L'apprenti [Prentice Alvin - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #3
- Год: 1993
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-905158-70-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'apprenti [Prentice Alvin - fr]». Краткое содержание книги:
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre de pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des « talents » à la dimension de pouvoirs et, les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature. Un récit magique et flamboyant où l’enjeu n’est rien moins que le destin du monde.
— J’les gagne, moi ! » brailla l’homme. Il bouillait de rage, ce serait plus facile de lui sacrer une volée, c’était ce que voulait Alvin. Mais les autres, ils se mirent à le tirer en arrière.
« L’a raison, le p’tit forgeron, tu vaux pas tripette à la lutte.
— Donnes-y donc ce qu’y veut.
— Mike, tu prends c’gars.
— L’est à toi, Mike. »
Dans le fond – le coin le plus à l’ombre, où il était resté assis sur la seule chaise pourvue d’un dossier –, un homme se leva et s’avança.
« C’est moi qui l’prends, c’gars-là », dit-il.
Aussitôt, le fort en gueule recula pour lui céder la place. Ce n’était pas du tout ce que voulait Alvin. Le dénommé Mike était plus grand et plus costaud que tous les autres et, lorsque l’homme retira sa chemise, Al s’aperçut qu’en dehors d’une ou deux cicatrices il était dans l’ensemble intact et possédait encore ses deux oreilles, signe indiscutable que s’il lui était arrivé de perdre un combat, il n’avait sûrement jamais subi de défaite sévère.
Il avait une musculature de bison.
« Mon nom, c’est Mike Fink ! beugla-t-il. J’suis l’plus salaud, l’plus maudit des fils de pute qu’a jamais marché d’sus l’eau ! J’peux rendre orphelins des bébés alligators à mains nues ! J’peux jeter un bison vivant dans un chariot et lui taper sus l’dessus du crâne jusqu’à ce qu’y meure ! Si j’aime pas l’coude d’une rivière, j’te l’attrape par un bout et j’la secoue pour la r’dresser ! Toutes les femmes que j’culbute se r’lèvent avec trois marmots, quand elles se r’lèvent ! Une fois que j’en aurai fini avec toi, mon gars, t’auras les cheveux qui te tomberont tout droit d’chaque côté d’la goule, par rapport que t’auras plus d’oreilles. Faudra t’asseoir pour pisser et t’auras plus jamais b’soin de t’raser ! »
Pendant que Mike Fink débitait ses fanfaronnades, Alvin se débarrassait de sa chemise et de la ceinture où pendait son couteau pour les déposer sur le siège du chariot. Il traça ensuite un grand cercle par terre en prenant soin de garder l’air aussi calme et détendu que si Mike Fink n’était qu’un petit gamin de sept ans plein de cran et non un homme dont l’envie de meurtre se lisait dans les yeux.
Aussi lorsque Fink eut fini de se vanter, le cercle était tracé. Il s’approcha du rond, puis l’effaça du pied en soulevant de la poussière. Il tourna tout autour pour le faire disparaître complètement. « J’connais pas qui t’a appris à t’battre, mon gars, dit-il, mais quand tu t’bats contre moi, y a pas d’lignes par terre et y a pas d’règles. »
Une fois encore, la lady intervint. « Il semble évident qu’il n’y a pas de règles non plus lorsque vous vous exprimez, sinon vous sauriez que votre manie de dire y “a pas” est une preuve indiscutable d’ignorance et de bêtise. »
Fink se tourna vers elle et fit mine de vouloir parler. Mais c’était comme s’il savait qu’il n’avait rien à dire, ou alors il se figurait que tout ce qu’il dirait n’aboutirait qu’à prouver davantage son ignorance. Le ton méprisant de la femme le mettait en rage, mais il mettait aussi le doute dans son esprit. D’abord, Alvin crut qu’elle l’exposait, lui, à un plus grand danger, à vouloir encore s’en mêler. Puis il comprit qu’elle faisait à Fink ce qu’il avait voulu faire au fort en gueule : le rendre suffisamment furieux pour qu’il se batte n’importe comment. L’ennui, alors qu’Alvin jaugeait le batelier, c’était qu’il le soupçonnait de ne pas se battre n’importe comment sous le coup de la colère mais de n’en devenir que plus mauvais. De se battre pour tuer. Pour mettre à exécution son projet fanfaron de couper certains morceaux de son anatomie. Ça n’allait pas être un combat amical comme ceux qu’il livrait au village, quand le jeu consistait à simplement envoyer l’adversaire à terre ou, s’ils s’affrontaient sur l’herbe, à l’immobiliser.
« Vous êtes pas si fort, dit Alvin, et vous connaissez que j’ai raison, sinon vous auriez pas un couteau dans vot’ botte. »
Fink parut effrayé, puis il sourit. Il remonta sa jambe de pantalon et sortit de sa botte un long couteau qu’il jeta aux hommes derrière lui.
« J’ai pas b’soin d’couteau pour te battre, toi, dit-il.
— Alors pourquoi vous enlevez pas çui qu’vous avez aussi dans l’aut’ botte ? » demanda Alvin.
Fink fronça les sourcils et souleva l’autre jambe de pantalon. « Y a pas d’couteau icitte », dit-il.
Alvin savait bien que si, et ça lui faisait plaisir que Fink soit assez inquiet de son combat pour ne pas se séparer de sa lame la mieux cachée. Sans compter que personne n’était probablement au courant de son existence en dehors d’Alvin, capable de voir ce que les autres ignoraient. Fink n’avait pas envie d’avouer à tout le monde qu’il avait ce couteau, on allait vite se passer le mot tout au long de la rivière et il perdrait son avantage.
Alvin ne pouvait pourtant pas le laisser combattre avec un couteau caché sur lui. « Alors déchaussez-vous et on s’bat pieds nus », dit-il. De toute manière, couteau ou pas, c’était une bonne idée. Alvin savait qu’en cours de bagarre les rats de rivière ruaient comme des mules à coups de bottes. Le fait de se battre pieds nus, ça enlèverait peut-être une partie de son courage à Mike Fink.
Mais si Fink perdit un peu de courage, il ne le montra pas. Il s’assit dans la poussière de la route et retira ses bottes. Alvin fit de même et enleva aussi ses chaussettes – Fink n’en portait pas. Les deux hommes n’étaient désormais plus vêtus que de leur pantalon, et déjà, en plein soleil, la poussière et la sueur maculaient leurs corps de marbrures et de croûtes d’argile.
Mais Alvin n’était pas encroûté au point de ne pas sentir un charme de protection qui enveloppait tout Mike Fink. Comment était-ce possible ? Avait-il un charme gravé sur une amulette dans sa poche ? Le motif était plus puissant du côté de son postérieur, mais lorsqu’il envoya son esprit fouiller cette poche, il ne trouva rien d’autre que la grossière toile de coton du pantalon. Elle ne contenait même pas une pièce de monnaie.
Un attroupement s’était à présent formé. Il rassemblait non seulement les rats de rivière qui se prélassaient à l’ombre du bureau du port mais aussi tout un tas de leurs congénères, et manifestement tous s’attendaient à ce que Mike Fink l’emporte. Ce devait être une sorte de légende le long de la rivière, se dit Alvin, et ce n’était pas surprenant quand on bénéficiait comme lui d’un charme mystérieux. Alvin imaginait les adversaires de Fink qui voulaient lui donner un coup de couteau mais qui déviaient au dernier moment, lâchaient prise ou trouvaient moyen de retenir l’arme pour qu’elle ne fasse pas mal. C’est bien plus facile de gagner tous vos combats si personne ne peut vous planter ses dents dans la chair ni un couteau faire mieux que vous effleurer la peau.
Fink tenta d’abord les coups les plus tape-à-l’œil, bien sûr, pour assurer le spectacle : il rugissait, se ruait sur Alvin à la façon d’un bison, cherchait à l’étreindre entre ses bras d’ours, puis à l’agripper et lui balancer son poing à la volée comme un quartier de roc au bout d’une ficelle. Mais Alvin ne voulait rien savoir. Il n’avait d’ailleurs même pas besoin de se servir de son talent pour éviter les attaques. Il était plus jeune et plus vif que Fink ; il esquivait si vite que le batelier n’arrivait même pas à le toucher. Au début, les spectateurs huèrent et traitèrent Alvin de froussard. Mais après un moment, ils se mirent à rire de Fink, tant il avait l’air bête à rugir et à ruer toujours en pure perte.
Pendant ce temps, Alvin explorait Fink pour trouver la source de son sortilège, car il n’avait aucun espoir de gagner ce combat s’il n’arrivait pas à se débarrasser de la puissante enveloppe protectrice de son adversaire. Il y parvint bientôt : un motif de teinture profondément incrusté dans la peau d’une fesse. Ce n’était plus un charme parfait car la peau avait quelque peu changé au cours des ans avec la croissance de Fink, mais le motif en était ingénieux, composé de boucles et d’anneaux efficaces ; même déformé, il parvenait encore à tendre un écran redoutable tout autour de lui.