Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
De la pluie !
Une puissante averse, que dis-je, un véritable déluge déferlait sur nous et sur toute cette damnée planète ! Enfin, en tout cas, aussi loin que je pouvais voir. Des trombes d’eau s’abattaient du ciel, déversées par les premiers vrais nuages qu’il nous était donné de voir depuis notre départ de la Terre. Des nuages lourds, aux étranges teintes violacées, si sombres et si serrés qu’ils étaient parvenus à faire battre en retraite les rayons d’Alpha du Centaure, exploit que je ne pensais plus possible tant je m’étais résigné à vivre avec cette implacable fournaise au-dessus de ma tête.
Les gouttes de cette pluie que plus personne n’espérait étaient étonnamment grosses et le bruit mat qu’elles produisaient en frappant le sol causait un martèlement sonore impressionnant.
« Pas étonnant qu’on ait cru à un tremblement de terre ! » criai-je pour couvrir ce tumulte.
La plupart des évadés étaient sortis pour assister à l’événement, mais tous restaient bien à l’abri du grand rocher plat qui protégeait l’entrée de notre réseau en lui offrant un auvent naturel. Pas question de se mettre sous cette pluie tant qu’on ne savait pas de quoi elle était faite.
Et justement, quelques minutes plus tard, Pleslin, notre chimiste, arriva à son tour, transportant une longue perche métallique au bout de laquelle un récipient avait sommairement été fixé. Puis, tendant la perche à l’extérieur de l’auvent, il récupéra un peu de pluie qu’il ramena fébrilement à l’abri pour la poser par terre. Tout le monde se pressa autour de lui tandis qu’il plongeait dans le liquide une fine sonde blanche reliée à un appareil de mesure.
Personnellement, je n’avais nul besoin d’un quelconque testeur pour savoir que cette cataracte qui jaillissait du ciel était constituée d’eau véritable, je le sentais. Tout l’air était imprégné de cette odeur apaisante que les premières ondées dégagent après leur chute, cette odeur qui ressemble tant à une promesse de renouveau de la nature. Cela dit, je fus soulagé, comme tout le monde, lorsque notre chimiste annonça sobrement : « H20 ».
Toute l’assemblée accueillit la nouvelle en sifflant et criant de joie. N’y tenant plus, certains se jetèrent aussitôt – littéralement – à l’eau, sous cette pluie pourtant intimidante. Au début, ils poussèrent des cris de surprise en recevant des gouttes grosses comme des grêlons, mais rapidement, les rires succédèrent à l’appréhension.
« C’est comme de se faire rouer de coups par un enfant ! s’exclama quelqu’un.
— Ou comme un massage un peu musclé ! » lança un autre.
Quoi qu’il en soit, cela n’avait pas l’air désagréable et bientôt, la plupart d’entre nous se retrouvèrent à fêter l’arrivée de cette climatisation naturelle en dansant sous la pluie comme n’importe quelle bande de garnements.
Dire que le matin même, nous avions de la neige ! Peut-être était-ce là un cycle météorologique classique sur Akya du Centaure ? Une averse de neige nocturne précédant de quelques heures l’arrivée de la pluie.
Comme il nous restait certains préparatifs à terminer avant notre départ, je retournai avec Adelphe à l’entrepôt, bientôt rejoint par Tancrède et Liétaud. Nous achevâmes de réunir tout ce qui nous manquait encore, ainsi que des protections contre la pluie qui nous auraient fait gravement défaut si celle-ci n’avait pas eu l’obligeance de s’annoncer avant notre départ. Puis vint le temps de nous mettre en route.
L’état-major au complet nous attendait lorsque nous émergeâmes de l’entrepôt par le large boyau d’accès qui débouchait à l’abri sous l’auvent de pierre. La pluie tombait toujours, mais la plupart des autres étaient finalement rentrés vaquer à leurs occupations. J’arrêtai le buggy, puis en descendis pour serrer les mains de mes camarades.
Clotilde, qui semblait un peu émue, me pressa contre elle. Sur le moment, surpris, je n’eus guère de réaction et pourtant, mon esprit s’était brusquement emballé à ce contact.
« Bonne chance, me dit-elle près de l’oreille. Fais attention à toi. »
Perturbé par cette soudaine démonstration d’affection, je serrai bêtement les mains qu’il me restait à serrer, sans rien trouver de plus intelligent à dire qu’« au revoir ». Puis, autant pour me redonner une contenance que pour me rassurer, je lançai :
« Hé, les amis, ne faites pas cette tête ! Nous revenons demain. » Puis j’ajoutai en montrant Tancrède et Liétaud qui nous attendaient, juchés sur leur monture : « Ce sont ces deux-là qui vont courir tous les risques. Nous, nous allons nous contenter de désactiver deux ou trois capteurs de mouvement, c’est tout ! »
Tous s’agitèrent en opinant du chef, l’air de dire que je me faisais des idées et qu’ils ne s’inquiétaient pas du tout, pourtant ils avaient réussi à me rendre encore plus nerveux que je ne l’étais. Enfin, j’arrivai à Pascal et lui tendis la main. Mais au lieu de la saisir, celui-ci m’empoigna par les épaules et me serra à son tour dans ses bras.
« Espèce de con, me souffla-t-il, il fallait que tu te portes volontaire, hein ! Tu ne pouvais pas laisser ça à quelqu’un d’autre ! T’as intérêt à revenir en entier, hein ! »
Cette fois, j’eus la gorge si nouée que je n’essayai même pas de lui répondre. Si je m’étais aventuré à articuler quelque chose, ma voix aurait chevroté lamentablement, or j’étais déjà suffisamment ridicule à mon goût avec cette stupide tenue de protection renforcée.
Un dernier signe de la main en guise de salut collectif et je sautai dans le buggy, à côté d’Adelphe qui avait choisi d’être le premier à piloter. Le moteur rugit, puis le petit véhicule démarra dans un nuage de poussière qui se mua en gerbes de boue dès que nous sortîmes de l’abri de l’auvent.
« Attends ! » criai-je soudain à Adelphe, lequel pila aussitôt.
Je soulevai la bâche pare-pluie que nous avions installée puis me penchai pour appeler Pascal.
« La source ! lui criai-je. Il faudra peut-être élargir l’évacuation si cette pluie continue ! Si jamais le débit augmentait brusquement, le…
— Ça va, ça va ! répondit Pascal avec un geste d’exaspération que je lui connaissais bien. On n’est pas demeurés quand même ! Va faire ton expédition et laisse-nous nous occuper de nos grottes ! »
Cet idiot réussit à m’arracher un sourire et je m’apprêtais à rentrer les épaules à l’abri de la capote lorsque je croisai le regard de Clotilde, qui ne m’avait pas quitté des yeux. Tout aussi embarrassé que tout à l’heure, je lui fis un petit signe de la main puis me réfugiai lâchement sous la bâche.
Adelphe redémarra et nous partîmes pour de bon, suivis des deux cavaliers.
J’ai toujours été un peu gauche avec les femmes. Malgré ma trentaine approchante, je n’étais pas aussi mûr sur le plan sentimental que je l’étais intellectuellement.
Sur la plupart des sujets qui requerraient quelque réflexion, je dominais pratiquement toujours mes interlocuteurs. Je n’en tirais aucune fierté particulière, j’avais simplement la chance de posséder un esprit efficace et une bonne mémoire. Par contre, dès que les problèmes devenaient plus sociaux que scientifiques, mon assurance laissait place à un pénible sentiment d’infériorité. Je me sentais peu à l’aise avec les autres et ne savais jamais trop quel comportement adopter dans les situations délicates.
Le plus sensible, bien entendu, était ma relation aux femmes. Contrairement à n’importe quel beau parleur sachant jouer de son charme, j’étais terrorisé à l’idée d’aborder une femme et de me risquer à essayer de la séduire. Les rares fois où je m’étais botté mentalement l’arrière-train pour me forcer à tenter ma chance, je m’étais senti si gauche et si ridicule qu’il m’en était resté un souvenir cuisant.