Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Qu'est-ce, en comparaison de ce que tu pourrais avoir � dire, les mots que tu auras vol�s et qui pourriront ton langage?
Car seuls sont � d�nommer les sommets de montagnes distingu�s des autres et qui te font un monde plus clair. Et il se peut que je t'apporte ainsi, si je cr�e, quelques v�rit�s nouvelles dont le nom une fois formul� sera comme le nom dans ton c�ur de quelque nouvelle divinit�. Car une divinit� exprime une certaine relation entre des qualit�s dont les �l�ments ne sont pas neufs mais le sont devenus en elle.
Car j'ai con�u. Et il est bon que je marque au fer dans ton c�ur le chiffre qui te peut augmenter. De peur qu'ensuite tu ne t'�gares.
Mais sache que hors les clefs de vo�te qui me sont d�couvertes par d'autres que toi, tu ne peux rien d�signer, par les mots, qui soit de son essence et de ta vie. Et si tu me peins le ciel en rouge et la mer en bleu, je refuse d'�tre �mu car il te deviendrait vraiment trop ais� de m'�mouvoir!
Pour m'�mouvoir il faut me nouer dans les liens de ton langage et c'est pourquoi le style est op�ration divine. C'est ta structure alors que tu m'imposes et les mouvements m�mes de ta vie, lesquels n'ont point d'�gaux au monde. Car si tous ont parl� des �toiles et de la fontaine et de la montagne, nul ne t'a dit de gravir la montagne pour boire aux fontaines d'�toiles leur lait pur.
Mais s'il est par hasard un langage o� ce mot soit, c'est qu'alors je n'ai rien invent� et n'apporte rien qui soit vivant. Ne t'encombre point de ce mot s'il ne doit pas chaque jour te servir. Car ce sont des faux dieux ceux qui ne servent pas dans les pri�res de chaque soir.
Mais s'il se trouve que l'image t'illumine, alors elle est cr�te de montagne d'o� le paysage s'ordonne. Et cadeau de Dieu. Donne-lui un nom pour t'en souvenir.
LXXXV
Me vint l'imp�rissable d�sir de b�tir les �mes. Et me vint la haine des adorateurs de l'usuel. Car en fin de compte si tu dis servir la r�alit� tu ne trouveras rien que la nourriture � offrir � l'homme, laquelle change peu de go�t selon la civilisation. (Et encore ai-je parl� de l'eau qui devient cantique!)
Car ton plaisir d'�tre gouverneur de province tu ne le dois qu'� mon architecture, laquelle ne te sert de rien dans l'instant, mais seulement t'exalte selon l'image que j'ai fond�e de mon domaine. Et les plaisirs m�me de ta vanit� ne sont pas dus aux objets pond�rables qui dans l'instant ne te servent de rien, et dont tu ne consid�res que la couleur qu'ils ont dans l'�clairage de mon empire.
Et celle-l� qui a baign� quinze ans dans les aromates et les huiles, � qui furent enseign�s la po�sie, la gr�ce et le silence qui seul contient et qui, sous le front lisse, est patrie de fontaines, me diras-tu, parce qu'un autre corps ressemble au sien, qu'elle compose pour tes nuits le m�me breuvage que la prostitu�e que tu paies?
Et, de ne point les distinguer sous pr�texte de t'enrichir en facilitant tes conqu�tes, car il te co�tera moins de soins de b�tir une prostitu�e que de fonder une princesse, tu t'appauvriras.
Il se peut que tu ne saches point go�ter la princesse, car le po�me lui-m�me n'est ni cadeau ni provision mais ascension de toi-m�me, il se peut que tu ne sois point li� par la gr�ce du geste, de m�me qu'il est des musiques auxquelles tu n'acc�deras point faute d'effort, mais ce n'est pas qu'elle ne vaille rien, mais que simplement tu n'existes pas.
Dans le silence de mon amour j'ai �cout� parler les hommes. Je les ai entendus s'�mouvoir. J'ai vu luire l'acier des couteaux dans les disputes. Aussi sordides qu'ils fussent et que fussent leurs bouges, hors l'app�tit de nourriture, je n'ai jamais trouv� qu'ils s'animassent pour des biens qui eussent un sens hors du langage qu'ils parlaient. Car la femme pour laquelle tu d�sires tuer est elle-m�me toujours autre chose qu'un simple corps, mais telle patrie particuli�re hors de laquelle tu te d�couvres exil� et sans signification. Car la bouilloire o� se pr�pare le th� du soir, voil� brusquement qu'elle te manque, de perdre son sens � travers elle.
Mais si dans la d�marche de ta stupidit� tu t'y trompes, et de voir les hommes ch�rir la bouilloire du soir, tu l'honores pour elle-m�me et asservis l'homme � la forger, alors il n'est plus d'hommes pour l'aimer et tu as ruin� l'un et l'autre.
Ainsi si tu morcelles un visage, ayant reconnu la douceur des enfants et la pi�t� d'un lit de malade et le silence comme autour d'un autel et la grave maternit�. Alors tu me feras, pour en favoriser le nombre, des �curies ou des �tables et tu parqueras tes troupeaux de femmes afin qu'elles accouchent.
Et tu auras perdu pour toujours ce que tu pr�tendais favoriser, car peu t'importent les fluctuations d'un b�tail, s'il s'agit de b�tes � l'engrais.
Moi je construis l'�me de l'homme et je lui b�tis des fronti�res et des limites et je lui dessine des jardins � et pour que soit le culte de l'enfant et qu'il prenne un sens dans le c�ur, il se peut que peut-�tre en apparence j'en favorise moins le nombre � car je ne crois point en ta logique mais en la pente de l'amour.
Si tu es, tu construis ton arbre, et si j'invente et fonde l'arbre ce n'est qu'une graine que je propose. Les fleurs et les fruits y dorment en puissance dans le lit de ce pouvoir. Si tu te d�veloppes, tu te d�veloppes selon mes lignes non pr�con�ues car je ne m'en suis point pr�occup�. Et d'�tre, tu peux devenir. Et ton amour devient enfant de cet amour.
LXXXVI
Et je me heurtais � un seuil car il est des �poques o� le langage ne peut rien saisir ni rien pr�voir. Ceux-l� m'opposent le monde comme un r�bus et exigent que je le leur explique. Mais il n'est point d'explication et le monde n'a point de sens.
�Faut-il nous soumettre ou lutter?� Il faut se soumettre pour survivre et lutter pour continuer d'�tre. Laisse faire la vie. Car telle est la mis�re du jour que la v�rit� de la vie, laquelle est une, prendra pour s'exprimer des formes contraires. Mais ne te fais point d'illusions: tel que tu es, tu es mort. Et tes contradictions sont celles de la mue, et tes d�chirements et tes mis�res. Tu craques et te d�chires. Et ton silence est du grain de bl� dans la terre o� il pourrit afin de devenir. Et ta st�rilit� est st�rilit� dans ta chrysalide. Mais tu rena�tras embelli d'ailes.
Tu te diras, du haut de la montagne d'o� sont r�solus tes probl�mes: �Comment n'ai-je pas d'abord compris?� Comme s'il �tait d'abord quelque chose � comprendre.
LXXXVII
Tu ne recevras point de signe car la marque de la divinit� dont tu d�sires un signe c'est le silence m�me.
Et les pierres ne savent rien du temple qu'elles composent et n'en peuvent rien savoir. Ni le morceau d'�corce, de l'arbre qu'il compose avec d'autres. Ni l'arbre lui-m�me, ou telle demeure, du domaine qu'ils composent avec d'autres. Ni toi de Dieu. Car il faudrait que le temple appar�t � la pierre ou l'arbre � l'�corce, ce qui n'a point de sens car il n'est point pour la pierre de langage o� le recevoir. Le langage est de l'�chelle de l'arbre. Ce fut ma d�couverte apr�s ce voyage vers Dieu.
Toujours seul, enferm� en moi en face de moi. Et je n'ai point d'espoir de sortir par moi de ma solitude. La pierre n'a point d'espoir d'�tre autre chose que pierre. Mais, de collaborer, elle s'assemble et devient temple.
L'apparition de l'archange je n'ai plus l'espoir d'y pr�tendre car ou bien il est invisible ou bien il n'est pas. Et ceux qui esp�rent un signe de Dieu c'est qu'ils en font un reflet de miroir et n'y d�couvriraient rien qu'eux-m�mes. Mais me vient, d'�pouser mon peuple, la chaleur qui me transfigure. Et cela est marque de Dieu. Car une fois fait le silence, il est vrai pour toutes les pierres.