Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Arrivé sur le plateau, Louis ne manque jamais une occasion de parler avec les techniciens avant de prendre ses marques et d’attendre sous la chaleur des projecteurs qu’André Hunebelle l’appelle. Louis l’écoute religieusement avant que ne commencent les répétitions, où il mime sa scène plus qu’il ne la joue, guettant les regards des uns et des autres. Il peut ainsi mesurer s’il est sur le bon tempo avant que les mots magiques « Moteur, action ! » ne soient prononcés. Là, de Funès devient le commissaire Juve pour de vrai. Une prise, deux prises, trois prises… il n’est pas rare que Louis demande à Hunebelle de recommencer, ce qui a souvent le don d’agacer Jean Marais. « Entre de Funès et Jean Marais, cela ne collait pas, se souvient Mylène Demongeot[270]. Le second était bon dès les premières prises, alors que le premier avait besoin de s’échauffer. Du coup, ça bardait un peu entre les deux. Sinon, les tournages étaient très joyeux. » À ce propos, nombre de choses ont été écrites sur les rapports parfois tendus entre Louis de Funès et Jean Marais. Sur ce point, Jean Marais déclara en 1987 à Brigitte Kernel[271] : « Louis de Funès avait du talent. Il faisait rire. J’ai beaucoup travaillé avec lui. Il était d’ailleurs vedette, en 1964, dans Fantômas. Avant, lorsque nous tournions ensemble, il était un second rôle. Toujours drôle. Hélas, son talent était basé sur la mauvaise humeur. Et je n’aime pas les gens de mauvaise humeur. Louis de Funès a toujours été gentil avec moi. Pas toujours avec les autres… Non, il n’était pas toujours agréable. Mais je n’ai pas envie d’en parler… » Quelques années plus tard, il fut plus précis[272] : « Si, avec moi, il n’y a pas eu vraiment de problème, avec d’autres qui tenaient des petits rôles, il a été franchement odieux et je mesure mes mots. […] Louis avait en permanence l’air aigri, l’air de quelqu’un qui a une revanche à prendre. Je n’aime pas les gens déçus. » Ces propos ne manquèrent pas d’étonner Jeanne de Funès, comme le rapportent ses enfants[273] : « Jean Marais a dit et écrit des choses désagréables sur notre père vers la fin de sa vie. Ma mère en est tombée des nues : jamais une ombre n’avait effleuré leur collaboration. » Que se passa-t-il réellement et qu’est-ce qui provoqua ces propos aigres-doux ? Mylène Demongeot propose cette explication[274] : « Louis était en train de devenir une star. Il ne l’était pas encore alors que Jean Marais l’était depuis des années. Il ne faut pas oublier que toutes les jeunes filles de France s’étaient tricoté un pull médiéval après l’avoir vu dans L’Éternel Retour. Je crois que de Funès avait envie de se permettre plein de choses que se permettent les stars, mais sa morale catholique et espagnole l’en empêchait probablement. » Louis de Funès capricieux comme une star ? Difficile de le croire. Lui si respectueux de ses partenaires ! En vérité, l’unique raison pour laquelle Jean Marais se montra si peu aimable ne repose que sur un incident d’apparence bien anodin. « Un matin, nous arrivâmes ensemble à Boulogne, descendant chacun de notre taxi, se souvient le comédien[275]. Louis me dit bonjour d’une façon plus sèche qu’à l’habitude. Il n’avait pas l’air dans son assiette. Il maugréait comme s’il venait d’apprendre une mauvaise nouvelle. Et, surtout, il tenait un journal dans sa main et il n’arrêtait pas de le chiffonner… Je n’ai pas cherché à en savoir plus sur le moment. Mais, de toute la journée, il a été d’une humeur de chien, en particulier avec Jacques Dynam sur lequel il m’a donné l’impression de passer ses nerfs. En fin de journée, de Funès est parti sans dire au revoir à personne, ce qu’il ne faisait jamais. J’ai été voir Dynam qui m’a dit le fin mot de l’histoire. De Funès avait accordé une interview à une journaliste et elle avait complètement transformé ses propos. Dynam m’a simplement dit que cela touchait à sa vie privée et en particulier à l’enfant qu’il avait eu lors de son premier mariage, et qu’il en était furieux, et qu’il ne ferait plus confiance aux journalistes. Il avait certainement raison mais cela ne justifiait pas, à mes yeux, de se comporter de la sorte. Avec le recul, je me rends compte que je n’aurais pas dû, moi aussi, dire ce que j’ai dit sur lui, mais, que voulez-vous, il m’arrive aussi d’avoir mes humeurs ! »
Chacun sait que Jean Marais n’est pas homme à se fâcher pour un rien. Et, comme en témoigne encore Dominique Zardi[276] : « Il est inexact de dire que leurs rapports ne furent pas bons. Jean était charmant, honnête, merveilleux, gentil comme tout. Il a tout simplement été étonné par Louis. Il n’avait jusque-là fait que des petits rôles et il ne pensait pas qu’il pourrait tenir dans un grand rôle. […] Et ce fut là tout le génie d’Hunebelle. C’est qu’il avait compris, pour que cela marche, qu’il ne fallait mettre l’accent ni sur Fantômas ni sur Fandor, mais sur le commissaire Juve. D’ailleurs, Jeannot s’en était un peu étonné et il disait : “Mais pourquoi il y a tant de plans de Louis ?” Pareil pour Mylène Demongeot qui s’énervait car il ne respectait pas le plan de travail ! Et il a eu raison. Louis a explosé ! » On l’aura compris, ni querelles d’ego ni discussions vives ne viennent ternir l’ambiance. Pas plus qu’entre Louis et Hunebelle, même s’il leur arrive d’avoir une vision différente sur la façon de jouer une scène. Mais, à bout d’arguments l’un et l’autre, ils tournent finalement les deux versions… Et, au montage, il n’est pas rare que ce soit celle de De Funès qui soit retenue !
Chacun fait donc ses gammes en se pliant aux exigences de son rôle respectif. Mylène Demongeot s’en tient à son personnage de blonde ingénue, même si elle aurait aimé qu’il en soit autrement. Jean Marais se régale à exécuter lui-même les nombreuses cascades qui lui échoient. Quant à Louis, il se refuse à imposer son jeu physique d’éternel survolté même s’il lui arrive d’imprimer son tempo au point d’obliger son partenaire à forcer le trait, notamment dans la scène où Juve « cuisine » un Fandor goguenard. Louis s’amuse encore à mimer chez lui le soir devant Jeanne et les enfants la démarche de Jean Marais quand il doit courir et que Hunebelle l’interrompt en lui criant : « Jeannot, tu te dandines ! » Une façon de se mouvoir « plus proche de celle de Marilyn Monroe que de celle de Clark Gable… », souligne Patrick de Funès[277]. Tout va donc pour le mieux sauf le jour où Louis est censé être suspendu par les bras à une grue au-dessus de Paris. « En réalité, il ne se trouvait qu’à un mètre du sol, mais d’innombrables prises de vues l’avaient contraint à se balancer comme un quartier de viande plusieurs heures durant. Le lendemain matin, raconte encore Patrick de Funès[278], il renversa sa tasse de café au moment de la porter à ses lèvres. Incapable de lever les bras, il ne pouvait même plus s’habiller. Certains troncs nerveux, étirés par cette longue suspension, avaient provoqué une paralysie des muscles de l’épaule. Tout en suivant une rééducation, il continua à tourner, à demi privé de l’usage de ses membres supérieurs. Plusieurs années lui furent nécessaires pour venir à bout, en partie, de ce handicap. »
270
Mylène Demongeot à Éric Bureau in Le Parisien daté du 18 août 2009.
271
Op. cit., p. 114.
272
Jean Marais à l’auteur in Louis de Funès, le berger des roses, Éditions Ramsay (1991), pp. 117–118.
273
Op. cit., p. 142.
274
Mylène Demongeot à Bertrand Dicale, op. cit., p. 254.
275
Jean Marais à l’auteur. Propos recueillis le 7 octobre 1995.
276
Dominique Zardi à Franck et Jérôme in autourdelouisdefunes. Propos recueillis le 25 juin 2007.
277
Patrick de Funès, op. cit., p. 143.
278
Olivier de Funès, op. cit., pp. 142–143.