où, étouffant de chaleur sous sa tente, Louis de Funès va se rafraîchir aux douches du camping. Là, il se trouve côte à côte avec Robert Duranton, figure emblématique du catch français, élu Monsieur Europe en 1953, au physique sculptural. Sous l’eau de la douche, Duranton bombe ses muscles et admire ses biceps, à la plus grande exaspération de De Funès. Grâce à ses talents de mime, Louis fera merveille dans cet épisode tourné au mois de décembre dans les studios de Saint-Maurice où la quasi-absence de dialogue fera mouche, en particulier dans les pays étrangers.

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279

Jean-Michel Frodon, op. cit., p. 166.

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280

Gérard Oury, op. cit., p. 215.

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281

Patrick de Funès, op. cit., pp. 144–145.

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