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L'agonie de la lumière

Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:

Quand Dirk T’Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux resurgissent. Il se demande pourquoi son amour perdu, la belle Gwen, fait ainsi appel à lui si longtemps après leur rupture. Espérant renouer avec elle, il embarque sur le premier vaisseau à destination de Worlorn pour arracher Gwen aux violents chevaliers Kavalars.
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— Vraiment ? » Elle se mit à rire. « Si tu sais ce que je ressens, alors c’est que tu me connais mieux que moi.

 — Gwen, je… Non, écoute. Peu importe. Tu avais raison. Nous devons… D’après Jaan, nous disposerions d’une arme.

— Ah bon ? Il croit que j’aie emporté mon fusil anesthésiant, ou quoi ?

— Je ne crois pas qu’il voulait parler de ce genre de chose. Tout ce qu’il m’a dit, c’est que nous avions une arme. Une arme que nous lui aurions volée, insultant par là même le Rassemblement de Jadefer. »

Elle ferma les yeux. « Mais quoi ?… Oh, bien sûr ! Les canons laser de notre appareil. C’est certainement de ça qu’il voulait parler. Mais ils ne sont pas chargés – je ne suis même pas sûre qu’ils soient branchés. C’est l’appareil que j’utilisais la plupart du temps, et Garse…

— Je comprends. Mais on pourrait peut-être les remettre en état de fonctionner ?

— Peut-être, je ne sais pas. Mais de quoi d’autre Jaan aurait-il bien pu vouloir parler ?

— Il est bien sûr possible que les Braiths l’aient déjà découvert, fit remarquer Dirk d’une voix calme, détachée. On va malgré tout devoir courir le risque. Se cacher ne servirait à rien, ils finiraient de toute façon par nous découvrir. Bretan se dirige peut-être déjà vers nous, s’il est parvenu à intercepter mon appel. Non, nous devons retourner à la raie. Ils ne vont pas s’y attendre, s’ils savent que nous avons emprunté le boulevard pour descendre.

— Elle se trouve cinquante-deux niveaux au-dessus de nous. Comment va-t-on faire pour l’atteindre ? Si Bretan contrôle l’alimentation de l’immeuble, ainsi que tout le laisse supposer, il a certainement déconnecté les ascenseurs. Il a déjà immobilisé les trottoirs roulants.

— Il savait qu’on les utilisait, ou du moins qu’on se trouvait sur le boulevard. Nos poursuivants ont dû l’en informer. Les Braiths restent en contact entre eux, Gwen. C’est une certitude – les tapis se sont stoppés trop à propos. Mais en fait ça va nous simplifier la tâche.

— Comment ça ?

— On va avoir moins de mal à les attirer à nos trousses et à sauver la vie de ces foutus Émereli. C’est bien ce que Jaan veut que nous fassions, non ? Et toi aussi, d’ailleurs, je me trompe ? » Sa voix était tranchante.

Gwen pâlit un peu. « Eh bien… oui.

— Alors, tu as gagné. C’est exactement ce que nous allons faire. »

Elle semblait pensive. « Les ascenseurs, alors ? S’ils fonctionnent toujours.

— On ne peut pas s’y fier. Même s’ils sont encore en activité, Bretan pourrait les immobiliser alors qu’on se trouverait à l’intérieur.

— Je doute qu’il existe des escaliers, et même dans le cas contraire on n’arrivera jamais à en dénicher un seul sans l’aide de la Voix. On pourrait remonter le boulevard, bien sûr, mais…

— Nous savons qu’au moins deux groupes de chasseurs s’y trouvent, et il y en a sans doute davantage. Non.

— Alors, que faire ?

— Que nous reste-t-il ? Le puits central. »

Dirk pencha la tête par-dessus la rambarde de fer forgé. Il regarda vers le haut, puis vers le bas, et fut pris de vertige. Le puits central s’étendait à perte de vue dans les deux directions. Du sommet aux fondations, la tour ne faisait que deux kilomètres, t’Larien le savait, mais tout donnait l’impression d’une distance infinie. Les courants ascendants d’air chaud, qui conféraient une certaine flottabilité aux baigneurs, emplissaient également le cylindre d’une brume grise ; quant aux balcons, tous absolument identiques à chaque niveau, ils engendraient l’illusion d’une répétition sans fin.

Gwen avait sorti quelque chose de son bloc détecteur, un objet argenté de la dimension de sa paume. Après s’être placée à côté de Dirk, contre la rambarde, elle le lança dans le puits. Tous deux le regardèrent tournoyer de plus en plus haut en reflétant la lumière ambiante. Il flotta, jusqu’au centre du grand cylindre avant de se mettre à tomber, lentement, doucement, encore soutenu par l’air chaud qui s’élevait, comme un atome de poussière métallique dansant sous la clarté du soleil artificiel – il parut mettre une éternité à disparaître dans le gouffre de grisaille qui s’ouvrait sous leurs pieds. « Eh bien, fit ensuite la jeune femme, au moins les grilles gravitationnelles fonctionnent-elles toujours.

— Oui. Bretan ne connaît pas cette cité. Pas suffisamment, en tout cas. » Il leva la tête. « Ça ne sert à rien d’attendre plus longtemps, je suppose. À qui l’honneur ?

— Après vous », dit-elle.

Dirk ouvrit la grille du balcon et recula vers le mur. Après avoir repoussé d’un geste impatient la mèche rebelle qui lui tombait devant les yeux, il haussa les épaules avec fatalisme et se mit à courir en direction du puits, martelant le sol d’un violent coup de pied au moment d’atteindre le bord.

L’impulsion le fit monter, monter. Durant un instant, ce fut comme s’il tombait – son estomac ne manqua pas de le lui faire remarquer. Puis il rouvrit les yeux, et vit – sentit, plutôt – qu’il ne tombait pas. Il s’élevait bel et bien. Dans un grand éclat de rire, il ramena ses bras devant lui avant de les lancer violemment en arrière. Il nageait de plus en plus haut, et de plus en plus vite. Les rangées de balcons déserts défilaient, au point de lui donner le vertige : un niveau, deux, cinq. Tôt ou tard il recommencerait à descendre, entamerait une large courbe dans le lointain nimbé de gris, mais il ne risquait pas de tomber bien bas. La paroi opposée du puits central ne se trouvait qu’à une trentaine de mètres de lui. La gravité presque inexistante qui régnait en ces lieux allait faire de la manœuvre un jeu d’enfant.

Le mur incurvé s’approchait. Dirk heurta une rambarde de fer noir, puis rebondit vers le haut dans un pseudo-mouvement de natation absolument grotesque. Une fois au niveau du balcon situé juste au-dessus de celui qu’il avait heurté, il se saisit d’un pilier et n’eut aucun mal à se hisser sur la plate-forme. Il avait traversé le puits central, et se retrouvait sept niveaux plus haut que son point de départ. Tout sourire, ivre de joie, t’Larien s’assit un instant pour reprendre des forces avant un second saut ; il en profita pour observer Gwen, qui s’élevait à son tour. Elle planait gracieusement comme quelque oiseau invraisemblable, ses cheveux noirs flottant librement derrière elle. Son bond la déposa deux niveaux au-dessus de son ex-amant.

Lorsqu’ils atteignirent le 520e étage, Dirk était couvert de contusions là où son corps avait rebondi contre les balustrades de fer. Mais il se sentait bien. Au terme de son sixième bond prodigieux en travers du puits, il hésita même un instant à se hisser sur le balcon qu’il s’était fixé comme objectif ; il s’y résolut néanmoins, retrouvant aussitôt une gravité normale. Gwen l’y attendait, son bloc détecteur et le nécessaire de survie attachés dans son dos par des sangles, entre ses omoplates. Elle lui tendit la main et l’aida à franchir la balustrade.

Ils sortirent dans le large couloir qui contournait le puits central, dont la luminescence bleutée leur était à présent familière. Des globes brillaient faiblement aux intersections, là où de longs passages rectilignes s’éloignaient du cœur de la cité tels les rayons d’une immense roue. Ils en empruntèrent un qui semblait mener à l’extérieur de Défi – leur marche s’avéra au final plus longue que Dirk ne l’aurait supposé. Ils franchirent un grand nombre d’intersections (il cessa de compter au-delà de quarante) toutes parfaitement semblables, passèrent devant d’innombrables portes noires qui ne se différenciaient que par leurs numéros. Ni lui ni Gwen ne prononçait le moindre mot. L’impression de bien-être qu’ils avaient ressentie un bref instant lors de leur vol en apesanteur disparaissait à mesure qu’ils progressaient dans cette semi-obscurité, qui brouillait leur vision.

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