Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Donc moi-m�me, hors de toutes communaut�s, je ne suis rien qui compte et ne saurais me satisfaire.
Donc laissez-vous �tre grain de bl� pour l'hiver dans la grange, et y dormir.
LXXXVIII
Ce refus d'�tre transcend�s:
�Moi�, disent-ils.
Et ils se frappent le ventre. Comme s'il �tait quelqu'un en eux, par eux. Ainsi des pierres du temple qui diraient: �Moi, moi, moi��
De m�me ceux-l� que je condamnais � extraire les diamants. La sueur, les ahans, l'abrutissement devenaient diamants et lumi�re. Et ils existaient par le diamant qui �tait leur signification. Mais vint le jour o� ils se r�volt�rent. �Moi, moi, moi!� disaient-ils. Voici qu'ils refusaient de se soumettre au diamant. Ils ne voulaient plus devenir. Mais se sentir honor�s pour eux-m�mes. Au lieu du diamant ils se proposaient eux-m�mes pour mod�le. Ils �taient laids car ils sont beaux en le diamant. Car les pierres sont belles en le temple. Car l'arbre est beau en le domaine. Car le fleuve est beau en l'empire. Et l'on chante le fleuve: �Toi, le nourricier de nos troupeaux, toi le sang lent de nos plaines, toi le conducteur de nos navires��
Mais ceux-l� s'estimaient comme but et comme fin, et ne s'int�ressant plus d�sormais qu'� ce qui les servait, non � plus haut qu'eux-m�mes qu'ils eussent servi.
Et c'est pourquoi ils massacr�rent les princes, �cras�rent en poudre les diamants pour les partager entre eux tous, enfouirent dans les cachots ceux qui, chercheurs de v�rit�s, eussent pu un jour les dominer. �Il est temps, disaient-ils, que le temple serve les pierres.� Et tous ils s'en allaient enrichis, pensaient-ils, de leurs morceaux de temple, mais d�poss�d�s de leur part divine et devenus simples gravats!
LXXXIX
Et cependant tu interroges:
�O� commence l'esclavage, o� finit-il, o� commence l'universel, o� finit-il? Et les droits de l'homme o� commencent-ils? Car je connais les droits du temple qui est sens des pierres et les droits de l'empire qui est sens des hommes et les droits du po�me qui est sens des mots. Mais je ne reconnais point les droits des pierres contre le temple, ni les droits des mots contre le po�me, ni les droits de l'homme contre l'empire.�
Il n'est point d'�go�sme vrai mais mutilation. Et celui-l� qui s'en va tout seul disant: �Moi, moi, moi��, il est comme absent du royaume. Ainsi la pierre hors du temple ou le mot sec hors du po�me ou tel fragment de chair qui ne fait point partie d'un corps.
�Mais, lui dit-on, je puis supprimer les empires et unir les hommes en un seul temple, et voil� qu'ils re�oivent leur sens d'un temple plus vaste�
��C'est que tu ne comprends rien, r�pondit mon p�re. Car ces pierres-l� tu les vois d'abord qui composent un bras et y re�oivent leur sens. D'autres une gorge et d'autres une aile. Mais ensemble elles composent un ange de pierre. Et d'autres, ensemble, composent une ogive. Et d'autres ensemble une colonne. Et maintenant si tu prends ces anges de pierre, ces ogives et ces colonnes, tous ensemble composent un temple. Et maintenant si tu prends tous les temples, ils composent la ville sainte qui te gouverne dans ta marche dans le d�sert. Et pr�tends-tu qu'au lieu de soumettre les pierres au bras, � la gorge, et � l'aile d'une statue, puis � travers les statues au temple, puis � travers les temples � la ville sainte, il te soit plus profitable de soumettre d'embl�e des pierres � cette ville sainte et en faisant un grand tas uniforme, comme si le rayonnement de la ville sainte, lequel est un, ne naissait point de cette diversit�. Comme si le rayonnement de la colonne, lequel est un, ne naissait pas du chapiteau, du f�t et du socle, lesquels sont divers. Car plus la v�rit� est haute, plus tu dois observer de haut pour la saisir. La vie est une, de m�me que la pente vers la mer, et cependant d'�tage en �tage se diversifie, d�l�guant son pouvoir d'�tre en �tre comme d'�chelon en �chelon. Car ce voilier est un, bien qu'assemblage divers. Car, de plus pr�s, tu y d�couvres des voiles, des m�ts, une proue, une coque, une �trave. De plus pr�s encore, ayant chacun d'eux des cordes, des �clisses, des planches et des clous. Et chacun d'eux encore plus loin se d�compose.
�Et mon empire n'a point de signification ni de vie v�ritable, ni les parades de soldats au garde-�-vous, comme de la ville simple si elle n'est que pierres bien align�es. Mais d'abord ton foyer. Puis les foyers une famille. Puis les familles une tribu. Puis les tribus une province. Puis les provinces mon empire. Et cet empire tu le vois fervent et anim� de l'est � l'ouest et du nord au sud, ainsi qu'un voilier en mer qui se nourrit de vent et l'organise vers un but qui ne varie pas, bien que le vent varie et bien que le voilier soit assemblage.
�Et maintenant tu peux le continuer, ton travail d'�l�vation, et prendre les empires pour en faire un navire plus vaste qui absorbe en lui les navires et les emporte dans une direction qui sera une, nourrie de vents divers et qui varient, sans que varie le cap de l'�trave dans les �toiles. Unifier, c'est nouer mieux les diversit�s particuli�res, non les effacer pour un ordre vain.�
(Mais il n'est point d'�tage en soi. Tu en as d�nomm� quelques-uns. Tu eusses pu en d�nommer d'autres qui eussent embo�t� les premiers. Pas s�r.)
XC
Et voici cependant qu'il te vient de t'inqui�ter, car tu as vu le mauvais tyran �craser les hommes. Et l'usurier les tenir dans son esclavage. Et quelquefois le b�tisseur de temples ne point servir Dieu mais se servir soi et tirer pour soi la sueur des hommes. Et il ne t'est pas apparu que les hommes en fussent grandis.
C'est que mauvaise �tait la d�marche. Car il ne s'agit point de faire l'ascension, et au hasard des pierres qui le composent, d'en tirer le bras. Au hasard des membres l'ange de pierre. Au hasard des anges ou des colonnes ou des ogives le temple. Car tu es libre ainsi de t'arr�ter � l'�tage que tu souhaites. Il n'est point meilleur de soumettre les hommes au temple qu'au simple bras de la statue. Car ni le tyran, ni l'usurier, ni le bras, ni le temple n'ont qualit� pour absorber les hommes et les enrichir en retour de leur propre enrichissement.
Ce ne sont point les mat�riaux de la terre qui s'organisent par hasard et font leur ascension dans l'arbre. Pour cr�er l'arbre, tu as jet� d'abord la graine o� il dormait. Il est venu d'en haut et non d'en bas.
Ta pyramide n'a point de sens si elle ne s'ach�ve en Dieu. Car celui-l� se r�pand sur les hommes apr�s les avoir transfigur�s. Tu peux te sacrifier au prince si lui-m�me en Dieu se prosterne. Car alors ton bien te revient ayant chang� de go�t et d'essence. Et l'usurier ne sera point, ni le bras seul, ni le temple seul, ni la statue. Car d'o� viendrait ce bras s'il n'est pas n� d'un corps? Le corps n'est point assemblage de membres. Mais de m�me que le voilier n'est point, au hasard de leur assemblage, un effet d'�l�ments divers, mais au contraire d�coule par diversit�s et contradictions apparentes de la seule pente vers la mer, laquelle est une, de m�me que le corps se diversifie en membres mais n'est point une somme, car on ne va point des mat�riaux � l'ensemble, mais comme te le dira tout cr�ateur et tout jardinier et tout po�te, de l'ensemble aux mat�riaux. Et qu'il me suffit d'enflammer les hommes de l'amour des tours qui dominent les sables pour que les esclaves des esclaves de mes architectes inventent le charroi des pierres et bien d'autres choses.
XCI
La grande erreur est de ne point conna�tre que la loi est signification des choses, non rite plus ou moins st�rile � l'occasion de ces choses. De l�gif�rer sur l'amour je fais na�tre telle forme d'amour. Mon amour est dessin� par les contraintes m�mes que je lui impose. La loi peut donc �tre coutume aussi bien que gendarme.
XCII
C'est pourquoi cette nuit, du haut des remparts o� je tiens la ville dans ma puissance, o� mes garnisons tiennent les villes de l'empire et communiquent l'une avec l'autre � l'aide de feux sur les montagnes � de m�me que parfois s'appellent l'une l'autre les sentinelles qui se prom�nent le long des remparts, et chacune s'ennuie (mais cependant s'apercevra plus tard qu'elle tirait son sens de cette promenade, car il n'est point de langage offert � la sentinelle pour que ses pas soient retentissants en son c�ur, et elle ne sait pas ce qu'elle fait, et chacune croit s'ennuyer et attendre l'heure de la soupe. Mais je sais bien qu'il n'est point d'int�r�t � accorder au langage des hommes et que mes sentinelles qui r�vent de soupe et b�illent de la corv�e de garde se trompent. Car ensuite, � l'heure du repas, c'est une sentinelle qui se nourrit et lance une bourrade au voisin � et qui est vaste � car, si je les bloquais autour de leur auge, il n'y aurait plus rien que b�tail).