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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Aucun indice pris séparément ne peut emporter la conviction qu’untel est coupable. Le doute s’estompe lorsque les indices commencent à devenir plus nombreux. S’il est possible de faire coïncider une dizaine de détails que personne n’a pu préméditer, alors l’évidence s’impose à nous, renchérissait l’autre.

— À condition que vous n’ayez pas affaire à un être particulièrement démoniaque qui a pensé à tout.

Le repas était terminé depuis longtemps mais ils restaient à table, pris par leur conversation.

— Pourquoi un homme bascule-t-il soudain dans une folie meurtrière ? interrogeait Bérangère.

— Parce que la barrière de sa conscience saute, pour une raison ou une autre, répondait Benavent. Il règle ses comptes avec l’humanité, de manière aveugle ou très ciblée au contraire. Une fois qu’il a commencé à tuer, il n’est pas pour autant satisfait, la réalité n’est jamais à la hauteur de ses fantasmes, il a besoin de répéter son acte pour obtenir satisfaction.

— Comment cela commence-t-il ?

— Une humiliation peut être à l’origine du premier passage à l’acte. Son ego enfle, il devient de plus en plus audacieux, il prend des risques, jusqu’au moment où il tue. Le trouble peut naître chez un schizophrène, un paranoïaque, que sais-je encore ! Il existe une multitude de variétés.

Le psychologue se reprit :

— Dites donc, vous n’avez pas l’impression d’être obsédés par votre métier tous les deux, ne voulez-vous pas passer à un autre sujet ?

— Pour tout dire, Arnaud, nous avons des présomptions sur plusieurs suspects, et nous comptions un peu sur toi pour nous éclairer, avoua Escoffier.

Particulièrement intéressée par le profil du paranoïaque, Bérangère demanda à Arnaud d’en dessiner un portrait plus complet. Le psychologue ne se fit pas prier :

— Il faut faire une distinction entre le parano inoffensif et le paranoïaque qui, lui, est un malade véritable. Cette maladie ne naît pas d’un déficit neurobiologique ou neurochimique, comme d’autres maladies mentales, elle provient de l’affect. Elle s’installe progressivement, au fil du temps et des épreuves, et ne donne pas sa pleine mesure avant la trentaine. Elle prend racine dans la relation, je devrais dire la non-relation à autrui : le déni, le mépris, le silence des autres. Le paranoïaque, très sensible, perçoit tout, voit tout. Il ressent les petites fractures de l’amour-propre comme personne. Oh, ce n’est pas l’enfer permanent, il connaît des moments de répit, des moments d’exaltation, mais c’est pour mieux retomber dans une suite de déséquilibres psychiques.

— Le paranoïaque souffre-t-il ?

— Incontestablement.

— Ce n’est pas inné, n’est-ce pas ? renchérit Bérangère.

— Il existe sans doute un terrain mais le problème s’ancre petit à petit. Dans le meilleur des cas, cela reste une souffrance, dans un cas extrême ça peut aller jusqu’à la folie. La personne se sent seule, abandonnée, incomprise. Le paranoïaque est un être qui a froid.

— Peut-on le reconnaître dans la vie courante ?

— Il est généralement double, c’est Janus aux deux visages : obséquieux quand il se contrôle, méconnaissable en état de crise ou de décompensation. Le délire paranoïaque lui permet de se construire un système de défense contre la peur que lui inspire la vie, et surtout les autres.

— Se peut-il qu’un facteur déclenchant le pousse à tuer ?

— Oui, c’est la goutte qui fait déborder le vase, le détail imprévisible. Comment vous dire, c’est l’équilibre entre un ego très développé et un ego décompensé qui est rompu, la border-line…

— Ce n’est pas un fou gesticulant si j’ai bien compris.

— Non, il n’a pas son égal pour se contrôler. La plupart du temps il reste lucide et vit dans une logique qui lui est propre. On en rencontre une flopée dans les milieux du pouvoir et ce n’est pas par hasard, il est très à l’aise dans un système de compétition où l’autorité prédomine, dans la justice, chez les experts.

— Un paranoïaque gravement atteint est-il systématiquement suivi par les services médicaux ?

— Pas nécessairement. Il n’est suivi que s’il fait la démarche spontanément, ou s’il y a été encouragé par ses proches. Généralement, il s’y refuse, c’est au-dessus de ses forces. Tant qu’il ne commet pas un acte grave, il n’y a aucune raison de le surveiller davantage que n’importe quel autre citoyen. Son médecin traitant, s’il le connaît bien, et depuis longtemps, devrait être en mesure d’évaluer le degré de son problème.

— Que cherche-t-il en passant à l’acte ?

— Tuer provoque un cataclysme émotionnel, un obscurcissement de la conscience, phénomène qui s’apparente à l’orgasme et que l’on appelle le syndrome de Dracula quand il y a violence sexuelle, ce qui n’est pas le cas dans l’affaire qui vous préoccupe, apparemment.

— Non, ces crimes ne sont jamais accompagnés de violence sexuelle.

— Vous pensez à quelqu’un en particulier ? Je veux bien subir un interrogatoire à condition que vous me donniez le nom de votre coupable. Sachez qu’un criminel psychotique finit souvent par se faire prendre consciemment ou non pour un détail, une bêtise, c’est là-dessus que vous devez compter.

La jeune femme lança un coup d’œil furtif vers Damien qui réfléchissait à ce qui venait d’être dit. Jung s’était endormi sur la table, bercé par leurs paroles. De légers tressaillements faisaient onduler sa fourrure tigrée.

— Une chose est certaine, conclut Escoffier, l’assassin est un proche de l’éditrice, il connaissait l’existence du fils caché ce qui réduit considérablement la liste des candidats. Laurette a été tuée pour nous orienter vers Nicolas Trouvé. Et pourtant, tous les emplois du temps sont nickel. L’un d’entre eux est le coupable, et les mensonges des uns et des autres le protègent, consciemment ou non.

— Si vous connaissiez le mobile, ce serait plus facile.

— Justement, lâcha la jeune femme, nous avons une petite idée là-dessus, mais une présomption n’est pas une preuve. Tout le monde va passer au test ADN dans les prochaines quarante-huit heures, de toute façon. Nous serons peut-être fixés.

43

Le jeune serveur du restaurant Le Montmartrois se demandait ce que faisait cette fille assise sur les marches menant vers la place du Tertre, dans le froid, un dimanche matin. Il surveillait l’arrivée de Ti Hong, le cuistot chinois, pour lui filer un coup de main. Ti Hong devait récupérer trois galettes géantes chez le boulanger car, en période d’Épiphanie, la clientèle se jetait sur la pâtisserie à la frangipane dès le petit-déjeuner. Les mains dans les poches, la tête dans les épaules, il luttait contre le froid. Son crâne rasé était tétanisé. Il tripota sa boucle d’oreille d’une main nerveuse. Que fait donc le Chinetoque ? s’impatientait-il. Cette fille devait sortir d’une boîte de nuit, comme beaucoup de jeunes le dimanche matin. Ce n’était pas une clocharde, plutôt une fille normale. Elle avait dansé toute la nuit sans doute. Droguée peut-être ? N’empêche, dormir dans la rue, la tête posée sur la rambarde, fallait qu’elle soit drôlement torchée. Il avait l’habitude de trouver de jeunes gens endormis sur les marches, au petit matin, mais c’était plutôt en été que ces choses-là se produisaient, pas en plein hiver. L’attitude de la fille l’intriguait.

— Vous voulez un p’tit café pour vous réchauffer, mademoiselle ? lui cria-t-il de loin.

La jeune fille restait muette, parfaitement immobile. Étrangement inerte. Le garçon eut l’impression que quelque chose clochait. Il fit un signe à Ti Hong qui arrivait de l’autre côté de la rue. Tous les deux se dirigèrent doucement vers la jeune fille endormie. En approchant, ils constatèrent qu’elle portait un tatouage sur la joue. La fille ne bougeait toujours pas…

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