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L'apprenti [Prentice Alvin - fr]

Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:

Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l’homme rouge, un enfant va naître en des circonstances tragiques. Un enfant au destin exceptionnel. Septième fils d’un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d’un « Faiseur ! ». Si les forces du mal ne parviennent à le détruire. Car il existe un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l’empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
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S’il ne s’était pas trouvé au beau milieu d’un combat avec Fink, Alvin aurait fait montre de plus de subtilité, il se serait contenté d’affaiblir légèrement le charme, car il n’avait aucune envie de priver le batelier du sortilège qui le protégeait depuis si longtemps.

S’il perdait son charme, Fink risquait d’en mourir, surtout qu’à force de compter dessus pour ne courir aucun danger il avait peut-être fini par négliger toute prudence. Mais Alvin avait-il le choix ? Il agit donc sur les teintures qui commencèrent à se diluer, à s’infiltrer dans le sang qui les emporta. Alvin n’avait pas besoin de beaucoup se concentrer pour parvenir à ça, il lui suffisait de lancer le processus et de le laisser se poursuivre tout seul pendant qu’il s’employait à ne pas rester sur la trajectoire de Fink.

Rapidement, Al sentit le charme s’affaiblir, s’estomper et enfin disparaître complètement. Fink ne s’en douterait pas, mais lui le savait ; le rat de rivière pouvait désormais recevoir des coups comme n’importe qui.

Entre-temps, Fink avait renoncé à ses charges aussi grossières que stupides. Il tournait autour d’Alvin, lui lançait de fausses attaques, cherchait franchement le corps à corps pour profiter de son poids et le renverser. Alvin avait une meilleure allonge et incontestablement une plus grande force de bras, aussi dès que l’autre avançait les siens pour le saisir, il les écartait d’un revers énergique.

Pourtant, une fois le charme rompu, il ne chercha plus à esquiver son adversaire. Au contraire, il avança les mains dans sa garde, si bien que lorsque Fink lui attrapa les bras, Alvin put se crocheter les doigts derrière le cou du batelier.

D’une violente pression, il fit ployer Fink dont la tête se retrouva à hauteur de sa poitrine. C’était trop facile, le rat de rivière s’était laissé faire, et Alvin devina pourquoi. En effet, Fink l’attira contre lui et remonta très vite la tête, s’attendant à ce que son crâne percute le menton du forgeron… Seulement, le menton d’Alvin n’était pas où Fink le pensait. Le jeune homme avait déjà lui-même rejeté la tête en arrière, et lorsque Fink se releva violemment, sans maîtriser son coup, Alvin se projeta en avant et lui écrasa son front en pleine figure. Il sentit le nez du batelier éclater sous le choc, et du sang jaillit pour couler sur leurs deux visages.

Un nez cassé, ça n’était pas un événement dans ce genre de bagarre. Ça faisait affreusement mal, bien sûr, et un combat amical se serait arrêté là-dessus – mais d’un autre côté, évidemment, un combat amical n’aurait pas donné lieu à des coups de boule. Tout autre rat de rivière aurait secoué la tête, rugi deux ou trois fois et serait revenu à la charge.

Fink, lui, recula, un air de surprise peint sur le visage, les mains accrochées à son nez. Puis il laissa échapper un hurlement, comme un chien battu.

Tout le monde se tut. Ce qui arrivait, c’était tellement drôle, un rat de rivière comme Mike Fink qui hurlait pour un nez cassé. Non, ça n’était pas à franchement parler drôle, mais c’était bizarre. Un rat de rivière ne se conduisait pas comme ça.

« Vas-y, Mike, murmura quelqu’un.

— Tu peux l’avoir, Mike. »

Mais les encouragements manquaient d’enthousiasme. On n’avait encore jamais vu Mike Fink souffrir ou avoir peur. D’ailleurs, il aurait pu mieux le cacher. Seul Al savait pourquoi. Seul Al savait que Mike Fink n’avait jamais éprouvé pareille douleur de sa vie, qu’il n’avait jamais versé son sang dans une bagarre. Il avait tant de fois brisé le nez de ses adversaires et ri de leur souffrance ; c’était facile de rire, puisqu’il ignorait le mal que ça faisait. Maintenant il le savait. L’ennui, c’est qu’il apprenait aujourd’hui ce que tout le monde connaissait à six ans, alors il se comportait comme un enfant de cet âge-là. Il ne pleurait pas vraiment, il hurlait.

L’espace d’un instant, Alvin se dit que le combat était terminé. Mais la peur et la souffrance de Fink se muèrent bientôt en rage, et il se jeta à nouveau dans la bagarre. Il avait peut-être appris la douleur mais elle ne lui avait pas inculqué la prudence.

Il fallut donc quelques autres prises, quelques autres torsions et contorsions, avant qu’Alvin n’entraîne Fink au sol. Même stupéfait, effrayé, le batelier restait l’homme le plus costaud qu’il avait jamais affronté.

Jusqu’à ce combat, Alvin n’avait pas encore vraiment eu l’occasion de mesurer sa force ; il n’avait jamais été poussé jusqu’à ses limites. Maintenant si, et il se retrouva à rouler, rouler dans la poussière, une poussière si épaisse qu’il arrivait à peine à respirer ; il sentait le souffle court et chaud de Fink tantôt au-dessus, tantôt en dessous de lui, tandis que pleuvaient les coups de genoux, que les bras s’abattaient et s’agrippaient, que les pieds raclaient le sol à la recherche d’un appui pour prendre l’avantage.

En fin de compte, Fink fut victime de son inexpérience de la défaite. Comme personne ne pouvait lui briser les os, il n’avait jamais appris à replier les jambes, jamais appris à les soustraire aux coups de talon de son adversaire. Lorsque Alvin se dégagea pour se remettre péniblement debout, le batelier roula aussitôt sur lui-même et, l’espace d’un instant, étendu par terre, passa une jambe par-dessus l’autre : une véritable invitation. Alvin ne réfléchit même pas, il sauta en l’air et retomba de tout son poids ; ses deux pieds écrasèrent la jambe du dessus de Fink, dont l’os se plia sur celle du dessous. Si brutal et puissant fut le coup qu’il fracassa non seulement l’une, mais l’autre aussi. Fink hurla comme un gamin brûlé vif.

À ce moment seulement, Alvin comprit ce qu’il venait de faire. Oh oui, bien entendu, il avait mis fin au combat – personne n’est assez coriace pour continuer de se battre avec les deux jambes brisées. Mais il vit tout de suite, sans avoir besoin de regarder avec ses yeux, qu’il ne s’agissait pas de cassures nettes, de celles qui se ressoudent aisément. En outre, Fink n’était plus un jeune homme, encore moins un gamin. Même si ces fractures guérissaient, elles le laisseraient au mieux boiteux, au pire complètement estropié. Il perdrait ses moyens d’existence. Et puis il avait dû se faire beaucoup d’ennemis au fil des ans. Quelle serait leur réaction, maintenant qu’il était esquinté et bancal ? Combien de temps survivrait-il ?

Alvin s’agenouilla donc par terre près de Fink qui se tordait de douleur – qui se tordait le tronc, plus précisément, car il s’efforçait de ne pas bouger le reste du tout – et il lui toucha les jambes. Les mains en contact avec le corps étendu, même à travers le tissu du pantalon, Alvin trouva plus aisément son chemin, travailla plus vite ; un instant plus tard, il avait recollé les os. Il n’essaya pas d’en faire davantage, non ; les contusions, les muscles déchirés, l’écoulement de sang, il fallait laisser ça tel quel sinon Fink serait capable de se remettre debout et de relancer la bagarre.

Il retira les mains et se recula. Les rats de rivière se rassemblèrent aussitôt autour de leur héros déchu.

« L’a les jambes cassées ? demanda le fort en gueule.

— Non, fit Alvin.

— Elles sont en miettes ! » brailla Fink.

Déjà, un autre homme avait fendu la jambe de pantalon jusqu’en haut. Il trouva bien la meurtrissure, mais lorsqu’il tâta le long de l’os, Fink poussa des cris d’orfraie et s’écarta. « Touches-y pas !

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