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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Peut-être était-ce le rugby en France, et le hockey en Russie, ou bien les échecs, enfin ce qu’ils jouaient là-bas, toujours est-il que le sport continuait à tenir une place de choix dans la société. D’après Matt, les matches juniors se disputaient toujours à Buchanan ; certains gosses s’étaient même remis au football sur le terrain du lycée. Les gens devenaient peut-être des êtres bizarroïdes, mais ils aimaient encore courir et shooter dans un ballon.

Il ne s’était pas intéressé au base-ball depuis les championnats de 1978 ; après ça, il n’avait plus eu de télé. S’il avait bonne mémoire, les Yankees avaient battu les Dodgers, cette année-là. Les choses avaient changé, depuis. Il ne connaissait plus aucun nom. Mais il avait suivi le début de la saison sur son Sony, à l’hôpital, et il était déterminé à en voir la fin.

Ce soir, l’équipe de Detroit venait jouer à New York. Detroit, à son avis, avait de bonnes chances, pour le championnat. Il imaginait bien un match final Detroit/Chicago, et était prêt à parier pour Detroit.

Les Tigers rencontreraient les Cubs, et Kindle bouclerait ses valises pour prendre la route.

Il passa cette nuit-là encore à l’hôpital, mais son rétablissement ne justifiait pas qu’il y prolongeât son séjour. L’endroit manquait un peu de charme, c’est le moins que l’on puisse dire. D’un autre côté, il serait stupide de retourner vivre dans sa cabane. Il pouvait maintenant profiter de la solitude sans pour autant jouer les anachorètes dans la montagne.

Au matin, il téléphona dans une agence immobilière. Comme il s’y attendait, personne ne répondit. Il connaissait quelqu’un qui y travaillait, ou du moins qui y avait travaillé, un gars nommé Ira qui, de temps à autre, lui louait son bateau pour une partie de pêche. Kindle l’appela à son domicile et reconnut dans la voix d’Ira le même détachement, le même flottement qu’il avait déjà remarqué chez les Contactés. Après s’être présenté, Kindle alla droit au but :

— Une question, Ira. Étant donné que vous êtes dans le business, pouvez-vous me dire si les maisons sont gratuites ?

— Que voulez-vous dire ? Vous voulez en acheter une ?

— Non. J’en veux une, c’est tout. Hier, je voulais un poste de radio et je n’ai eu que la peine de me servir. Est-ce que je peux avoir une maison de la même manière ?

Il y eut un court silence à l’autre bout du fil.

— Eh bien…

Nouveau temps de réflexion.

— Je connais des maisons qui ne sont plus habitées. Si vous y emménagez, je serais surpris que quelqu’un vienne s’en plaindre.

— Vous vous foutez de moi !

— Je vous demande pardon ?

— Enfin, bon sang, ne me dites pas que vous êtes sérieux ! Je peux m’installer dans n’importe quelle baraque ?

— Du moment qu’elle est vide, je ne vois pas ce qui vous en empêcherait.

Kindle se rappela les conseils de Joey à propos de l’antenne.

— J’en veux une sur une colline. Sans rien autour. Beau panorama.

— Vue sur l’océan ?

— Aucune importance.

— Je peux vous donner quelques adresses.

Kindle sortit son stylo.

Il passa la journée à visiter les maisons. En fin d’après-midi, il avait fait son choix. Un pavillon de trois pièces, charpente de bois, dans le quartier plutôt chic de Delmar, qui surplombait Buchanan et l’extrémité nord la baie. La maison était vide. Pas de locataires. Pas de meubles.

Il emménagea avec son seul bien – l’émetteur-récepteur, toujours emballé –, et le posa par terre, au beau milieu du salon.

Il régnait une odeur de neuf. Sans doute avait-on nettoyé la moquette avant que la maison soit mise sur le marché. Il y avait des chances aussi pour que les peintures aient été refaites.

Jamais il n’avait vécu dans ce genre d’endroit, sans en éprouver d’ailleurs la moindre frustration. Au contraire. Mais un mois ou deux de ce régime devraient être supportables. Encore que, pour l’instant, il n’avait d’autre choix que de s’asseoir par terre.

Les portes du grand magasin, dans le centre commercial, étaient ouvertes mais il n’y avait bien sûr personne devant les caisses ni dans les rayons. Selon toute évidence, il pouvait se meubler à bon compte. Et choisir librement, sans regarder à la dépense. Il avait toujours couvé des yeux les canapés en cuir, par exemple. Il en essaya un sur place, dans le rayon totalement désert. Le divan l’accueillit avec un soupir moelleux. Somptueux mais vraisemblablement trop poisseux par temps chaud.

De toute façon, c’était bien gentil, mais comment pourrait-il transporter le moindre meuble sans risquer de se refaire éclater le fémur ? Déçu, il se dirigea vers le mobilier de jardin. Deux chaises pliantes et une chaise longue légères comme l’air. Exactement ce qu’il lui fallait. Il les coinça sous ses bras et les transporta jusqu’à la voiture.

Il retourna dans le magasin, et en ressortit cette fois avec un jean, une brassée de T-shirts et des sous-vêtements.

La journée avait été longue ; il commençait à fatiguer, mais il s’arrêta néanmoins au supermarché où il prit des conserves, des tranches de jambon sous cellophane et du pain de mie. La maison était équipée d’un réfrigérateur et d’une cuisinière. Tiens, à propos, il n’avait pas pensé à vérifier l’électricité. Quoi qu’il en soit, il pourrait toujours appeler la compagnie et… Ah. Encore fallait-il pour ça que la ligne de téléphone soit branchée. Et qu’il y ait bien un téléphone… Bon. Procédons par ordre. Retour au centre pour y prendre un appareil à touches.

Il arriva entre chien et loup à son nouveau domicile.

Aussitôt, il put se rendre compte que l’électricité n’était pas coupée. Le Frigidaire bourdonnait vigoureusement. Il alluma la cuisine et commença à y entreposer ses provisions.

Curieux. L’intérieur du Frigidaire était à peine froid. Intrigué, il vérifia le congélateur. Pas de glace. Pas même un semblant de givre. Avait-il affaire à un de ces modèles auto-dégivrants ? Il avait entendu parler de ce genre d’article.

En attendant, le frigo ronronnait plus fort qu’une chatte en chaleur. Pourquoi ne l’avait-il pas remarqué tout à l’heure ?

Peut-être parce qu’il ne marchait pas.

Peut-être que, cet après-midi, il n’y avait pas encore d’électricité.

Il brancha son téléphone neuf et appela Ira.

— Ira ? J’ai trouvé une maison.

— Je sais, répondit gaiement Ira. À Delmar. C’est drôle, j’étais l’agent affecté à cette propriété. Très belle vue. J’espère sincèrement que vous vous y plairez.

— Excusez-moi, Ira, mais comment savez-vous que j’ai choisi celle-là ?

Un petit silence au bout du fil.

— Les voisins vous ont vu y apporter quelques affaires. Nous avons supposé que vous aviez décidé d’y emménager.

— Parce que vous avez parlé aux voisins ?

— Oui, enfin… en quelque sorte.

Encore une histoire de téléphone vaudou, songea Kindle.

— Dites-moi… ces voisins… ils ont prévenu la compagnie d’électricité ?

— C’est-à-dire. Tom… tout le monde communique plus ou moins avec tout le monde.

— Et ça ne vous fout pas plus ou moins la trouille ?

— Non. Mais je suis navré si nous vous avons effrayé.

— Surtout que ça ne vous empêche pas de dormir.

Il raccrocha en hâte.

Puis déplia une chaise et s’assit.

Il avait oublié de prendre un poste de télé. Il y avait un match, ce soir ? Impossible de se le rappeler.

Dans la cuisine, sous la lumière vive, il déballa la radio. Plutôt disgracieux, comme appareil. Le manuel, quant à lui, était traduit dans un anglais très approximatif : « Ne permettez pas le contact avec l’humidité ou le très mouillé. » De quoi méditer un moment…

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