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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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XCIV

Apparition du dieu qui donne leur couleur aux choses.

Qu'elle s'en aille celle-l�, et toutes les choses seront chang�es. Qu'est-ce que ce gain du jour s'il ne sert plus � embellir l'autre? Tu croyais pouvoir l'user pour saisir, et voil� qu'il n'est rien � saisir. Qu'est-ce que ton aigui�re d'argent pur si elle n'est plus de la c�r�monie du th� aupr�s d'elle avant l'amour? Qu'est-ce que la fl�te de buis pendue au mur si elle n'est plus pour lui chanter? Qu'est-ce que les paumes de tes mains si elles ne sont plus pour contenir le poids du visage s'il s'endort? Te voil� comme une boutique o� ne seraient qu'objets � vendre et qui n'ont point re�u de place en elle et donc en toi. Chacun avec leur �tiquette et qui attendent de vivre.

Ainsi des heures du jour qui ne sont plus attente d'un pas l�ger, puis d'un sourire dans ta porte, lequel sourire est le g�teau de miel que l'amour loin de toi a compos� dans le silence et dont tu vas te rassasier. Qui ne sont plus heures de l'adieu quand il faut bien que l'on s'en aille. Qui ne sont plus heures du sommeil o� tu r�pares ton d�sir.

Il n'est plus temple mais pierres en vrac. Et tu n'es plus. Et comment renoncerais-tu, sachant m�me que tu oublieras et construiras un autre temple, car la vie est ainsi, qu'un jour, elle reprendra cette aigui�re et ce tapis de haute laine et ces heures du matin, du midi et du soir, et de nouveau donnera un sens � tes gains et de nouveau donnera un sens � tes fatigues et de nouveau te fera pr�s ou loin, ou t'approchant, ou t'�loignant, ou perdant, ou retrouvant quelque chose. Car maintenant qu'elle ne sert plus de clef de vo�te, tu ne t'approches, ni ne t'�loignes, ni ne perds, ni ne retrouves, ni ne prolonges, ni ne recules quoi que ce soit au monde.

Car si tu crois communiquer avec ces choses et les prendre et les d�sirer et y renoncer et les esp�rer et les briser et les r�pandre et les conqu�rir et les poss�der, tu te trompes car tu ne prends, ne retiens, ne poss�des, ne perds, ne retrouves, n'esp�res, ne d�sires que la lumi�re qui leur est donn�e par leur soleil. Car il n'est point de passerelle entre les choses et toi, mais entre toi et les visages invisibles qui sont de Dieu, ou de l'empire, ou de l'amour. Et si je te vois, marin, sur la mer, c'est � cause d'un visage qui a fait de l'absence un tr�sor, � cause du retour que te disent les chants anciens des gal�res, � cause des histoires d'�les miraculeuses et des r�cifs de corail de l�-bas. Car je te le dis, le chant des gal�res charge pour toi le chant des vagues quand bien m�me les gal�res ne sont plus, et les r�cifs de corail, m�me si jamais tes voiles ne t'y emporteront, augmentent de leur couleur la couleur de tes cr�puscules sur les eaux. Et les naufrages que l'on t'a dits, m�me si tu ne dois jamais sombrer, font aux plaintes de la mer, le long des falaises, leur musique de c�r�monie qui est d'ensevelir les morts.�� Sinon que ferais-tu sauf de b�iller en tirant des cordages secs, alors que te voil� fermant tes bras sur ta poitrine, grand comme la mer. Car je ne connais rien qui ne soit d'abord visage, ou civilisation, ou temple b�ti pour ton c�ur.

Et c'est pourquoi tu ne veux point renoncer � toi-m�me quand, ayant trop longtemps v�cu d'un amour, tu n'as plus d'autre sens.

Et c'est pourquoi les murs de la prison ne peuvent enfermer celui qui aime, car il est d'un empire qui n'est point des choses mais du sens des choses et se rit des murs. Et qu'elle existe quelque part m�me endormie, et donc comme morte et ne lui servant de rien dans l'instant, et m�me si tu b�tis ces murs de forteresse entre elle et lui, voil� qu'en silence dans le secret de son esprit, elle s'alimente. Et tu ne saurais les s�parer.

Ainsi de toute apparition n�e du n�ud divin qui noue les choses. Car tu ne peux rien recevoir, si tu en es priv�, de celle-l� que seulement tu d�sires et qui t'exasp�re dans ta nuit blanche, non plus que ton chien, s'il a faim, d'une image de viande, car n'est point n� le dieu qui est de l'esprit et franchit les murs. Mais je te l'ai dit de celui-l� qui est le ma�tre du domaine et se prom�ne � l'aube dans la terre mouill�e. Rien du domaine ne le sert dans l'instant. Il ne voit rien qu'un chemin creux. Et cependant il n'est point le m�me qu'un autre, mais grand de c�ur. Ainsi celui-l� qui est sentinelle de l'empire dont il ne touche rien qu'un chemin de ronde qui est de granit sous les �toiles. Il va de long en large, menac� dans sa chair. Que connais-tu de plus pauvre que lui, prisonnier d'une prison de cent pas? Alourdi d'armes, puni de ge�le s'il s'assoit et de mort s'il s'endort. Glac� par le gel, tremp� par la pluie, br�l� par le sable et n'ayant rien d'autre � attendre sinon d'un fusil ajust� dans l'ombre, et qui s'aligne sur son c�ur. Que connais-tu de plus d�sesp�r�? Quel mendiant n'est pas plus riche dans la libert� de sa d�marche, et le spectacle du peuple o� il trempe, et le droit qu'il a de se distraire de droite � gauche?

Et cependant ma sentinelle est de l'empire. Et l'empire l'alimente. Elle est plus vaste que le mendiant. Et sa mort m�me sera payante parce qu'alors elle s'�changera contre l'empire.

J'envoie mes prisonniers rompre des pierres. Et ils les rompent et ils sont vides. Mais si tu b�tis ta maison, crois-tu rompre les m�mes pierres? Tu b�tis le mur d'une maison et tes gestes sont non d'un ch�timent mais d'un cantique.

Car il suffit pour y voir clair de changer de perspective. Certes, celui-l� tu le trouves enrichi si � l'instant qu'il va mourir il est sauv� et vit plus loin. Mais si tu changes de montagne et consid�res sa destin�e faite, et d�j� nou�e comme gerbe, tu le trouveras plus heureux d'une mort qui a eu un sens.

Ainsi encore de celui-l� que j'ai fait saisir une nuit de guerre afin qu'il me livre les projets de mon ennemi. �Je suis de chez moi, me dit-il, et tes bourreaux n'y peuvent rien�� J'eusse pu l'�craser sous une meule sans en faire sourdre l'huile du secret, car il �tait de son empire.

�Pauvre es-tu, lui disais-je, et � ma merci.�

Mais il riait de m'entendre le dire pauvre. Car son bien poss�d�, je ne pouvais pas le trancher de lui.

Voici donc le sens de l'apprentissage. Car tes richesses v�ritables ne sont point objets, lesquels vaudraient quand tu en uses, comme il en est de ton �ne quand tu le chevauches ou de tes �cuelles lorsque tu manges, mais qui n'ont plus de sens une fois rang�s. Ni lorsque la force des choses t'en s�pare, comme la femme que tu te bornes � d�sirer sans l'aimer.

Car, certes, l'animal ne peut acc�der qu'� l'objet. Et non � la couleur de l'objet selon un langage. Mais tu es homme et t'alimentes du sens des choses et non des choses.

Et toi je te construis et je t'�l�ve. Et je te montre dans la pierre ce qui n'est point de la pierre, mais mouvement du c�ur du sculpteur et majest� du guerrier mort. Et tu es riche de ce qu'exist� quelque part le guerrier de pierre. Et des moutons, des ch�vres, des demeures et des montagnes, je b�tis pour toi, t'ayant �lev� encore, un domaine. Et si rien du domaine ne te sert dans l'instant t'en voil� cependant rempli. Je prends les mots vulgaires et, les nouant dans le po�me, je t'en enrichis. Je prends des fleuves et des montagnes et les nouant dans mon empire je t'en exalte. Et, les jours de victoire, les canc�reux sur leurs grabats, les prisonniers dans leurs prisons, les perdus de dettes parmi leurs huissiers, les voil� rayonnant d'orgueil car il n'est point de mur ni d'h�pital ni de prison qui t'emp�chent de recevoir car j'ai tir� de cette mati�re disparate un dieu qui se rit des murs et qui est plus fort que les supplices.

Et c'est pourquoi, t'ai-je dit, je construis l'homme et renverse les murs, et arrache les barreaux et le d�livre. Car j'ai b�ti celui qui communique et se rit des remparts. Et se rit des ge�liers. Et se rit des fers de bourreaux qui ne le peuvent point r�duire.

Car, certes, tu ne communiques point de l'un en l'autre. Mais de l'un en l'empire et de l'autre en l'empire qui est pour vous deux significations. Et si tu me demandes: �Comment la joindre, celle-l� que j'aime quand les murs ou les mers ou la mort m'en s�parent?�, je te r�pondrai qu'inutile est de crier vers elle pour elle, mais qu'il te suffit de ch�rir ce dont aucun mur ne te s�pare, ce visage de la maison, du plateau � th� et de la bouilloire et du tapis de haute laine dont est clef de vo�te l'�pouse qui dort, puisqu'il t'est donn� de l'aimer bien qu'absente et bien qu'endormie�

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