Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Sûrement Joey Commoner saurait-il décrypter ce charabia.
Novembre fut pluvieux ; Kindle repoussa à plus tard l’installation de l’antenne. Sa jambe commençait à le faire moins souffrir. Petit à petit, il emmagasina des provisions, craignant que les soupçons de Matt ne fussent en fin de compte fondés. Les rayons de l’alimentation maigrissaient à vue d’œil. Et si on n’était pas en peine pour trouver du cirage ou des boulons, certains articles disparaissaient à la vitesse de l’éclair. À son tour, il entreprit de stocker. Il avait par moments l’impression d’être un collectionneur de pièces rares : le dernier paquet de pop-corn. Les dernières tranches de saumon.
Il rapporta quelques affaires de sa cabane. Surtout des outils et des livres. Le Déclin de l’Empire romain, resté là où il l’avait laissé en août, devant la fenêtre ouverte, était un peu humide mais encore lisible. Un peu de soleil italien ne ferait peut-être pas de mal, pour sécher toute cette pluie glacée de novembre. Et ensuite, il passerait à Madame Bovary.
Les Tigers se qualifièrent pour les championnats à la fin du mois.
Il appela Joey quand le ciel s’éclaircit.
— J’attendais votre coup de fil, se plaignit Joey. Je suis allé chercher des pièces chez Radio Shack pour monter l’antenne. J’en ai trouvé une chez Causgrove. Mais vous étiez pas à l’hôpital.
Kindle lui donna sa nouvelle adresse.
— Tu peux transporter le tout ?
— J’ai pris une camionnette sur le parking de Ford.
Faudra que j’aille me servir aussi, un de ces quatre, songea Kindle.
— Si je comprends bien, ça va pas être un boulot de tout repos.
— N’y comptez pas, dit Joey.
— Apporte des bières.
— Elles refroidissent déjà dans le frigo depuis quinze jours.
Kindle avait monté des antennes de télévision dans les années 60, et il avait acquis suffisamment d’expérience pour tempérer l’impatience de Joey. Il utilisa une perceuse et une mèche à béton pour planter l’antenne dans l’allée qui divisait la pelouse, devant la maison. Il l’arrima au départ puis au fur et à mesure de son élévation afin de prémunir Joey d’une mauvaise chute. Matt Wheeler ne verrait sans doute pas d’un bon œil d’être appelé pour une nouvelle jambe cassée. Et encore moins pour un de ses « un sur dix mille » – même s’il s’agissait de Joey Commoner.
Au crépuscule, ils avaient fixé le pylône et stabilisé l’antenne. Joey s’était chargé de tout le travail d’équilibriste – par égard pour la jambe de Kindle, ce serait gentil, ou à cause de son âge, là ce serait franchement vexant. Kindle fut assez prudent pour ne pas le lui demander.
Joey s’écarta pour juger de l’effet.
— Ça devrait nous permettre de nous régler sur une des fréquences de la bande des vingt mètres, ce doit être la plus utilisée en ce moment. Encore qu’on ne sait jamais…
— C’est sûrement pas à moi qu’il faut poser la question.
Joey avait retiré son T-shirt pendant la phase finale de l’opération. Alors qu’ils entraient tous les deux dans la maison, Kindle lut le tatouage sur son biceps droit. En lettres bleues bien calligraphiées. MINABLE, pouvait-on lire.
— Tu y crois ? demanda Kindle.
Joey haussa les épaules et, après s’être rhabillé, commença sans perdre une minute à tripoter l’émetteur-récepteur. Kindle ouvrit une bière, guettant une réponse qui ne venait pas. L’idée lui traversa l’esprit de commander une bonne pizza ; sauf que plus personne ne livrait, désormais. Il se demanda qui, à Buchanan, avait mangé la dernière pizza livrée à domicile.
Il insista :
— C’est bizarre, tout de même, d’écrire ce genre de chose sur soi.
La tête de Joey apparut derrière le poste.
— Ça vous défrise ?
— Ne deviens pas agressif…
Kindle reporta son attention sur le dîner.
— Je pourrais peut-être faire cuire des hamburgers…
— Faites cuire ce que vous voulez. Et merde !
Le tournevis venait de déraper dans sa paume. Il ajouta quelques jurons bien sentis pour marquer le coup.
— C’est pas « minable » qu’il fallait écrire, dit Kindle. C’est « petit con maladroit et irascible ».
— Faites pas chier.
— Je croyais que ça te plaisait, l’électronique.
Joey se releva. Qu’est-ce qu’il avait sur son T-shirt ? Un crâne ? Un crâne et des roses ?
— C’est trop long.
— Hein ?
— « Petit con maladroit et irascible. » Ça m’aurait fait trop mal, pour l’écrire.
— Le petit con a de l’humour, dit Kindle.
Il fit cuire les hamburgers comme il les aimait, avec une couche impressionnante de chili. Joey rajouta une bonne rasade de ketchup et attaqua.
— Quand est-ce qu’on branche ? demanda Kindle.
— Après bouffer, je suppose.
— Y aura peut-être rien à entendre.
Joey, une fois de plus, haussa les épaules. Un geste qu’il maîtrisait à la perfection. Il avait dû suivre des cours pour ça.
— Combien, sur ces « un sur dix mille », sont équipés d’une radio ou auront eu la jugeote d’en monter une ? J’ai lu des statistiques dans un livre de bibliothèque. Peut-être qu’un sur six cents adultes américains a une licence de radioamateur. Alors après Contact, qu’est-ce que ça donne, à ton avis ? Cinquante personnes dans tous les États-Unis ?
— Qu’est-ce que j’en sais, moi ?
— Rien, pas plus que moi. Mais ça ne peut pas aller bien loin. Et combien, parmi cette poignée, seront à l’écoute au bon moment ?
— Le soir, y en a plus. La réception est censée être meilleure.
— Admettons. N’empêche que certains seront sûrement hors de portée, ou mal placés pour nous recevoir, ou je sais pas quoi encore. Et les autres auront peut-être abandonné après avoir essayé sans succès. Si ça se trouve, on aura personne. Pas un chat.
— Possible, dit Joey.
— Et alors ? T’en as rien à foutre, toi ?
Joey parut réfléchir à la question.
— Je vais déjà faire marcher l’émetteur, dit-il enfin. Ça vous fera pas de mal de parler à quelqu’un.
— Mais en ce qui te concerne, c’est pas ça qui sauvera le monde, hein ?
— Parce que c’est ça que vous espérez ?
— Non. Mais c’est peut-être bien ce que Matt Wheeler, lui, espère.
— C’est idiot, dit Joey.
— Tu crois ?
— Ils sont tous partis, déjà. Ils sont encore là, d’accord, mais ils sont quand même partis. Et y en a qui sont restés en rade. C’est comme ça, on y peut rien.
— On peut s’entraider.
— Si on était moins cons, on serait allés au paradis, comme tous les autres. Si on est encore là, c’est bien significatif. Tous les gens importants sont partis, et on est restés sur place parce que… pour tout dire… on est…
— On est quoi ?
Joey sourit.
— Minables.
Joey brancha la radio, mais la bande des vingt mètres resta muette. Kindle en eut la chair de poule. Tous ces parasites… on ignorait d’où ils venaient. Radiations interstellaires, crachotements cosmiques, pluie sur un toit ? Aussi insaisissables qu’un rêve. C’était comme écouter le sommeil mouvementé du monde.
Parce que Buchanan n’était pas la seule ville à avoir été contaminée par cet étrange virus. La planète entière était malade. Et s’il le savait, s’il le savait même depuis des mois, en fait, il ne l’avait encore jamais ressenti – avec son ventre, dans sa chair. Mais il le ressentit là, à cet instant, en écoutant le chuintement de la radio, pareil à celui des vagues s’échouant sur une plage déserte.