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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Un moment de détente comme beaucoup d’autres. Ce tournage du Gendarme est loin d’engendrer la morosité, comme en témoigne France Rumilly[267] : « Je ne suis restée que deux semaines à Saint-Tropez mais je garde le souvenir d’un groupe de gaillards franchouillards. On avait l’impression qu’ils étaient tous à l’ouest ! Y compris Louis de Funès qui m’accueillait d’un très amical : “Bonjour ma sœur…” C’était comme un jeu entre nous et je lui répondais : “Oui, mon commandant !”. Nous avions peu de scènes ensemble et la plupart ont été tournées en studio à Nice car, je peux bien le dire aujourd’hui, je n’avais pas encore passé mon permis de conduire ! Pour les rares scènes en extérieur au volant de cette fameuse 2 CV, c’était un cascadeur qui pilotait. Louis comme sa femme, qui ne le quittait jamais, étaient la gentillesse même. Il lui arrivait de temps à autre de déjeuner avec nous mais il ne disait quasiment pas un mot sauf celui de veiller à ce qu’on lui serve à la fin du repas son précieux chocolat. Le soir, nous regagnions tous l’hôtel de Paris où nous étions logés et Louis s’en allait dans son appartement du côté de Hyères.  » Bref, tout le monde s’accorde à souligner l’ambiance festive régnant sur ce tournage où Louis semble avoir oublié ses tracas physiques et ce temps, pas si lointain, où il jouait avec la montre comme il ne manque pas de le préciser à la journaliste France Roche à laquelle il confie qu’après le Gendarme, il va « rempiler dans la police en jouant Juve aux côtés de Jean Marais. Ce sera amusant. Je serai amené à m’arrêter car Fantômas, grâce à un masque, aura pris mon visage. Inutile de vous dire que je jouerai à la fois Juve et Fantômas, dans cette scène-là. Puis en septembre, dans Le Corniaud, j’aurai Bourvil pour partenaire. Mais tout cela n’est rien, car je me borne à tourner. Ça ne m’était pas arrivé depuis des mois, car non seulement je passais les journées au studio mais aussi mes soirées au théâtre. Pouic-Pouic, Des pissenlits par la racine et Faites sauter la banque m’ont donné l’impression d’avoir tous les matins un examen à passer… À minuit, c’est comme si j’avais gagné un marathon. Après cela, je trouverai peut-être le temps de réaliser un rêve : devenir producteur[268] ».

Dans ces propos, Louis donne l’impression d’avoir enfin le loisir de pouvoir s’amuser à sa guise. Il en vient presque à regretter Cruchot car, comme il aime à le dire : « J’ai été heureux dans ce rôle. C’est la vie même, avec les sous-fifres et les dirigeants. » Connaîtra-t-il le même bonheur dans le costume du commissaire Juve face à Jean Marais ?

11.

Les fruits de l’été

Huit jours. Huit petits jours, pas un de plus pour prendre le temps de souffler. À peine après avoir abandonné le soleil de la Côte d’Azur et tout juste eu le loisir de profiter de son appartement de la rue Monceau, Louis doit se remettre au travail. Au matin du 15 juillet 1964, il est attendu de pied ferme dans les studios de Boulogne par André Hunebelle. Une matinée entièrement consacrée aux courtoisies d’usage avec ses principaux partenaires, Jean Marais et Mylène Demongeot. Le plaisir aussi de saluer son ami Jacques Dynam dont il a souhaité la présence à ses côtés dans ce Fantômas dont l’histoire ne « manquera ni de piquant ni de péripéties  », comme l’ont déjà annoncé plusieurs quotidiens parisiens avant même le premier tour de manivelle. Paulette Andrieux, l’une des meilleures attachées de presse de Paris, a été chargée par la Gaumont d’obtenir un maximum d’échos mettant en avant un Jean Marais « méconnaissable en Fantômas  », un Jean Marais qui aura « cent visages  », un Jean Marais « amoureux d’une Mylène Demongeot troublante à souhait  »… Là encore, on photographie ce couple aux prises avec le mal, là encore on affirme que les cascades assurées par Gil Delamare seront « époustouflantes », que les bagarres réglées par Claude Carliez seront « terribles »… Toute cette promotion, parfaitement orchestrée, ne tourne qu’autour de Jean Marais et de sa jeune complice sans que jamais le nom de Louis de Funès soit mentionné. Les vedettes s’appellent Jean Marais et Mylène Demongeot. La Gaumont mise sur l’immense popularité de Jean Marais qui vient de connaître de gros succès avec Le Masque de fer d’Henri Decoin et Les Mystères de Paris d’André Hunebelle.

Ne pas être considéré comme la « locomotive » de ce film ne gêne nullement Louis, bien décidé à jouer sa partition comme à l’habitude : avec sérieux et imagination. Non pour se faire remarquer mais pour se montrer digne de la confiance que lui accorde André Hunebelle en construisant son commissaire Juve à sa façon. Il sait aussi que ce tournage ne souffrira d’aucune imperfection tant Hunebelle veille à rendre heureux ses comédiens en les invitant dans les meilleurs restaurants, en leur aménageant des horaires confortables. Tout a été minutieusement mis au point pour donner à ce Fantômas un look au goût du jour et cela dans les moindres détails. Ainsi, Jean Marais porte un costume bleu nuit, taillé au plus près du corps, sans oublier son nœud de cravate confectionné par le couturier André Bardot. En Fandor, Marais a tout du dandy. Mylène Demongeot porte les robes signées de la maison Réal. Quant à Louis de Funès, il jouit des mêmes privilèges vestimentaires. Il jouit aussi des mêmes désagréments que Jean Marais quand il doit porter un masque pour se métamorphoser en faux Juve. Ces jours-là, on lui ajoute des plis de chair au menton et au cou. On lui amidonne les paupières. Pendant ce long moment, il répète mentalement son texte et cherche à parfaire ce qui lui semble encore perfectible. Cette séance de maquillage terminée, il rejoint le plateau en prenant soin de « se coiffer d’une casquette, emmitouflé dans un épais caban contre les courants d’air, et toujours équipé de lunettes de soleil, pour éviter des regards qui pourraient le distraire. Caban, casquette ou passe-montagne ont toujours fait partie de sa panoplie, en raison de la fragilité de ses cordes vocales : il était souvent aphone », raconte Olivier de Funès[269].

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267

Témoignage de France Rumilly à l’auteur.

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268

Louis de Funès cité par France Roche in France-Soir daté du 26 juin 1964.

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269

Olivier de Funès, op. cit., p. 104.

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