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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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— Alors, ça devrait être repris en main par les Affaires étrangères américaines, dit David. Ou par Vienne – enfin, une organisation mondiale. Pas par notre compagnie.

— Rizome est mondiale ! En outre, la Grenade tirerait à vue sur n’importe quel diplomate yankee. Les Affaires étrangères – allons, David, autant envoyer nos gars avec un grand placard autour du cou marqué “otage”. » Elle renifla de dépit. « En plus, les Fédéraux n’ont aucune jugeote.

— Mais c’est la guerre. La guerre, c’est l’affaire des gouvernements. Pas des entreprises.

— Voilà bien un discours prémillénaire. Le monde aujourd’hui est différent.

— Tu aurais pu être parmi ces cadavres flottant sur les eaux. Toi, ou moi, ou la petite. Ça ne t’est pas venu à l’esprit ?

— Je le sais mieux que toi, fit-elle, rageuse. Tu n’étais pas à côté de moi quand ils ont tué Stubbs. »

David rougit. « C’est dégueulasse de dire ça. Je suis à côté de toi en ce moment, non ?

— L’es-tu ? »

Les mâchoires soudain crispées, il fixa ses mains, comme pour les retenir de la frapper. « Eh bien, je suppose que ça dépend, n’est-ce pas ?, de ce que tu t’imagines faire.

— Je connais mes objectifs à long terme, dit Laura. Ce qui est plus que tu n’en pourrais dire. » Elle caressa la joue du bébé. « Dans quel genre de monde va-t-elle vivre ? Voilà ce qui est en jeu.

— Comme cela sonne noblement, railla-t-il. Et à un quart de poil de la mégalomanie. Le monde est plus vaste que nous deux réunis. Nous ne vivons pas dans le “globe”, Laura. Nous vivons ensemble. Nous deux. Et notre enfant. »

Il inspira un grand coup, souffla. « J’en ai ma claque, voilà. D’accord, peut-être que mon numéro est sorti une fois. Je veux bien être monté en première ligne pour Rizome. Avoir fait ma part de boulot ; contemplé des cadavres ; vu brûler mon toit au-dessus de moi. Mais ils ne me paient pas assez pour que je meure.

— Personne n’est payé assez pour ça, dit Laura. Mais on ne peut pas non plus voir des gens se faire massacrer, dire que tout baigne et que ce n’est pas notre affaire.

— Nous ne sommes pas indispensables. Laissons d’autres s’amuser à jouer les Jeanne d’Arc.

— Seulement, je sais ce qui se passe. C’est ce qui fait ma valeur : j’ai vu des choses que les autres n’ont pas vues. Même pas toi, David.

— Oh ! parfait ! Tu vas encore me démontrer que je traverse l’existence comme dans un brouillard. Écoute voir, madame Webster, j’en ai plus vu de la Grenade authentique que tu n’en as jamais vu. J’ai vu la réalité, moi, pas ces vulgaires conneries de jeux de pouvoir auxquels tu t’amuses avec ton réseau de vieilles filles. Sacré nom d’une pipe, Laura ! Il serait temps de tirer la leçon de tes échecs et de savoir admettre tes propres limites !

— Parlons plutôt des tiennes ! » répliqua Laura.

Il la dévisagea. « Bien sûr. Si tu veux voir les choses sous cet angle. Mes limites. Je les ai atteintes. Voilà. Fin de la discussion. »

Elle se carra dans son siège, furieuse. Parfait. Il avait donc renoncé à écouter. Il n’y avait qu’à voir ce qu’il dirait d’une petite cure de silence…

Au bout de plusieurs heures de mutisme, elle se rendit compte de son erreur. Mais il était alors trop tard pour faire machine arrière.

La police monta dans l’avion à l’aéroport de La Havane. Les passagers furent priés de sortir – pas exactement manu militari, mais c’était tout comme. Dehors, il faisait noir, la pluie tombait. Contenus à bonne distance, derrière une rangée de barrières rayées, les journalistes hispanisants brandissaient leurs caméras et criaient des questions. Agitant les bras, un exilé voulut se laisser glisser vers eux mais fut bien vite reconduit dans le troupeau.

Ils entrèrent dans une aile de l’aérogare cernée de jeeps. Ça grouillait de douaniers. Et d’inspecteurs de Vienne – des types en civil bien habillés, avec terminal portatif et vidéoverres dorés.

Les flics se mirent à aligner sans douceur les réfugiés. Des flics locaux, des Cubains, qui demandaient les papiers. Ils escortèrent un groupe de technos au sourire triomphant, au nez et à la barbe des Viennois furieux. Rivalités de prérogatives juridiques. Cuba n’avait jamais été trop enthousiaste vis-à-vis de la Convention.

Quelqu’un lança en japonais : « Laura-san ni obanashi shitai no desu ga !

— Wakarimashita », répondit-elle. Elle les repéra : un jeune couple, près d’une sortie à côté d’un flic cubain en uniforme. « Viens », dit-elle à David – ses premiers mots à son adresse depuis des heures – et elle se dirigea vers eux. « Donata ni goyo desu ka ? »

La femme sourit timidement et s’inclina : « Rara Ebsta ?

— Rai, dit Laura. C’est moi. Elle indiqua David : Kore wa David Webster to iu mono desu. »

La femme saisit le couffin de Loretta. Surpris, David la laissa faire. Elle fronça le nez. « O-mutsu o torikaete kudasai.

— Ben ouais, on n’en a plus », dit Laura. Regards incompréhensifs. « De couches. Eigo wa shabere masuka ? » Hochements de tête maussades. Elle se tourna vers David. « Ils ne parlent pas anglais.

— ¿ Qué tal ? dit celui-ci. Yo no hablo japones – un poquito solo. Uhh… ¿ Quien ustedes ? ¿ Y su amigo interesante ? »

— Somos de Kymera Havana », dit gaiement l’homme. Il s’inclina et serra la main de David. « Bienvenidos a Cuba, Señor Rebsta ! Soy Yoshio, y mi esposa, Mika. Y el Capitan Reyes, del Habana Securidad…

— C’est la Kymera Corporation, traduisit David.

— Ouais, je sais.

— Z’ont tout l’air d’avoir plus ou moins passé un accord avec la police locale. » Il marqua un temps d’arrêt. « Kymera… Ils sont avec nous, non ? Des démocrates économiques.

— Solidaridad », lui dit Yoshio, deux doigts levés. Il cligna de l’œil et ouvrit la porte.

Kymera avait une voiture prête pour eux.

Kymera était parfaitement bien organisée. Rien n’avait été oublié : de nouveaux passeports – officiels. De nouvelles consoles. Des couches-culottes et de la bouillie pour bébé. Des vêtements de rechange presque à la bonne taille – ou qui l’auraient été sans les festins de Rita. Et ils avaient aplani les problèmes avec la police cubaine. Laura préféra s’abstenir de demander comment.

Ils passèrent une soirée calme, à l’abri douillet et miraculeux de l’un des bâtiments de Kymera à La Havane. Et hors réseau, dans l’intimité – une sorte d’extase, comme au sortir d’une longue maladie. Leurs chambres étaient plus petites et tout y était plus proche du sol, mais par ailleurs c’était comme la bonne vieille routine dans une Loge de Rizome. Ils bavardaient en espagnol et en japonais, entre fruits de mer et saké, et firent la connaissance de l’adorable gamine de quatre ans des Takeda.

« Rizome nous a montré certaines de vos bandes, dit Yoshio, en s’interrompant pour la traduction. Nous sommes en train de coordonner nos efforts ; d’étaler toutes les cartes sur la table entre nous.

— Alors vous avez vu l’attaque terroriste », dit Laura.

Yoshio acquiesça. « Le Mali est allé trop loin.

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